Le Livre d'Argent

Elzen | @elzen@fadrienn.irlnc.org

7/16 Mais aussi, et surtout : virus et bactéries se reproduisent immensément plus vite que nous, et comme on en a déjà parlé, chaque nouvelle reproduction est susceptible de venir avec des mutations, qui peuvent changer leur forme extérieure et donc rendre nos défenses moins efficaces.

C'est une des raisons qui font qu'il est particulièrement délicat de mettre au point un vaccin contre certaines maladies, dont en particulier le SIDA : le VIH présente une très grande variabilité et on n'a pour l'heure pas réussi à trouver un moyen efficace de se protéger de tous ses variants.
Photo, prise au microscope électronique et datée de 1985, du Virus de Immunodéficience Humaine, ou VIH, trouvée sur Wikipédia. Le virus se nomme ainsi car il s'attaque aux cellules du système immunitaire, rendant celles-ci inopérantes : le SIDA ne tue pas par lui-même, mais peut rendre mortelle environ n'importe quelle autre maladie. Sur l'image, on voit un ensemble de cellules de petite taille avec une partie plus sombre à l'intérieur, et une membrane autour d'elle. C'est cette membrane qui est affectée par la variabilité dont on vient de parler, présentant d'une souche à l'autre des marqueurs assez différents.

6/16 C'est donc pour cette raison que certaines maladies, comme la variole dont on parlait il y a quinze jours, ne peuvent nous infecter qu'une seule fois : notre système immunitaire est capable d'apprendre, et s'il a pu produire des défenses efficaces la première fois, il pourra les réactiver rapidement les fois suivantes, nous dispensant de retomber malade.

Mais, évidemment, ça n'est pas toujours aussi simple. D'abord, même ces cellules à vie longue ne sont pas éternelles, et il est donc possible que, si on reste sans aucun contact avec les microbes d'une maladie donnée pendant trop longtemps, notre corps « oublie » comment se défendre contre eux.

Une question à ce sujet avait d'ailleurs valu un complément au tout premier de ces threads : https://fadrienn.irlnc.org/notice/AwGqdlETaMATeFmxE0

5/16 La plupart de nos cellules immunitaires ont une vie courte : elles peuvent se multiplier au moment d'une attaque pour lutter contre l'agresseur, mais ne resteront pas éternellement dans l'organisme ensuite. Mais il existe certaines cellules spécialisées, à vie longue, produites lorsque des anticorps efficaces ont pu être trouvés.

Si un microbe du même type se présente de nouveau plus tard, ces cellules à vie longue se réactivent alors à son contact et se mettront immédiatement à se multiplier, produisant ainsi des cellules à vie courte qui elles-mêmes produiront directement le type d'anticorps efficace pour immobiliser l'intrus.
Capture d'écran du dessin animé Il était une fois la vie (oui, encore, je fais ce que je peux avec ce que j'ai. En l'occurrence, elle vient du même épisode que l'image précédente et se situe en fait quelques secondes plus tôt, montrant les préparatifs de la bataille). On voit ici une phase de division cellulaire lorsque des intrus ont été détectés, les lymphocytes se multipliant pour pouvoir produire davantage d'anticorps. Ils apparaissent ainsi en plusieurs exemplaires (on reconnaît Psi et Pierrot, les deux lymphocytes B principaux de la série, en double exemplaire en haut, ceux du bat se sont déjà multipliés, et ceux du milieu sont en train de le faire).

4/16 Au bout d'un moment, certains des anticorps ainsi produits se trouveront avoir la bonne forme pour pouvoir s'accrocher efficacement à la menace qui vient d'être identifiée : ils seront alors produits en grand nombre pour se débarrasser de la menace en question.

Évidemment, cette stratégie n'est pas forcément très efficace, puisqu'il faut le temps que les bons anticorps apparaissent par hasard. Mais on peut difficilement faire mieux face à une menace inconnue. Face à une menace déjà connue, en revanche, on peut compter sur le fait que notre système immunitaire a une mémoire.

Et vous saviez sans doute déjà que le hasard est quelque chose d'assez important dans l'histoire de la vie : https://fadrienn.irlnc.org/notice/AybcCRXAswcqPg6ZLE

3/16 Il faudra un peu plus de temps pour comprendre comment ça marche en détails (évidemment, le déclenchement d'une guerre mondiale à cette époque n'a pas franchement aidé…), mais on commencera à y arriver dans les années 1950.

Le truc est donc que, lorsque notre corps se retrouve confronté à une nouvelle menace, certaines cellules de notre système immunitaire vont se mettre à se multiplier en très grand nombre, puis chacune de ces copies se mettra à muter de façon aléatoire, mutations qui auront pour effet de changer la forme extérieure des anticorps qu'elles produisent.
Autre capture d'écran du dessin animé Il était une fois la vie montrant une intense scène de bataille entre les défenses du corps et les microbes. On voit en bas de l'image ce qui ressemble à un poste frontière complètement détruit, plusieurs globules blancs hors de combat et des bactéries courant dans tous les sens, tandis qu'à l'arrière-plan, un nuage de fumée blanche symbolise les affrontements en cours. En haut de l'image, des lymphocytes B, les cellules productrices d'anticorps, sont représentées des personnages humains dans des espèces de petit vaisseaux spatiaux, d'où ils sont en train de larguer des régiments entiers de Métro, le petit personnage mentionné plus haut, en espérant qu'ils parviendront à mettre les intrus hors d'état de nuire. La partie concernant les mutations aléatoires n'est jamais présentée dans la série, et je les comprends, ça n'est pas évident à illustrer.

2/16 Un anticorps, c'est une molécule assez complexe, qui va venir s'accrocher aux microbes présents dans notre corps, ce qui a pour effet de les immobiliser. Une fois que ces intrus ne bougent plus, les cellules de notre système immunitaire peuvent alors venir s'en débarrasser pour de bon.

Mais comment ces anticorps peuvent-ils s'accrocher à n'importe quel intrus, comme ça ? Eh bien, justement, ils ne le peuvent pas : le point essentiel que nous découvrons à cette époque est que ces anticorps sont *spécifiques* : chacun d'entre eux cible un type de microbes en particulier.
Schéma de fonctionnement de nos défenses immunitaires, trouvé sur la page Wikipédia anglophone dédiée aux anticorps. On voit quatre cases numérotées. Sur la première, on voit des anticorps, petits trucs en forme de Y, et des cellules (des boules avec des points qui dépassent) qui représentent l'envahisseur. Pour l'instant, anticorps et microbes se déplacent librement. Dans la deuxième case, les anticorps sont entrés en contact avec les microbes et commencent à s'y accrocher. On voit trois configurations possibles : soit quelques anticorps s'accrochent aux machins qui dépassent, sans plus, soit la cellule se retrouve entièrement cernée par les anticorps, ou soit les anticorps s'accrochent à plusieurs cellules à la fois et les retenant donc les unes contre les autres. Dans tous les cas, ce sont les deux branches du haut du Y qui s'accrochent au microbe. Dans la troisième case, une cellule de notre système immunitaire, appelée « phagocyte » et beaucoup plus grosse que les microbes (dans Il était une fois la vie, elles sont représentées par les sortes de bennes à ordure) s'approche d'un microbe immobilisé, et on voit qu'elle dispose de récepteurs qui, eux, vont réagir à la branche du bas du Y : dans la quatrième case, on voit le phagocyte « avaler » le microbe (toujours piégé par les anticorps), pour l'isoler du reste du corps humain et pouvoir le détruire sans risque.

Allez, j'ai à peu près réussi à me remettre de mon été, reprenons donc notre petite série du #VendrediVulga sur les maladies et la façon dont on lutte contre elles. Ce #Vulgadredi-ci, qui fera de nouveau seize pouets, va attaquer la troisième et dernière partie de ma vidéo jamais tournée, pour parler cette fois des vaccins modernes et de la façon dont ils fonctionnent.

Les débuts de cette histoire-ci remontent aux années 1930, soit le moment, on l'a déjà évoqué, où les microscopes électroniques ont commencé à nous permettre de voir les virus, trop petits pour les microscopes optiques. C'est en effet aussi vers cette époque que l'on a découvert l'existence d'un truc essentiel dans notre immunité : les anticorps.
Capture d'écran du dessin animé « Il était une fois la vie », montrant le personnage de Métro, qui personnifie les anticorps dans la série. Il s'agit d'un petit personnage blanc avec quatre ailes, représenté généralement en plusieurs exemplaires (on en a ici un au premier plan et un certain nombre d'autres derrière), un chef de groupe étant souvent identifié par une ligne jaune au niveau de ce qui correspondrait à son col. Cette itération-ci du personnage, qui vient justement de l'épisode sur la vaccination, est équipée d'un faux nez et d'une épée, imitant Cyrano de Bergerac (quand les Métro « normaux » montrés dans cet épisode sont censés être des anticorps « génériques » qui ne reconnaissent pas l'intrus lorsque le corps n'est pas vacciné). On peut toutefois noter que les anticorps dans la série sont montrés comme tuant directement les microbes (que l'on voit alors se dégonfler comme un ballon qu'on aurait crevé), ce qui ne correspond pas à l'action réelle des anticorps, mais on va détailler ça tout de suite.

@kipuka Y a des captations de prévues dans le lot pour les gens qui ne peuvent pas se rendre sur place ? O:-)

@Jeanneadebats (Il me semble que les résultats par défauts de Google sont ceux générés par son IAg, maintenant, ça peut jouer ? Pour avoir la vraie recherche comme ça marchait avant il faut passer par l'onglet « web », si j'ai bien compris).

Sinon, la vidéo (je suppose que tu parles de la première de la page, 'flemme de me taper les autres ^^") a plein de soucis. À commencer par le fait d'avoir pris une voix féminine pour jouer la naïve qui n'y connaît rien et une voix masculine pour apporter toutes les réponses, évidemment, c'est tout sauf adroit.

Mais ensuite les explications du gus sont juste nulles. Du style, dire que les grecs de l'antiquité croyaient au géocentrisme juste parce qu'on voit le Soleil bouger dans le ciel, c'est dégoulinant de méconnaissance du sujet et de mépris. Et je passe un paquet de trucs du même ordre ensuite.

En même temps, choisir ça comme exemple pour expliquer la démarche scientifique alors que, justement, c'est un exemple de cas où le changement de paradigme s'est fait à l'intime conviction, les premières preuves n'arrivant que longtemps après, bon, on fait mieux.

Et ce truc naïf au possible de « il suffit d'une observation qui ne colle pas pour rejeter une hypothèse »… Bon, je vais éviter de rager des plombes, mais il n'y a pas grand chose qui va, dans cette vidéo -_-

Le truc que tout le monde s'imagine hyper simple mais est en réalité incroyablement compliqué à définir : le niveau de la mer.

@gee @Le_Psychopathe_Fou Boh, dans ta version le gus n'arrive pas jusqu'à la princesse, donc l'un dans l'autre ça règle ce souci-là aussi. Un bon exemple de convergence des luttes.

Le #Vulgadredi de demain est rédigé. Il me reste 7 pouets qui n'ont pour l'instant ni lien, ni image. Je n'ai pas la moindre idée de ce que je vais pouvoir y mettre pour illustrer. Mais bon, j'ai le temps d'ici demain, je suppose.

@Erielle @orange_lux Si ça peut aider, l'article L1121-1 du Code du Travail dit ceci :

« Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. »

Je souhaite bon courage à la RH pour la justification :-) Par contre d'expérience il vaut effectivement mieux que ce soit une période en CDI hors période d'essai qui fasse remarquer ce point.

https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006900785/2023-08-14

@sleuthgames Intéressant, je veux bien tester aussi si tu n'as pas déjà trop de monde :-)

@orange_lux @jor @hexie @ilusenn (Et merci à vous quatre pour cette conversation très intéressante et qui alimente aussi les réflexions d'autres gens !)

@hexie Merci pour cette prise de position que je partage pour l'essentiel. Je me permets d'apporter deux points supplémentaires qui me semblent importants :

– Sur la question du manque de légitimité lorsque le taux d'abstention est élevé, il me semble que cet argument oublie de prendre en compte que les adversaires en face ont changé. Je pense que c'était un argument fort à l'époque de De Gaulle, qui estimait lui-même tirer sa légitimité d'un soutien populaire (le plébiscite est un élément essentiel du bonapartisme). Les gens qui sont actuellement au pouvoir sont davantage les héritiers de la droite “libérale” qui souhaitait autrefois réserver le droit de vote aux riches (suffrage censitaire plutôt qu'universel). Donc que les classes populaires n'aillent pas voter, c'est parfaitement en accord avec leur vision du monde et ça a peu de chances de les déranger, j'irais même jusqu'à dire au contraire.

– Il y a aussi un effet direct de notre participation, peu importe ce qu'on vote tant que ce n'est pas à l'extrême droite, sur nos conditions de vie, qui est le contrôle social des fachos. Une extrême droite qui fait des scores élevés (scores tels qu'affichés par les médias, donc sans tenir compte de l'abstention ni des votes blancs), ça veut dire que des connards vont se sentir libres d'aller casser la gueule aux personnes trans ou racisées (entre autres), tandis qu'avec des scores plus bas, même si c'est un turbo-droitard qui récupère le poste pour faire environ la même politique, il me semble que cet effet-là est encore moindre. C'est personnellement cet aspect-là qui m'a convaincu que c'était important de revenir voter même en cas de deuxième tour macron-lepen.

Mais évidemment, comme tu le dis bien, c'est une position personnelle complexe et évidemment force et soutien aussi aux camarades qui préfèrent ne pas voter.

@uxor Oh, ceux auxquels j'ai le plus de reproches à faire n'étaient pas spécialement les plus jeunes du lot ^^"

Mais ouais, je suis passé par là ensuite, et débuter n'est pas le plus évident, forcément.

@borisschapira @paul_denton Ç'n'est pas sympa pour Michaël.

Et puis il y a une question d'ancienneté, aussi, perso j'ai lu les Schtroumpfs longtemps avant d'entendre ce nom de famille.

@paul_denton C'est le nom de la figure de style qui consiste à utiliser un commun comme nom propre (« le Docteur »), ou, au contraire et en l'occurrence, un nom propre comme nom commun (« un tartuffe »).

@paul_denton Assez surprenant que ce ne soit pas plus utilisé comme nom commun, d'ailleurs, soit dit en passant. Le mot est rigolo, le personnage est plutôt bien connu et pas mal caricatural, ça m'aurait semblé un bon candidat à l'antonomase.

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