Le Livre d'Argent

Elzen | @elzen@fadrienn.irlnc.org

16/16 À partir de la mission Apollo 15, les progrès techniques ont permis d'emporter une charge plus lourde, et un rover a pu être embarqué, permettant à l'équipage de rouler et donc d'explorer davantage de surface lunaire que ce qu'on pouvait atteindre à pieds (une caméra embarquée relayant les images sur Terre).

Voilà pour l'exploration humaine. Mais la semaine prochaine, on se penchera plutôt sur les missions robotisés, ce qui nous permettra au passage de parler un peu d'un certain nombre de choses chouettes qu'on a pu apprendre grâce à la conquête spatiale. Si vous êtes toujours avec moi, bien sûr, donc merci par avance pour vos partages et retours !
Photo d'une fusée de type Saturn Ⅴ sur son pas de tir, trouvée sur la page Wikipédia dédiée à ce modèle. Il s'agit en l'occurrence de celle de la mission Apollo 4, et on voit la fusée dressée et reliée à sa tour, avec des lueurs rouges sur l'horizon et la pleine lune qui brille dans le ciel. Puisqu'on a ouvert ce thread par une photo de la N-1, ça me semblait un bon moyen de conclure, mais on verra la semaine prochaine que l'échec du programme N-1 ne veut pas dire que les soviétiques avaient définitivement laissé tomber les missions lunaires… ni d'ailleurs les missions vers d'autres corps célestes. L'exploration de notre système solaire est après tout toujours en cours.

15/16 Six autres missions lunaires ont ensuite été lancées, jusqu'à ce que la détente entre l'URSS et les USA conduise à abandonner ce programme et à mobiliser les sous sur autre chose… puis que la rivalité entre les USA et la Chine relance un demi-siècle plus tard une nouvelle course à la Lune, conduisant à la récente mission Artémis Ⅱ.

Sur ces six missions, une seule a échoué : Apollo 13, au cours de laquelle l'explosion d'un réservoir d'oxygène (« Allo, Houston ? On a un problème ! ») a contraint l'équipage à se réfugier dans le module lunaire. Ne pouvant plus aller se poser, le véhicule a changé de trajectoire pour faire un tour de la Lune et revenir au plus vite sur Terre.
Dessin de la Lune par Hergé, dans lequel on voit la célèbre fusée lunaire rouge et blanche posée entre deux cratères au milieu d'une surface jaune, avec des collines tout autour. Un vrai alunissage ne ressemble pas du tout à ça, puisque la fusée se sépare en plusieurs morceaux dès sa montée dans l'atmosphère de la Terre, mais les deux albums concernés sont parus plus de quinze ans avant le premier vol lunaire, et trois ou quatre avant la première mise en orbite (Objectif Lune paraît en 1953 et On a marché sur la Lune en 1954), donc on peut excuser que les choses n'aient pas été correctement anticipées.

14/16 Et ça va nous permettre de mentionner d'autres personnes, trop souvent omises : celles qui ont écrit les logiciels et réalisé les calculs (à cette époque où l'informatique en était encore à ses débuts, on faisait encore par sécurité vérifier pas mal de calculs à la main) qui ont contribué au moins autant à rendre tout ça possible.

Pour les calculs, trois noms en particulier méritent d'être évoqués : celui des mathématiciennes Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson. Si vous voulez vous renseigner sur l'histoire de ces femmes, un roman leur a été dédié, adapté par la suite en film, et intitulé « Les Figures de l'ombre ».

Du côté informatique, je voulais bien sûr parler de Margaret Hamilton, qui a réalisé le système embarqué du programme Apollo, ce qui a visiblement été assez indispensable : https://hachyderm.io/@mralancooper/116360019561877316

13/16 Pendant ce temps, de l'autre côté, on utilisait la Saturn Ⅴ, conçue par Wernher von Braun. Après avoir emmené trois hommes autour de la Lune pour Apollo 8, elle a permis à deux autres, Neil Armstrong et Edwin Aldrin, d'être les premiers humains à aller y marcher, le 21 juillet 1969, pendant que le troisième membre de la mission, Michael Collins, les attendait en orbite lunaire.

« C'est un petit pas pour l'homme, mais un bond de géant pour l'humanité », a déclaré Armstrong, mais tout le monde connaît déjà cette phrase. Notons que cette mission, baptisée Apollo 11, ne s'est pas tout à fait déroulée comme prévu : Armstrong a dû prendre le pilotage manuel pour gérer l'alunissage, le site initialement prévu étant impraticable.
Photographie prise par Armstrong de l'empreinte de sa botte dans la poussière lunaire (qu'on appelle de la régolite). On voit juste ce qui ressemble à une surface terreuse grise, avec une trace de pas plus ou moins au milieu, mais ça reste impressionnant parce que ça a été pris sur un autre corps céleste que la Terre. Au fait, tant que j'y suis et en anticipation du prochain pouet, notons quand même que si l'équipage des missions Apollo était totalement masculin, et que la mission Artémis Ⅱ a été la première mission lunaire à ne pas compter que des mecs blancs (les différentes stations spatiales ont eu droit à un peu de diversité avant ça), l'union soviétique avait de son côté envoyé Valentina Terechkova faire un tour dans l'espace dès le 16 juin 1963.

12/16 C'est là qu'on va parler de la N-1. Jusqu'à la sortie spatiale de Leonov, le programme spatial soviétique était dirigé par Sergueï Korolev, mais celui-ci, surmené et en mauvaise santé, est décédé le 14 janvier 1966. Son successeur reprend ses travaux, mais doit composer avec le manque de budget et fait quelques choix techniques malencontreux.

La fusée qui en résulte, qui devait amener des cosmonautes sur la Lune, sera l'objet de quatre tentatives de lancement, du 21 février 1969 au 23 novembre 1972. Aucune ne fonctionnera, et la seconde en particulier, le 3 juillet 1969, générera ce qu'on considère comme la plus puissante explosion non-nucléaire d'origine humaine, endommageant gravement le site de lancement.

Et donc, c'est à ça que Blue Origins fait de la concurrence, si j'en crois l'article relayé ici par @Khrys : https://arstechnica.com/space/2026/05/blue-origins-new-glenn-rocket-just-exploded-during-a-static-fire-test/

11/16 L'étape suivante fut d'aller jusqu'à la Lune et d'en revenir, sans toutefois s'y poser. Ce fut la mission Apollo 8, embarquant à son bord Frank Borman, James Lovell et William Anders. Leur mission, partie le 21 décembre 1968, leur fit faire le tour de la Lune, passant de l'autre côté pendant la nuit de Noël.

Ces trois hommes sont donc les premiers à avoir vu la Lune de près… et sont restés les êtres humains partis le plus loin de la Terre pendant un certain temps, puisque leur mission les emmenait plus loin que la Lune. Ils ont toutefois été battus, sur ce dernier point, lors de la mission Apollo 13, puis de la récente mission Artémis Ⅱ, passées encore plus loin.
Célèbre photo prise par l'équipage d'Apollo 8 et surnommée le « Lever de Terre », trouvée sur la page Wikipédia dédiée à ce cliché. On voit la surface de la Lune en bas, et plus haut et plus loin, une Terre gibbeuse, c'est-à-dire avec un peu plus d'un quartier éclairé. L'espace tout autour est noir, car, si l'exposition avait été suffisante pour capter la faible lueur venant des étoiles, les deux corps célestes plus proches auraient été tellement surexposés qu'on n'aurait vu que deux taches blanches. À noter qu'un « lever de Terre » était possible précisément parce que le vaisseau était en orbite lunaire et n'est pas allé se poser : depuis la surface de la Lune, la Terre est toujours au même endroit dans le ciel, et ne se lève donc pas plus qu'elle ne se couche, puisqu'elle nous présente toujours la même face.

10/16 Le but de la mission Gemini Ⅷ était de réaliser le premier amarrage spatial. Contrairement à ce qu'Hergé avait imaginé dans son Objectif Lune, en effet, on n'envoie pas une fusée se poser entière sur la Lune et revenir : on fait ça en plusieurs morceaux.

Il était nécessaire que le module parti se poser sur la Lune puisse au retour s'amarrer à un autre engin resté en orbite, et c'est que ce Scott et Armstrong devaient expérimenter au cours de cette mission. Ce fut à la fois un succès et un échec car, après un amarrage réussi, un souci technique les obligea à se séparer du module Agena qu'ils venaient de récupérer.
Vidéo prise lors de la mission Gemini, trouvée sur Wikimédia Commons. On voit le vaisseau dans lequel se trouvent Armstrong et Scott au premier plan en bas de l'image, la Terre plus bas et plus loin, et entre les deux, l'Agena, l'autre module auquel ils vont s'arrimer (deux séquences semblent être collées, car on le voit d'abord loin, puis un peu plus près). Le souci technique est survenu sur un des moteurs du module dans lequel les deux hommes se trouvaient, les faisant tournoyer, mais ne sachant pas ce qui se passait, ils ont cru que le souci venait de l'Agena, d'où le fait qu'ils s'en soient séparés… ce qui n'était pas une bonne idée, car sans ce poids pour les stabiliser, le problème s'est amplifié. Ils n'ont pu revenir sur Terre que de justesse.

9/16 Jusqu'à 1965, donc, l'URSS avait une longueur d'avance sur les USA et réussissait la première chaque avancée. Néanmoins, dès 1961, le président Kennedy avait annoncé un nouvel objectif : puisqu'elle avait perdu la course à l'espace, la NASA devait au moins être la première à atteindre un autre corps céleste. C'était le début de la course à la Lune.

Et le premier succès de cette seconde course arriva avec la mission Gemini Ⅷ, lancée le 16 mars 1966. À son bord, Neil Armstrong et David Scott, qui allaient ensuite devenir le premier être humain à respectivement marcher et rouler sur la Lune, mais on va y revenir.

Rappelons qu'à cette époque, on était seulement en train de se rendre compte qu'ici sur Terre, les continents ont bougé au fil du temps : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B65nkH9C3qLzLhy5nU

8/16 La personne ayant effectué cette sortie était Alexeï Leonov, et il a donc été le premier être humain à franchir un sas pour quitter sa capsule et se déplacer librement dans l'espace… du moins, aussi librement que le lui permettaient les câbles reliant sa combinaison spatiale au Voskhod.

Et il a failli rester coincé dehors, car, au moment de rentrer, cette combinaison spatiale avait un peu trop gonflé et ne repassait plus par le sas ! Il a dû expulser une partie de l'air qu'elle contenait dans l'espace pour pouvoir regagner la capsule.

7/16 Quatre ans plus tard, plus précisément le douze avril 1961, était lancé le Vostok, le premier véhicule spatial à emporter un être humain, le désormais célèbre Youri Gagarine. La mission s'est plutôt bien déroulée, du moins jusqu'à la rentrée atmosphérique : à la fin de la mission, Gagarine a dû s'éjecter et redescendre par parachute.

Avant cette éjection, cependant, il est resté dans son Vostok pendant toute la mission, ne regardant la Terre au dessous de lui que par le hublot. Il faudra attendre le 19 mars 1965 et la mission Voskhod 2 pour qu'ait lieu la première sortie extra-véhiculaire.
Photo de Gagarine dans sa combinaison spatiale, trouvée sur Wikimédia Commons. On voit un gros plan sur son visage regardant vers le bas de l'image, avec un demi-sourire, il porte une sorte de capuche à l'intérieur d'un casque dont la visière semble relevée et sur lequel on devine en haut « CCCP ». On voit un peu de matériel autour mais sans vraiment pouvoir dire ce dont il s'agit, le Vostok était équipé de pas mal de capteurs pour vérifier l'état de santé de son passager.

6/16 Précisons donc les choses. Laïka a été le premier animal mis en orbite, c'est-à-dire envoyé sur une trajectoire lui faisant faire le tour de la Terre. Mais avant de mettre des objets en orbite, on a envoyé des fusées qui sont juste montées suffisamment haut avant de redescendre.

On considère en effet que l'espace commence à cent kilomètres au dessus de nos têtes. Cette limite, appelée ligne de Kármán, est en fait totalement arbitraire et pourrait être discutée. Néanmoins, l'atmosphère terrestre est tellement raréfié à cette hauteur qu'on ne peut plus y faire voler d'avions ou de ballons : il faut donc une fusée pour s'y rendre.
Photo, trouvée sur la page Wikipédia dédiée à l'animal, de la fusée qui a amené Albert Ⅱ jusque dans l'espace, en train de démarrer sur cette image. On voit quelques bâtiments et véhicules au sol en bas de l'image, et plus haut le ciel avec la forme allongée d'une fusée, des flammes (ici comme le reste de l'image en noir et blanc) projetées en dessous d'elle.

5/16 Le trois novembre de la même année a été mis en orbite Spoutnik 2. Le successeur du précédent était plus grand, et emportait cette fois un passager avec lui : la chienne Laïka, qui hélas est morte là-haut, épuisée par la chaleur (mais sans système de retour prévu, elle était de toute façon condamnée).

Laïka n'est cependant pas, contrairement à ce qu'on lit souvent, le premier animal à avoir été envoyé dans l'espace, cet honneur revenant en fait à des mouches qui, elles, ont pu être récupérées vivantes. Ce qui n'a hélas pas été le cas d'Albert Ⅱ, un singe rhésus qui a lui aussi visité l'espace avant Laïka, mais n'a pas survécu à son retour sur Terre.
Photo d'archive, trouvée sur Wikimédia Commons, de la chienne Laïka dans son module. La photo est visiblement en noir et blanc jauni, on ne voit pas très bien les détails, mais l'animal est installé dans une sorte de box dont sa tête dépasse à l'air libre mais qui, une fois fermé, ne lui laissera pas tellement de place pour bouger. Elle semble porter une sorte de combi spatiale.

4/16 C'est dans ce contexte que, le quatre octobre 1957, l'URSS met en orbite Spoutnik 1, premier satellite artificiel de la Terre. Cet engin spatial n'était évidemment pas des plus perfectionnés : sa seule fonction était d'émettre des bips par radio !

Néanmoins, il fut donc le premier engin à faire plusieurs fois le tour de la Terre depuis l'espace, survolant les USA et les faisant prendre conscience de l'avancée technologique adverse et de leur propre retard. C'est suite à cet événement que la NASA fut créée.
Photo d'une reconstitution du Spoutnik original, illustrant actuellement sa page Wikipédia. On voit, sur fond noir, une grosse boule métallique avec quatre antennes sur les côtés et qui partent vers l'arrière.

3/16 Il faut dire que les explosions sont quand même plutôt thématiques de la conquête spatiale, dans la mesure où celle-ci hérite pas mal des progrès militaires de la seconde guerre mondiale : les premières fusées mises au point étaient des missiles.

Après les capitulation de l'Allemagne nazie et du Japon, un autre conflit a pris le relai, la guerre froide : moins de combats directs, mais une rivalité importante où chaque progrès réalisé était une question de prestige et de fierté… mais aussi une menace pour le camp d'en face.

Pas trop une affaire de coopération internationale comme ce dont nous avons parlé la semaine dernière, donc : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B6nKDHGGGfbyQmQLgG

2/16 Commençons par un petit disclaimer d'usage : ce dont on va parler aujourd'hui sort totalement de mes intérêts spécifiques. Ce qu'on a découvert grâce à ces fusées me passionne, mais les machines elles-mêmes et toute la technique qui va avec, ce n'est pas vraiment mon rayon.

Par contre, si vous ça vous branche, n'hésitez pas à jeter un œil à ce que fait @revesdespace, qui vous en parlera donc beaucoup plus fréquemment et sans doute mieux que moi. Ici, je vais me contenter de pointer un peu quelques étapes importantes.

Ah, et si vous aviez manqué la vidéo de l'explosion vendredi dernier, vous pouvez aller voir ça là : https://mastodon.social/@coreyspowell/116658294009478023

Parfois, l'actualité vous facilite le choix d'un sujet. Par exemple, la semaine dernière, pendant que je cherchais les dernières images pour le #Vulgadredi, nous avons vu passer la vidéo d'une grosse explosion, « la plus spectaculaire explosion de fusée depuis celle de la N-1 ».

Mais vous ne connaissiez peut-être pas la N-1 ? Alors on peut en parler un peu, d'autant que c'était dans les sujets en attente suite au dernier sondage. Donc, lors du dernier #VendrediVulga, nous avons vu comment on a réussi à reproduire le vide ici sur Terre ; aujourd'hui, consacrons seize pouets à la façon dont on a pu se rendre dans son milieu naturel : l'espace.
Photo, prise par un satellite espion, de la N-1 sur sa base de lancement à Baikonour, trouvée sur la page Wikipédia dédiée à cette fusée. Les soviétiques ont en effet gardé leur programme spatial secret, et il y a relativement peu d'images d'époque, mais on voit ici plutôt bien, vu de haut, la fusée dressée au centre de l'image avec sa tour de lancement à côté d'elle.

@Armavica @jor Ça existe. C'est même relativement simple à mettre en place, en tout cas sous GNU/Linux avec X11 (sous un autre système ou avec Wayland, je ne sais pas comment ça marche, mais ça doit se trouver aussi).

Si par exemple tu as un clavier azerty classique sur lequel tu ne te sers pas spécialement de la touche ² (celle au dessus de tab, au début de la ligne où on a les chiffres, ç'généralement pas la plus utile du clavier), tu peux lancer ça dans un terminal :

xmodmap -e "keycode 49 = dead_greek"

Et ensuite, appuyer sur cette touche puis sur a te sort α, sur cette touche puis sur z te sort ζ, etc.

@Jeanneadebats Alors, je ne suis plus prof' depuis un bon moment, mais je continue de bosser avec des classes dans mon planétarium. Classes pour lesquelles on a un certain nombre d'ateliers déjà prêts, et les profs en choisissent un au moment de venir nous voir, donc c'est ce qui se rapproche le plus d'un « même cours » qu'on répéterait à chaque fois. Ben même avec toute la routinerie dont je suis capable, il n'y a juste pas deux fois qui se ressemblent. Ça s'appelle bosser avec des êtres humains, Onfray devrait peut-être essayer.

Michel Onfray, avec la finesse et l’analyse qu’on lui connaît ses dernières années jette ses anciens collègues sous le bus avec des clichés qui étaient déjà plus éculés que des caligae lorsque ma grand-mère est entrée à Fontenay-aux-Roses en prépa.
(Oui parce que je sors d’une famille de profs à 8 quartiers, on a la noblesse qu’on peut et celle-là ben je la renierai pas).
Il y a en particulier un de ses « arguments » qui m’énerve tout particulièrement depuis genre... toujours :
Le sketch du prof qui « fait le même cours depuis sa sortie de l’IUFM* », c’te feignasse.

Ce qui me stupéfie dans cette critique marronnière », c'est qu'elle semble ne s'appliquer à absolument aucun autre métier.
Genre ma banquière va changer son formulaire de prêt, tous les six mois, c’est plus fun.
Et les maçons : construire encore des murs en 2026 ? Quel manque de créativité, un vrai professionnel devrait inventer un nouveau concept de gravité tous les deux ans.
Les médecins ? Vous n'allez pas soigner des angines toute votre carrière quand même ? Un peu de sérieux, au bout de vingt ans, il serait temps de proposer un organe inédit ou une nouvelle forme de boyau, en variant les formes et les couleurs.
Les musiciens ? Ah non, ça va pas du tout. Un pianiste qui joue encore Mozart après trente ans de métier ? Quel glandeur ! Il n'a qu'à inventer une nouvelle gamme de notes tous les matins.
Et puis les écrivains, n'en parlons pas. Toujours les mêmes vingt-six lettres. Franchement, où est l'effort , le mérite, le défi ?
Le plus con, c'est que les mêmes qui se moquent du « même cours » sont souvent les premiers à exiger de l'expérience et à râler parce qu’on a balancer un stagiaire (école) ou un interne (médecine) à leur bébé.
Moi, je croyais bêtement qu’en réalité on attendait d’un professionnel qu'il ait fait son métier suffisamment longtemps pour savoir ce qu'il fait.**
Oui, j'explique encore ce qu'est une métaphore (et j’aime ça, et c’est ma joie). Comme mon collègue de maths explique encore Pythagore. Comme un prof d'histoire parle encore et toujours de la Révolution française. Comme un moniteur d'auto-école explique encore où se trouve la pédale de frein. ***
Une des différences déjà, c'est qu'en face, ce ne sont jamais les mêmes élèves.
Car malheureusement, oui, avouons-le, les élèves ont la fâcheuse habitude d'intervenir dans le processus. C'est très gênant pour la reproductibilité industrielle du produit. Une classe de 2005, une classe de 2015 et une classe de 2025, c'est trois planètes différentes. Les références changent, le vocabulaire change, les difficultés changent, les programmes changent, les outils changent. Même les œuvres changent. Donc si j’avais voulu faire le MÊME cours qu’à l’IUFM toutes ces années-là, il m’aurait fallu des prodiges d’inventivité vachement plus éreintants que remettre tout à plat from scratch. Il faut parfois une énergie titanesque pour parvenir à rester immobile. Et puis on se fait chier. Forcément.
Et si faire toujours le même cours était si facile, il suffirait d'enregistrer une vidéo une bonne fois pour toutes et de fermer les établissements. On a essayé pendant le COVID, ça n’a pas rencontré une adhésion nationale, il me semble.
Il y a un vieux fantasme qui consiste à croire qu'un cours est un objet. Un truc qu'on sort d'un tiroir comme une vieille chaussette, propre, repassée mais un poil trouée quand même.
En réalité, un cours, c'est une conversation de 55mn renouvelée toutes les heures de votre vie de prof, avec trente êtres humains dont quinze ont mal dormi, cinq sont amoureux, trois sont en guerre contre l'univers, leur mère, leur père, le voisin et le reste, deux ont oublié leur trousse et un est persuadé que Napoléon a combattu les dinosaures avec un sabre laser prêté par Katniss.
Si quelqu'un pense qu'on peut faire exactement le même cours dans ces conditions pendant quarante ans, je l'invite cordialement (dans son cul) à venir essayer.
Je lui prête même ma place.
Juste après les corrections, parce que les copies, elles aussi, ont l'insolence d'être différentes chaque année. Quelle absence de professionnalisme de leur part !

* Ou l’ESPE si vous n’êtes pas un dinosaure.
** Mai bon, prof est aussi le seul métier que je connaisse où tout le monde sait mieux que le professionnel.
*** Je sais pas comment font ces gens, je serai moniteur mon pied serait calé à mort sur la pédale de frein justement et on démarrerait jamais, je connais mes élèves.

@gee Petite coquille dans le transcript, avant dernier paragraphe, t'as écrit « priorité intellectuelle ».

Et sinon, on ne remercie jamais assez les gens qui font de l'art libre, donc en tant que lecteur autant que personne qui a déjà utilisé tes dessins pour écrire un bouquin, merci !

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