Le Livre d'Argent

Elzen | @elzen@fadrienn.irlnc.org

4/16 Comme on l'a en effet mentionné il y a deux semaines, ce n'est pas parce qu'un traitement a un effet en laboratoire, dans une boîte de Petri, que cet effet est reproductible à l'intérieur du corps humain, où les conditions sont autrement plus complexes.

D'ailleurs, il faut également tenir compte du fait que notre corps humain est spécifique, et qu'un traitement effectué chez un autre animal, puisqu'on a mentionné plusieurs fois des cas de ce genre dans les derniers threads, pourraient aussi avoir des résultats assez différents.
Image extraite de la B.D. du Pharmachien sur les remèdes contre le rhume, dont je vous ai donné le lien la semaine dernière. On y voit simplement deux fois exactement la même répartition de colonies bactériennes, mais avec entre elles un signe « ≠ », car dans un cas les bactéries sont présentées dans une boîte de Petri, et dans l'autre sur le visage d'un personnage.

3/16 On devrait en fait plutôt parler d'« effets contextuels », au pluriel, parce que ce que l'on appelle communément « l'effet placébo » est la combinaison de plusieurs choses différentes. D'ailleurs, une partie de ces effets va plutôt être négative (ce qu'on appelle aussi l'effet « nocébo », du latin « nocebo », « je nuirai »).

Le point est en tout cas que toute prise de médicament, tout traitement d'une manière générale, provoque des effets contextuels. Qui vont varier selon pas mal de choses ; mais déterminer si un traitement est efficace ou ne l'est pas revient donc à déterminer si ce traitement a un effet qui s'explique autrement que par cette combinaison contextuelle, ce qui n'est pas forcément évident.
Exemple d'ustensile connu pour provoquer des effets contextuels négatifs : un point d'accès Wi-Fi (ici une jolie borne noire avec deux antennes de la même couleur, la photo vient de Wikimédia Commons). Un certain nombre d'expérimentations en double-aveugle, soit le truc que nous allons expliquer ici, ont été conduites pour étudier ce que l'on appelle « l'électrosensibilité », donc le fait de ressentir des troubles en présence de tels dispositifs, et jusque là, il semble s'agir uniquement d'un « effet nocébo », une douleur bien réelle mais sans lien avec les ondes réellement émises par ces appareils. Mais on réévoquera peut-être ce point rapidement dans le thread de la semaine prochaine.

2/16 On va commencer par noter que, parfois, les médecins prescrivent un « traitement » ne faisant rien, lorsqu'aucun traitement n'est requis mais que læ patient·e semble néanmoins vraiment en avoir envie. Juste pour lui plaire, donc, d'où le fait qu'on appelle ça un « placébo », du latin « placebo », « je plairai ».

Ce nom, vous le savez sans doute déjà, a ensuite été transféré à l'effet que produisent ces traitements qui ne font supposément rien : « l'effet placébo », le fait que prendre un médicament en soi aide déjà à guérir même si le médicament lui-même ne fait pas grand chose. C'est en fait, évidemment, un poil plus compliqué que ça.
Image illustrant actuellement la page Wikipédia sur l'effet placébo, qui présente trois flacons d'un produit appelé « Cebocap », dont il est précisé sur l'étiquette qu'il s'agit d'un placébo (car après tout, certains effets contextuels continuent de fonctionner même quand on sait que ce qu'on prend est un placébo, donc autant être honnête). Les trois flacons ont tous une couleur d'étiquette et un numéro différentes, et on reviendra là-dessus dans un autre alt-text, parce que ça peut avoir son importance.

Et nous voici de nouveau #VendrediVulga, soit le bon moment pour reprendre nos histoires de santé. Mais avant, précisons à tout hasard que c'est la Fête de la science, donc, les gens qui sont sur #Lannion et qui veulent m'entendre causer de bouffe de l'espace, je serai aux Ursulines tout le week-end, n'hésitez pas à passer.

Et donc, on s'était laissés la dernière fois avec une question : comment on sait, au juste, ce qui marche ou pas pour nous soigner ? Ou qui est dangereux pour nous, aussi, tant qu'à faire. Consacrons-y donc les seize pouets de ce nouveau #Vulgadredi !
Affiche de la Fête de la Science 2026, on voit le logo en haut à gauche, avec en dessous la date (du 2 au 12 octobre 2026), et au centre un bras robotisé venant déposer une cerise sur une petite pâtisserie (j'imagine que l'idée est de dire « un gâteau » à cause de l'expression, mais perso, « gâteau » m'évoque un truc plus gros qui se mange à plusieurs, donc bon). Le thème de l'édition de cette année, « saveurs savantes », est également indiqué, avec deux astérisques montrant que le mot « saveur » renvoie à la cerise et le mot « savantes » au bras robotisé, ce qui n'est à mon sens pas franchement la meilleure façon d'illustrer ce thème lui-même déjà assez douteux ; même s'il faut reconnaître que ça reste une meilleure affiche que la catastrophe qu'on avait eu pour la Nuit des Étoiles cet été et dont j'avais déjà parlé ici. Sinon, le thread d'aujourd'hui ne porte pas du tout sur ce sujet, mais bon, j'ai pas mal manqué de temps pour les illustrations, donc voilà, ça en fait une de moins à trouver. Mais comme d'hab, plusieurs alt-texts contiendront des précisions supplémentaires.

re: Politique française
@Sylvhem C'est Sarkozy qui a supprimé les IUFM. Sans prévoir rien d'autre à la place au départ.

@gee En même temps, tu nous avais prévenu.
Illustration de Gee présentant le personnage de Carmalière, un vieux magicien, déclarant « J'peux te dire que la lutte des classes à coups de boules de feu, ça a une autre gueule ! ». On voit dans une bulle de pensée une version plus jeune de Carmalière cramer un soldat gobelin.

@bortzmeyer Si c'est un « " » qui est automatiquement interprété, le plus simple est probablement de mettre « " » ?

Texte du #Vulgadredi de demain à peu près prêt, par contre les liens et illustrations j'ai encore pas mal de boulot. Et avec la fête de la science qui démarre je vais avoir pas mal de taff au plané demain (et aux Ursulines ce week-end, pour les gens du coin vous pourrez venir), donc bon, ne vous attendez pas à ce que ça arrive super tôt ^^"

@gee Il n'est pas trop tard, hein :-þ

Vraiment la SNCF, ils rendent chèvre avec leurs opérations promotionnelles. Là faut se dépêcher aujourd'hui pour faire partie des chanceux qui pourront voyager en train pour Noël à un prix correct.

Personne veut ça, c'est de la merde.

On veut des prix fixes et abordables et des plannings dimensionnés pour avoir de la place pour tout ceux qui ont besoin/envie de se déplacer.

La seule "complexité" tarifaire acceptable c'est un tarif social pour que tout le monde puisse prendre le train.

OK, #Vulgadredi ? On a parlé ces dernières semaines de la façon dont on peut, ou pas, lutter contre certains des micro-organismes qui nous pourrissent parfois la vie. Mais avant d'arriver à comprendre et à mettre au point ces techniques, on avait déjà pu compter sur un peu d'aide extérieure.

Et comme il n'y a pas que pour se soigner que le monde autour de nous a des choses à nous proposer, on va élargir un peu le sujet (en continuant de tourner autour, et on y reviendra au prochain thread). Et donc, c'est parti pour ce nouveau #VendrediVulga de seize pouets et demi !
Image prise au microscope de cellules végétales, dans lesquelles on peut voir de petites boules vertes : les chloroplastes, qui réalisent la photosynthèse dont on va parler au prochain pouet, grâce au pigment qu'ils contiennent, la chlorophylle (l'image a d'ailleurs été trouvée sur la page Wikipédia dédiée à cette sorte de molécules). On ne va pas beaucoup parler de photosynthèse dans ce thread, mais le point commun à une bonne partie de ce qu'on va voir est qu'il s'agit de molécules produites par des plantes, donc au moins ça donne le ton. Notez que les alt-text contiennent pas mal de précisions supplémentaires ici, comme souvent, donc n'hésitez pas à consulter tout ça.

@hist_myth ♪♫ J'ai voulu planter un oranger là où la chanson n'en verra jamais…

@charles @parleur (Je fais ça sans même y penser sur un clavier azerty.)

@RaieFutee La probabilité d'apparition d'un truc conscient basé sur la techno actuelle des LLM est franchement trop faible pour s'en préoccuper. L'outil est bluffant parce qu'il semble pouvoir faire pas mal de choses, mais c'est très exactement ça : du bluff. Uniquement.
L'histoire de l'apparition d'une IA consciente et qui se retourne contre nous est quelque chose qui a été monté en épingle plusieurs fois parce que c'est un outil marketing intéressant pour promouvoir leur activité (et son dernier usage en date est assez clairement d'essayer de ralentir l'explosion de la bulle), mais il n'y a strictement rien de concret derrière, juste de la com' relayée par des médias qui n'ont fait aucun effort de vérification.
Ça nécessiterait une techno complètement différente pour arriver ; et quand bien même ça arriverait, l'impact sur nous ne serait pas forcément si terrible : https://what-if.xkcd.com/5/

16/16 On va donc en rester là pour le thread de cette semaine, un peu plus hétéroclite que les précédents mais qui nous aura fait une petite pause, mais nous nous pencherons la semaine prochaine un peu plus en détails sur la façon dont on détermine ce qui a, ou pas, un effet sur notre santé.

Ce qui sera l'occasion de reparler un peu de méthodo, parce que mine de rien, ça fait un moment qu'on parle de la façon dont nos connaissances ont évolué ces derniers siècles, mais ça fait aussi un moment qu'on n'a pas parlé de la façon dont cette évolution se fait. Donc, si ça continue de vous plaire, on pourra se pencher là-dessus !
Photo, prise par la NOAA et trouvée sur la page Wikipédia dédiée aux cheminées hydrothermales, de certaines des formes de vies qu'on trouve à leur proximité, et dont on a parlé il y a quelques pouets. On voit un relief sous-marin dont une fumée noire s'échappe, quelques conteneurs ressemblant à des bouteilles d'oxygène avec des tuyaux, sans doute déposés là pour une expérience (l'image est prise au fond du Pacifique, donc il s'agit probablement d'une descente en bathyscaphe), et surtout un grand nombre de trucs rouges et blancs qui sont une colonie de vers tubicoles géants, et ce n'est qu'une des très nombreuses espèces que l'on trouve dans ce genre d'endroits et qui sont susceptibles de synthétiser des molécules que nous ne connaissons pas encore.

15/16 En effet, la vie là-bas se fait dans des conditions assez différentes, notamment en se basant sur de la chimiosynthèse plutôt que la photosynthèse dont on parlait au début, ce qui a peut-être conduit à d'autres adaptations intéressantes et à d'autres molécules utiles.

Reste… à arriver à déterminer si ces molécules peuvent nous servir à quelque chose ou pas. Car il faut dire aussi que parfois, les effets que l'on observe ne sont même pas dus aux substances elles-mêmes, mais plutôt, par exemple, à la façon dont nous les prenons.

C'est d'ailleurs une partie de ce dont le Pharmachien parlait dans sa B.D. sur les remèdes plus ou moins utiles contre le rhume : https://lepharmachien.com/rhume

14/16 Si certaines molécules peuvent avoir des effets assez intéressants, il n'est donc pas toujours facile de s'en rendre compte… on l'a d'ailleurs déjà rapidement évoqué la semaine dernière par le fait qu'il y a eu pas mal de temps entre la découverte de la pénicilline, le premier antibiotique, et le moment où on a réussi à en produire assez pour que ça serve⁽*⁾.

La nature autour de nous reste donc une bonne source d'inspiration pour nous… à condition de ne pas s'y limiter. Et de trouver où chercher, aussi. En ce moment, nos regards sont pas mal tournés vers les espèces vivant dans les fonds marins, à proximité des cheminées hydrothermales, que nous connaissons encore très peu.

(∗) Pour les gens qui l'auraient manqué, le thread de la semaine dernière est là : https://fadrienn.irlnc.org/notice/BAXW0Jo1bmvdFy4dMG

13/16 La concentration est en effet quelque chose auquel il convient de faire attention, car parfois, des molécules intéressantes ne sont pas en quantité suffisante pour produire un effet, à moins de manger des quantités de plantes assez gênantes. Et la même chose vaut aussi pour les substances nocives, d'ailleurs.

On peut ainsi mentionner le fait que les pépins de pomme contiennent du cyanure, qui est un poison mortel pour nous. Il n'y a en revanche pas de risque à avaler par erreur un pépin, ni même à manger le trognon complet : pour arriver à une quantité de cyanure dangereuse pour nous, il faudrait manger tous les pépins d'au moins une dizaine de kilos de pommes !
Image humoristique (une signature « Two Streams » apparaît en bas) montrant un Dalek, extraterrestre particulièrement agressif de la série Doctor Who, ouvrir son frigo pour en sortir une pomme. Sur le frigo est accroché une petite affichette où est marqué un proverbe anglophone qu'on traduit habituellement par « Une pomme par jour éloigne le médecin », mais qui dans sa langue d'origine utilise le mot « docteur », ce qui peut donc faire référence au héros de la série, ennemi juré des Daleks. À noter que le proverbe date du dix-neuvième siècle, et que, paraît-il, Winston Churchill précisait que, pour que la pomme éloigne effectivement le médecin, il est quand même nécessaire de bien viser.

12/16 Il a donc fallu pas mal de boulot pour que les anglophones en arrivent à dire « vanilla » de la façon dont nous disons « nature », pour parler du parfum par défaut, sans rien de spécial ! Mais on peut noter que, comme pour l'aspirine, on a découvert depuis une autre molécule qui peut, selon ce que l'on souhaite, s'avérer plus intéressante pour nous.

Au début des années 1920 a en effet été mise au point l'éthylvanilline (de formule C₉H₁₀O₃, même si on croise aussi une version plus détaillée dont je parle un peu en alt-text) qui reproduit fidèlement l'odeur et le goût de la vanilline, mais de façon beaucoup plus intense, nécessitant donc une concentration beaucoup plus faible pour être efficace.
Représentations de la molécule d'éthylvanilline trouvées sur la page Wikipédia dédiée à la molécule, sur le même modèle que ceux de la molécule d'aspirine présentée au pouet 8 (donc schéma à gauche et modèle moléculaire à droite). Cette molécule est visiblement globalement assez ressemblante aux précédentes, même si la page Wikipédia francophone actuelle nous en donne uniquement une formule qui a l'air beaucoup plus moche de prime abord : « C₂H₅OC₆H₃(OH)CHO ». En fait, on peut souvent, dans les grosses molécules, identifier des structures caractéristiques qui vont se retrouver à l'identique sur plusieurs molécules différentes et vont déterminer comment elles peuvent réagir dans certains cas, et que donc on peut vouloir mettre en valeur dans la formule. Par exemple, le « OH » entre parenthèses désigne un « groupe hydroxyle », qui facilite la solubilité dans l'eau.

11/16 C'est donc pas mal de travail, et on comprend en quoi identifier, puis parvenir à synthétiser la molécule produisant cet arôme (la vanilline, de composition C₈H₈O₃), comme on l'a fait au cours des années 1870, a pas mal intéressé les gens qui s'en servaient, car cela l'a rendue beaucoup plus facile à obtenir !

On peut d'ailleurs en profiter pour réfléchir à ce qu'on appelle « naturel » ou « artificiel » : la vanilline de synthèse est rigoureusement identique à la vanilline obtenue depuis les plantes, sans qu'on puisse les différencier… et les deux nécessitent de toute façon pas mal de travail humain ! En tout cas, les deux sont « chimiques », comme toute la matière qui nous entoure.
Photo, trouvée sur Wikipédia, d'un tas de gousses de vanille « bourbon », nom qui désigne la vanille produite à Madagascar et à la Réunion, et qui vient de l'ancien nom de cette dernière (à l'époque où la culture de la vanille y a été introduite, on l'appelait « l'île Bourbon », du nom de la famille royale française de l'époque). On voit ici des gousses après étuvage et séchage, donc pas tout à fait dans l'état dans lequel on les trouve dans la nature, même dans les endroits où la vanille pousse sans notre intervention. Ce n'est d'ailleurs pas le seul produit pour lequel on peut se demander comment la recette a été mise au point à la base, parce que ce n'est pas forcément à ça qu'on penserait spontanément.

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