Et pour commencer, on a vu la semaine dernière que l'étude contre placébo devait s'effectuer dans strictement les mêmes conditions, pour que la différence de résultat observée ne soit dû qu'au principe actif. Mais comment ça peut marcher quand ce qu'on teste n'est pas un médicament, mais une action, comme de planter des aiguilles ?
L'idée de base de l'acupuncture est en effet qu'il existerait des « méridiens » ou « canaux » parcourant le corps humain, et que planter des aiguilles sur certains points précis de ces méridiens permettrait d'influer sur la façon dont les « énergies » se déplacent en les suivant.
Ah oui, au fait, si vous avez manqué le dernier thread : https://fadrienn.irlnc.org/notice/BB0csWybWmMZ2R908e
Cependant, on peut facilement tester cette prétention « contre placébo »… simplement en plantant, dans le groupe témoin, les aiguilles à d'autres endroits, qui ne correspondent absolument pas aux « méridiens » traditionnels. Et l'on constate alors rigoureusement les mêmes effets.
Notons au passage que l'idée de base de l'acupuncture présente quelques points communs avec une autre pseudomédecine développée durant l'antiquité, mais cette fois-ci en Europe : la « théorie des humeurs » d'Hippocrate, qui parle elle aussi de l'équilibre des différents « éléments » physiques au sein du corps, et qu'on a heureusement fini par abandonner.
Ce serait néanmoins oublier un peu vite que l'Europe aussi a eu son lot de « médecines traditionnelles » tout aussi peu efficaces. Le Malade imaginaire, de Molière, nous rappelle utilement les saignées, purges et clystères qui étaient autrefois notre médecine culturelle et dont se débarrasser était loin d'être une mauvaise chose.
Préparer un médicament homéopathique consiste en effet en le fait de diluer une substance dans beaucoup d'eau, plusieurs fois, en secouant entre chaque étape, jusqu'à ce que le produit final ne soit plus que de l'eau, sans aucune trace de la molécule initiale, qu'on “vaporisera” ensuite sur du sucre.
D'où d'ailleurs une B.D. du Pharmachien : https://lepharmachien.com/dose-homeopathique/
Mais, ce n'est pas quelque chose que l'on a su de toute éternité ! La notion de molécule telle que nous la comprenons actuellement date des travaux d'Amedeo Avogadro en 1811, soit quinze ans après la mise au point de l'homéopathie par Hahnemann. Et il faudra encore attendre un siècle complet pour que cette notion cesse de faire débat !
Même si entre temps, donc, on avait déjà identifié quelques molécules intéressantes : https://fadrienn.irlnc.org/notice/BAm0vPx19RETevrVM8
De même, l'un des problèmes qu'elle pose aujourd'hui n'existait pas vraiment à l'époque : la surmédication, donc le fait de recourir à un traitement (réellement efficace ou non) de façon systématique, alors que parfois, ce serait mieux de s'abstenir.
Bon, politiquement c'est loin d'être le seul problème, mais pour la politique, Emma présente généralement mieux les choses que moi : https://emmaclit.com/2016/11/11/un-peu-de-sucre/
Des homéopathes, d'ailleurs, mettent en avant l'idée que se soigner ainsi diminuerait le recours à de véritables médicaments, et donc lutterait contre la surmédication. Il est cependant assez possible (mais pas certain, cf la réponse de @RichardMonvoisin plus bas) que ce soit plutôt l'inverse, son fonctionnement encourageant le réflexe de prendre systématiquement un traitement.
Ah oui, au fait, je ne détaille pas tellement plus, parce qu'il y a déjà pas mal de ressources là-dessus : https://skeptikon.fr/w/9w4EmswpLNm37eNjJcgfgw
Un des soucis principaux des diverses pseudomédecines est en effet d'entraîner une méfiance envers la véritable médecine, celle qui est basée sur des travaux scientifiques, ce qui dissuade d'y avoir recours y compris dans des cas graves. Et ça va donc être le moment où nous allons mentionner un certain Andrew Wakefield.
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Wakefield est en revanche une personne que je n'ai absolument aucun scrupule à mentionner, parce que, pour le coup, la situation à son sujet est parfaitement claire : son apport au progrès des sciences n'est même pas strictement nul, mais carrément négatif.
Donc quand même nettement moins bon que d'autres : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B6YeA9KqMdqmgxxEDA
Pourquoi Wakefield en particulier ? Peut-être parce qu'il avait fait breveter en 1997 un vaccin qu'il avait lui-même mis au point contre la Rougeole, et avait donc tout intérêt à discréditer son « concurrent ». Quoiqu'il en soit, il a été payé par l'avocat en question, et cette affaire n'est à la base qu'un énorme conflit d'intérêt.
L'étude qu'il a réussi à faire publier dans la prestigieuse revue The Lancet en 1998 montrait, sur un très faible échantillon de patients (à peine douze), un possible lien entre le vaccin ROR et certains troubles de l'appareil digestif. Troubles dont il a affirmé très fort mais sans aucun élément à l'appui qu'ils étaient liés à l'autisme.
Suite aux investigations concernant les agissements douteux de Wakefield (qui a depuis été interdit d'exercer la médecine), ses co-auteurs se sont rétractés les uns après les autres, jusqu'à ce que l'étude soit finalement retirée douze ans plus tard… mais nous continuons encore d'en subir les conséquences avec une méfiance vaccinale accrue (qui ne vient pas uniquement de lui, ceci dit).
Un truc en tout cas sur lequel on peut s'accorder est que notre espèce fait preuve d'une sacré imagination pour inventer tout et n'importe quoi, aussi bien en termes de risques qu'en termes de remèdes possibles. Ce qui, si on n'essaye pas d'y mettre du cadre, peut vite partir dans tous les sens.
Allez, à titre d'exemple, une des vidéos de l'Extracteur : https://skeptikon.fr/w/xouvKxzP8WdzWdm4EKVQbm
La pimprenelle, de couleur rouge sang, pourrait aider lors des blessures, ou l'orchis, dont les tubercules peuvent faire penser à des testicules, pourrait aider à la fertilité. Évidemment, suivant cette idée, la mandragore pourrait être une sorte de panacée, un médicament universel.
Paracelse lui-même reste d'ailleurs considéré comme une des personnes à l'origine de la chimie et de la médecine modernes, ses travaux ayant pu servir de base aux scientifiques qui lui ont succédé. On lui attribue notamment la célèbre citation « Tout est poison, rien n'est poison : c'est la dose qui fait le poison » (dont il n'est cependant probablement pas l'auteur, cf la réponse de @RichardMonvoisin).
Il n'empêche qu'on est, en astronomie aussi, confronté à certaines hypothèses farfelues, sur lesquelles on ne s'est pas encore penché·e·s. Donc puisque cette série sur la médecine est finie, ça vous dirait qu'on parle d'OVNIs la semaine prochaine ? Mais je prends aussi les autres suggestions si vous en avez. En tout cas merci d'avance pour les retours et partages !
@elzen ce point est discuté, de savoir le ratio bénéf/inconv {usage de l'homéo limite des effets 2aires} vs {habituation à la prise de traitement]. Je ne sais pas répondre, et je ne sais pas qui pourrait le faire, car faudrait une unité de mesure de souffrance claire
@elzen toutafé. Mais une nuance à mettre : la contestation des vaccins est née dès le début avec la variolisation "turque" de Lady Montagu, et n'a jamais vraiment faibli
@elzen oui, mais Paracelse n'est pas le seul à avoir fait cette élaboration : Gianbattista Della Porta aussi, quasi au même moment. C'était un peu le ZeitGeist
@elzen j'ai épluché pas mal de Paracelse, et je n'ai pour l'instant jamais trouvé cette phrase. Qui d'ailleurs est suffisamment simple pour qu'à mon avis elle remonte aux Grecs anciens, ou a minima aux Arabes du Xe Xie. La notion de posologie est bien antérieure à Philippus T Von Honhenheim alias "Para"Celse