Le Livre d'Argent

Elzen | @elzen@fadrienn.irlnc.org

9/18 On a vu par exemple récemment le souci que pose l'omniprésence des antibiotiques, favorisant la prolifération de bactéries qui y résistent. On pourrait penser intuitivement que l'homéopathie ne gène pas à ce sujet, puisque ses granules sont constituées à 100% de sucre (séché après avoir été mis en contact avec l'eau mentionnée plus haut).

Des homéopathes, d'ailleurs, mettent en avant l'idée que se soigner ainsi diminuerait le recours à de véritables médicaments, et donc lutterait contre la surmédication. Il est cependant assez possible (mais pas certain, cf la réponse de @RichardMonvoisin plus bas) que ce soit plutôt l'inverse, son fonctionnement encourageant le réflexe de prendre systématiquement un traitement.

Ah oui, au fait, je ne détaille pas tellement plus, parce qu'il y a déjà pas mal de ressources là-dessus : https://skeptikon.fr/w/9w4EmswpLNm37eNjJcgfgw

8/18 Quand on parle d'histoire, et en particulier d'histoire des sciences, il faut donc faire attention à remettre les choses dans le contexte de leur époque. L'homéopathie était tout à fait crédible au moment où elle a été mis au point ; le problème à ce sujet est qu'elle n'a pas été remise en cause depuis, alors que nos connaissances scientifiques connaissaient entre temps pas mal de bouleversements.

De même, l'un des problèmes qu'elle pose aujourd'hui n'existait pas vraiment à l'époque : la surmédication, donc le fait de recourir à un traitement (réellement efficace ou non) de façon systématique, alors que parfois, ce serait mieux de s'abstenir.

Bon, politiquement c'est loin d'être le seul problème, mais pour la politique, Emma présente généralement mieux les choses que moi : https://emmaclit.com/2016/11/11/un-peu-de-sucre/

7/18 Ça paraît aberrant aujourd'hui, parce que nous avons une vague notion du concept de molécule et du fait que, s'il n'y a plus assez de molécules dans notre produit, ce produit n'a plus d'effet du tout. C'était d'ailleurs en partie l'objet du thread d'il y a deux semaines.

Mais, ce n'est pas quelque chose que l'on a su de toute éternité ! La notion de molécule telle que nous la comprenons actuellement date des travaux d'Amedeo Avogadro en 1811, soit quinze ans après la mise au point de l'homéopathie par Hahnemann. Et il faudra encore attendre un siècle complet pour que cette notion cesse de faire débat !

Même si entre temps, donc, on avait déjà identifié quelques molécules intéressantes : https://fadrienn.irlnc.org/notice/BAm0vPx19RETevrVM8

6/18 D'autant que des traditions un peu plus récentes, mais tout aussi infondées persistent tout de même dans notre paysage. Mentionnons ainsi l'homéopathie, développée à la fin du dix-neuvième siècle par un dénommé Samuel Hahnemann. Et précisons que si son principe de fonctionnement paraît aberrant aujourd'hui, ce n'était pas le cas à l'époque !

Préparer un médicament homéopathique consiste en effet en le fait de diluer une substance dans beaucoup d'eau, plusieurs fois, en secouant entre chaque étape, jusqu'à ce que le produit final ne soit plus que de l'eau, sans aucune trace de la molécule initiale, qu'on “vaporisera” ensuite sur du sucre.

D'où d'ailleurs une B.D. du Pharmachien : https://lepharmachien.com/dose-homeopathique/

5/18 Je mentionne ce point car une remarque intéressante qui est faite à propos des pseudomédecines est qu'il s'agit souvent de médecines traditionnelles venant d'autres cultures. Le fait que les méthodes scientifiques modernes, de construction surtout occidentales, les invalident souvent pourrait être perçu comme un problème d'hégémonie culturelle plus qu'autre chose.

Ce serait néanmoins oublier un peu vite que l'Europe aussi a eu son lot de « médecines traditionnelles » tout aussi peu efficaces. Le Malade imaginaire, de Molière, nous rappelle utilement les saignées, purges et clystères qui étaient autrefois notre médecine culturelle et dont se débarrasser était loin d'être une mauvaise chose.
Photo, trouvée sur la page Wikipédia dédiée, d'un Clystère, une sorte de grosse seringue qui était utilisée à l'époque pour les lavements. Il s'agit du premier élément médical mentionné dans la pièce de Molière, dès la deuxième phrase de sa première réplique. La médecine de l'époque était encore très liée à la « théorie des humeurs », et la pièce met plutôt bien en avant le fait que les médecins de l'époque n'avaient pas exactement une connaissance du corps humain aussi poussée que celle que nous avons aujourd'hui. Le texte intégral est disponible sur Wikisource, si jamais ça intéresse du monde.

4/18 Ces effets sont donc vraisemblablement contextuels, et il n'y a pas d'intérêt à venir étudier davantage ces histoires de « méridiens » qui ne correspondent vraiment à rien (bon, je simplifie un peu trop ici, évidemment les vraies études creusent davantage certains aspects, mais le résultat est là).

Notons au passage que l'idée de base de l'acupuncture présente quelques points communs avec une autre pseudomédecine développée durant l'antiquité, mais cette fois-ci en Europe : la « théorie des humeurs » d'Hippocrate, qui parle elle aussi de l'équilibre des différents « éléments » physiques au sein du corps, et qu'on a heureusement fini par abandonner.
Dessin du seizième siècle, illustrant actuellement la page Wikipédia anglophone sur la « théorie des humeurs », montrant une sorte de personnage entouré par ce qui ressemble à un boyau représentant les quatre humeurs : flegme, sang, bile jaune et bile noire, qui devaient être en équilibre. Chacune de ces humeurs est censée être liée à certains traits de caractère en particulier, et le personnage ici dessiné est représenté en homme d'un côté et en femme de l'autre, parce qu'évidemment, on n'allait pas échapper à quelques clichés sexistes au passage.

3/18 Bien sûr, ces méridiens ne correspondent à rien qui ait pu être identifié par d'autres moyens, mais ça ne suffit pas à conclure : si un effet réel des aiguilles pouvait être observé, alors ça ne ferait que prouver que les autres moyens utilisés étaient insuffisants et qu'il faudrait continuer d'investiguer.

Cependant, on peut facilement tester cette prétention « contre placébo »… simplement en plantant, dans le groupe témoin, les aiguilles à d'autres endroits, qui ne correspondent absolument pas aux « méridiens » traditionnels. Et l'on constate alors rigoureusement les mêmes effets.
Photo, illustrant actuellement la page Wikipédia sur l'acupuncture, montrant la main d'une personne en train de planter une aiguille dans le poignet d'une autre, où deux autres aiguilles sont déjà plantées. Le poignet semble être un des points traditionnellement utilisés, mais il semble n'y avoir aucune mention de quel traitement exactement est visé sur cette image, ni sur les pages Wikipédia francophone et anglophone où elle apparaît, ni dans le descriptif du fichier sur Wikimédia Commons. Après tout, aucun des points d'acupuncture n'est dédié à quelque chose en particulier, ce serait l'ensemble qui compte.

2/18 Vous avez sans doute déjà entendu parler d'acupuncture, et ça paraît a priori assez délicat de faire un placébo de plantage d'aiguilles. Et en effet, quand on doit tester ce genre de pratiques, on est bien obligés de reproduire les mêmes actions. Mais, pas tout à fait de la même manière.

L'idée de base de l'acupuncture est en effet qu'il existerait des « méridiens » ou « canaux » parcourant le corps humain, et que planter des aiguilles sur certains points précis de ces méridiens permettrait d'influer sur la façon dont les « énergies » se déplacent en les suivant.

Ah oui, au fait, si vous avez manqué le dernier thread : https://fadrienn.irlnc.org/notice/BB0csWybWmMZ2R908e

Nous sommes de nouveau #Vulgadredi, et il est temps de mettre un terme à la série de threads sur la santé, en parlant pour changer de trucs dont l'effet ne dépasse pas celui du placébo, car ça n'empêche pas qu'on puisse dire des choses intéressantes à leur sujet. Attaquons donc un nouveau #VendrediVulga qui fera cette fois dix-huit pouets.

Et pour commencer, on a vu la semaine dernière que l'étude contre placébo devait s'effectuer dans strictement les mêmes conditions, pour que la différence de résultat observée ne soit dû qu'au principe actif. Mais comment ça peut marcher quand ce qu'on teste n'est pas un médicament, mais une action, comme de planter des aiguilles ?
Photo, trouvée au hasard sur Internet, montrant un petit flacon renversé duquel se sont déversés quelques granules. Elles sont tombées sur une feuille d'arbre, qui est elle-même posée sur un caillou plat lui-même posé sur une table de bois, le tout évoquant probablement les pseudomédecines dites « douces », « naturelles » ou « par les plantes » dont il va plus ou moins être question ici. Même si j'ai surtout mis cette image ici parce que je ne savais comme souvent pas trop comment illustrer.

J’ai une question pour les astronomes du Fédivers. Est-ce qu’il y a eu de bonnes études sur la manière de réduire la pollution lumineuse dans les zones urbaines ? Est-ce que vous avez des articles scientifiques à me recommander sur ce sujet ?
Partage apprécié.

@Sylvhem Il me semble qu'il y a toujours une des usines dans les environs, plus à Nantes-même mais dans une petite ville pas très loin. Pas sûr, ceci dit, d'autant que ça a pu changer depuis.

@jor (C'est marrant comme dans ce cas-là il n'y a pas de délit de défaut de sécurisation de ligne, comme il y avait pour HADŒPI.)

@Sylvhem (Fun fact, même s'ils sont moins emblématiques de la ville que leur concurrent, la biscuiterie Lefèvre-Utile a été fondée à Nantes. Leur ancienne usine a d'ailleurs été transformée en centre culturel et rebaptisé « Lieu Unique ».)

Et nous voici de nouveau #VendrediVulga, soit le bon moment pour reprendre nos histoires de santé. Mais avant, précisons à tout hasard que c'est la Fête de la science, donc, les gens qui sont sur #Lannion et qui veulent m'entendre causer de bouffe de l'espace, je serai aux Ursulines tout le week-end, n'hésitez pas à passer.

Et donc, on s'était laissés la dernière fois avec une question : comment on sait, au juste, ce qui marche ou pas pour nous soigner ? Ou qui est dangereux pour nous, aussi, tant qu'à faire. Consacrons-y donc les seize pouets de ce nouveau #Vulgadredi !
Affiche de la Fête de la Science 2026, on voit le logo en haut à gauche, avec en dessous la date (du 2 au 12 octobre 2026), et au centre un bras robotisé venant déposer une cerise sur une petite pâtisserie (j'imagine que l'idée est de dire « un gâteau » à cause de l'expression, mais perso, « gâteau » m'évoque un truc plus gros qui se mange à plusieurs, donc bon). Le thème de l'édition de cette année, « saveurs savantes », est également indiqué, avec deux astérisques montrant que le mot « saveur » renvoie à la cerise et le mot « savantes » au bras robotisé, ce qui n'est à mon sens pas franchement la meilleure façon d'illustrer ce thème lui-même déjà assez douteux ; même s'il faut reconnaître que ça reste une meilleure affiche que la catastrophe qu'on avait eu pour la Nuit des Étoiles cet été et dont j'avais déjà parlé ici. Sinon, le thread d'aujourd'hui ne porte pas du tout sur ce sujet, mais bon, j'ai pas mal manqué de temps pour les illustrations, donc voilà, ça en fait une de moins à trouver. Mais comme d'hab, plusieurs alt-texts contiendront des précisions supplémentaires.

Et comme d'hab, après avoir joué avec une pompe à vide toute la journée, j'ai la formidable idée de faire cuire des pâtes.

Y a un des deux moyens de faire bouillir de l'eau qui est un tantinet plus longuet que l'autre, saurez-vous identifier lequel ?

16/16 Certains sujets sont donc aussi un peu plus sensibles à vulgariser que d'autres… mais d'un autre côté, parvenir à comprendre et à corriger ce qui ne va pas dans nos pratiques est aussi quelque chose d'assez important, donc ça mérite aussi qu'on s'y attarde, même si ça ne fait pas plaisir à tout le monde.

C'est la raison pour laquelle, avant de terminer cette petite escapade du côté de la santé, nous consacrerons un dernier thread, la semaine prochaine, à parler de quelques trucs qui ne marchent pas vraiment. En tout cas si ça vous plaît toujours, donc merci pour vos retours et partages, et à ce week-end pour les gens qui peuvent !
Pour le plaisir, concluons ce thread avec une des courbes trouvées sur le site de Tyler Vigen mentionné plus haut : celle-ci montre une corrélation plutôt pas mauvaise, entre 2012 et 2022, entre la distance entre les planètes Vénus et Mercure (qui, tournant chacune à son propre rythme autour du Soleil, ne cessent de se rapprocher et de s'éloigner l'une de l'autre) et le nombre d'aide-soignants (nursing assistants) dans l'état de l'Indiana aux USA. Ce n'est qu'un seul exemple parmi les très nombreuses corrélations hasardeuses présentées sur le site, donc n'hésitez pas à aller jeter un œil pour en trouver d'autres.

15/16 Pour prouver les méfaits du tabac, une étude randomisée en double aveugle contre placébo aurait été plus efficace ; mais on a évidemment préféré opter pour des preuves plus faibles (obtenues en labo, statistiques, et sur des animaux, pour le coup on a les trois⁽*⁾), histoire de ne pas tuer des gens pour ça. De toute façon, aucune étude n'est une preuve définitive à elle seule.

D'ailleurs, l'expérimentation animale est elle aussi très encadrée, pour les mêmes raisons éthiques, et il existe pas mal de règlementations pour privilégier chaque fois que c'est possible des méthodes alternatives. Si la science permet de sauver des vies, c'est bien aussi que ce ne soit pas au prix d'autres.

(∗) Et on les a depuis un moment, mais je vous renvoie par exemple à ceci : https://skeptikon.fr/w/bg3u4cz4VZCb6fgyrxhdNr

14/16 Bien sûr, ça dépend de la maladie, et justifier par l'éthique de ne pas avoir recours à un test randomisé en double aveugle contre placébo pour soigner læ covid, par exemple, ne serait pas exactement un excellent signal d'honnêteté intellectuelle. Mais c'est une autre question⁽*⁾.

Il n'empêche que nous sommes dans un cas où, parfois, on préfère avoir davantage d'incertitudes, parce que le meilleur niveau de preuves à notre disposition nous semble gênant à obtenir. Typiquement, on fait ce type de tests pour s'assurer qu'un traitement fonctionne, mais pas qu'un produit est dangereux.

(∗) À laquelle j'avais déjà consacré un article sur mon blog, d'ailleurs : https://fadrienn.irlnc.org/articles/sciences/a_lheure_du_raout/

13/16 Ça fait donc pas mal de trucs à vérifier pour ne pas fausser accidentellement les résultats. C'est globalement la difficulté de la recherche sur l'être humain : un taux de complexité et de variabilité assez élevé qui demande des précautions plus importantes que pour étudier les planètes⁽*⁾. Difficultés qui peuvent parfois aussi être éthiques.

En effet, mettre en place une étude contre placébo revient à ne pas vraiment soigner un des deux groupes. Selon la maladie, ça peut avoir de graves conséquences. Les traitement contre le cancer, par exemple, ne sont jamais testés contre placébo. On utilise bien des tests en double aveugle, mais en comparant plutôt au meilleur traitement disponible jusque là.

(∗) Alors que, parfois, étudier les planètes nous amène aussi à des corrélations hasardeuses : https://fadrienn.irlnc.org/notice/AyMztvDdmCsEVRGpYe

12/16 On utilise même parfois le « triple aveugle », dans le cas où la personne qui relève le résultat et détermine ce qui a marché ou pas et à quel point ne sait pas non plus à l'avance quel groupe a reçu le vrai traitement et quel groupe (qu'on appelle « groupe témoin » en français, ou « groupe contrôle » par anglicisme, d'où le fait qu'on parle aussi parfois d'étude « contrôlée ») a reçu le placébo.

En effet, l'interprétation des résultats peut aussi être affectée pour les effets contextuels. C'est principalement pour ça que l'« effet placébo » concerne aussi nos animaux de compagnies et nos plantes : parce que c'est nous qui jugeons si ils et elles vont mieux ou non.
Photo d'un chat en train de renifler deux gélules posées au sol. Même si nous pouvons plus ou moins bien communiquer avec eux, nos animaux de compagnie ne décident pas par eux-mêmes de prendre des traitements, et ne nous font pas un retour détaillé sur ce qu'ils ressentent : c'est bien la personne humaine qui décide de donner un traitement et évalue ensuite si ça semble avoir un effet ou pas en fonction d'une attente préalable : il y a donc une certaine prise ici aux effets contextuels, même si l'animal ne s'est pas rendu compte qu'il a pris un traitement. Oh, j'en profite également pour préciser ce que je disais au pouet cinq : le chat est aussi sensible que le chien à la théobromine. Ou peut-être même plus, car l'effet de cette molécule dépend de la masse de l'animal, et les chats sont souvent bien plus légers que les chiens. Toutefois, leur régime alimentaire est légèrement différent : les chats sont beaucoup moins attirés par les produits sucrés, donc si un carré de chocolat reste à traîner, ils ne vont pas franchement s'y intéresser, tandis que les chiens eux risquent de vouloir le manger. Il faut donc faire plus attention à ces derniers.

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