Le Livre d'Argent

Elzen | @elzen@fadrienn.irlnc.org

8/16 Et c'est à la fin du dix-neuvième siècle que ces diverses tentatives nous ont permis de découvrir une autre molécule, de formule chimique un peu différente de la précédente, C₉H₈O₄, qui a les mêmes effets bénéfiques, mais moins d'effets secondaires. On l'a baptisée pour sa part « acide acétylsalicylique », mais on la connaît un peu mieux sous un nom plus simple : « aspirine ».

La plupart des produits que nous utilisons dans la vie de tous les jours ont une origine relativement similaire : les êtres vivants autour de nous, avec les millions d'années d'évolution aléatoire, ont produit quelques trucs qui peuvent être assez sympas pour nous, et avec un objectif en tête, on peut parfois arriver à les modifier pour arriver à faire encore mieux.
Deux représentation de la molécule d'aspirine, car derrière ces formules chimiques se cachent des atomes ayant une disposition spatiale. Ces deux images viennent de la page Wikipédia sur cette molécule, le premier est une représentation schématique avec des traits entre les lettres représentant les atomes (étant la plus fréquente dans les molécules organiques, la lettre C n'est conventionnellement pas affichée), indiquant les positions des double-liaisons, mais je détaillerai peut-être ça un peu à une autre occasion. L'autre est un modèle moléculaire, donc un agencement de boules avec des couleurs différentes symbolisant les différents atomes (noir pour carbone, rouge pour oxygène et blanc pour hydrogène). J'ai eu l'occasion d'avoir des modèles moléculaires entre les mains quand j'étais môme, et ça fait un bon jeu de constructions même quand on n'a aucune idée de ce que ça représente en vrai (on peut faire des simili-animaux avec).

7/16 Pendant une quarantaine d'années, bien que la molécule ait été identifiée, l'écorce de saule restait le seul moyen connu de nous procurer cette substance. Toutefois, en 1859, on parvint à reproduire cette molécule directement en laboratoire, sans avoir besoin de passer par la plante pour ça.

Ce qui n'a pas été la fin de nos travaux à ce sujet. En effet, l'acide salicylique, malgré ses effets bénéfiques sur notre santé, provoquait parfois quelques effets secondaires indésirables, par exemple des inflammations de l'estomac. On s'est donc demandé si on pouvait modifier cette molécule pour améliorer ce point.
Photo, trouvée sur la page Wikipédia qui leur est dédiée, d'un saule pleureur, ou Salix babylonica, l'un de ces arbres dont l'écorce était utilisée autrefois pour préparer des décoction soulageant la douleur. Ne me demandez pas comment les gens ont eu l'idée de manger de l'écorce à la base, ceci dit. L'arbre est ici au milieu de ce qui doit être un jardin visitable, car on peut voir quelques panneaux explicatifs à côté de plusieurs massifs de fleurs. L'arbre lui-même est plutôt large, et son feuillage semble retomber un peu comme des larmes, d'où le fait qu'on ait considéré que l'arbre pleurait.

6/16 Pour rester davantage dans le thème de la santé, on sait depuis l'antiquité que l'écorce de saule permet notamment de soulager la fièvre en cas de maladie et la douleur en cas… de douleur. Sauf que bon, bouffer de l'écorce, ça n'est pas spécialement le plus agréable qui soit. On a donc pris l'habitude de la réduire en poudre, donnant l'ancêtre de nos médicaments modernes.

Ce n'est qu'au cours des années 1820 que les chimistes parvinrent à identifier, puis à isoler, le « principe actif » produisant ces effets. Une formule chimique plutôt simple, C₇H₆O₃, pour une molécule à laquelle on a donné le nom d'« acide salicylique » (de « Salix », le nom latin du saule).

« Acide » parce qu'elle peut facilement réagir en « perdant » un ion H⁺, comme on l'avait évoqué dans le thread sur le feu : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B8QvYKJDw3WVrWC2oS

5/16 Mais on a remarqué depuis un bon moment que certaines de ces molécules ont un effet sur nous. Enfin, à la base, on a remarqué que manger certaines plantes, ou certains champignons, avait des effets ; et beaucoup plus tard on a pu identifier quelles molécules parmi tout ce qu'ils produisent ont cet effet.

Ainsi, la morphine, produite notamment par une plante, le pavot somnifère, ou la psilocybine, produit par certains champignons appelés psilocybes, ont un effet sur notre système nerveux. Mais vu qu'on n'a pas encore parlé des neurones ici, on va garder ce point pour plus tard. (Peut-être pour un après-midi d'automne, quand on aura trouvé un moyen de locomotion ?)
En attendant qu'on se penche plus en détails sur le fonctionnement du cerveau, et plutôt qu'une image extraite du clip de Mangez-moi parce que les références c'est mieux quand c'est quand même un petit peu plus subtil, voici une photo, trouvée sur la page Wikipédia dédiée à la morphine, d'une fleur prise au milieu d'un chant de pavot. On détaillera un peu plus dans un autre thread, mais la morphine et la psilocybine agissent sur nos synapses, donc sur les connexions entre nos neurones, l'une avec un effet inhibiteur et l'autre avec un effet excitant.

4/16 Ainsi, l'ADN permet de stocker de l'information. Certaines personnes ont même eu l'idée de s'en servir pour stocker des données numériques, comme on le fait dans nos disques durs : la technique peut être intéressante pour stocker des choses à bas coût et sur de longues durées, mais coder et décoder est assez peu pratique de cette façon⁽*⁾.

Les différentes protéines, elles, prennent des formes différentes qui leur permettent d'accomplir pas mal de rôles. On peut mentionner notamment les anticorps, mais aussi par exemple l'hémoglobine, qui permet à nos globules rouges de transporter le dioxygène dans le sang.

(∗) Ah, si cette histoire de stockage numérique avec de l'ADN vous intéresse, voyez par exemple par là : https://www.sciences-mag.fr/adn-disque-dur-et-stockage-des-donnees-selon-harvard/

3/16 Le glucose est une molécule assez simple et comptant peu d'atomes, par rapport à des trucs comme notre ADN, ou les anticorps qu'on a mentionnés il y a deux semaines. Mais plusieurs glucoses peuvent être assemblés pour former des molécules plus grandes, comme par exemple l'amidon.

En fait, l'essentiel de l'activité du vivant est de réassembler des molécules par diverses réactions chimiques, et, au fil du hasard des mutations, pas mal de molécules assez complexes ont pu apparaître, certaines pouvant avoir divers effets plus ou moins intéressants pour nous.

Quant au dioxygène, pour sa part, il s'accumule dans notre atmosphère depuis plus de deux milliards d'années : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B2LuuVzTLtGtHpY252

2/16 Vous savez déjà, j'imagine, qu'à la base de (presque) toutes les chaînes alimentaires de notre planète se trouvent les organismes capables de faire de la photosynthèse. Il s'agit d'une réaction chimique particulière qui, à partir du dioxyde de carbone capté dans l'air et de l'eau capté par les racines de la plante, produit du glucose et du dioxygène.

En chimie, on écrit ça sous la forme d'une équation : « 6 CO₂ + 6 H₂O → 6 O₂ + C₆H₁₂O₆ », chaque lettre représentant un des atomes concernés (ici, Carbone, Hydrogène et Oxygène), qui sont donc réassemblés différemment, grâce à l'énergie produite par la lumière du Soleil.
Petit schéma représentant la photosynthèse, que j'ai assemblé pour le deuxième livre que je ferais bien de finir un de ces jours. On voit au centre une cellule (positionnée sur une feuille parce que c'est une cellule végétale) qui capte d'un côté du dioxyde de carbone (CO₂, en six exemplaires) et de l'eau (H₂O, en six exemplaires aussi) ainsi que de la lumière (représenté par un petit soleil avec un éclair à côté), et qui produit d'un côté le dioxygène (O₂, toujours en six exemplaires), et de l'autre le glucose (C₆H₁₂O₆, en un seul exemplaire et ici représenté avec quelques carrés de sucre à côté, vu que le glucose est, avec le fructose, un des composants principaux du sucre de table). Cette image est donc juste basiquement l'équation de la réaction mise sous une forme un peu plus visuelle.

OK, #Vulgadredi ? On a parlé ces dernières semaines de la façon dont on peut, ou pas, lutter contre certains des micro-organismes qui nous pourrissent parfois la vie. Mais avant d'arriver à comprendre et à mettre au point ces techniques, on avait déjà pu compter sur un peu d'aide extérieure.

Et comme il n'y a pas que pour se soigner que le monde autour de nous a des choses à nous proposer, on va élargir un peu le sujet (en continuant de tourner autour, et on y reviendra au prochain thread). Et donc, c'est parti pour ce nouveau #VendrediVulga de seize pouets et demi !
Image prise au microscope de cellules végétales, dans lesquelles on peut voir de petites boules vertes : les chloroplastes, qui réalisent la photosynthèse dont on va parler au prochain pouet, grâce au pigment qu'ils contiennent, la chlorophylle (l'image a d'ailleurs été trouvée sur la page Wikipédia dédiée à cette sorte de molécules). On ne va pas beaucoup parler de photosynthèse dans ce thread, mais le point commun à une bonne partie de ce qu'on va voir est qu'il s'agit de molécules produites par des plantes, donc au moins ça donne le ton. Notez que les alt-text contiennent pas mal de précisions supplémentaires ici, comme souvent, donc n'hésitez pas à consulter tout ça.

@lord Alors, Microsoft pousse à mort *les LLM*. Soit une techno qui n'est pas du tout pensée pour le cas d'usage que tu décris (analyser le comportement de l'utilisateur pour essayer de déterminer ce qu'il cherche à faire). Alors, ça ne les empêcherait pas de développer autre chose qui fasse ça, mais ce serait une techno complètement différente, donc pas forcément la priorité du moment.

@RaieFutee Alors, pour le coup, l'émergence d'une super-intelligence est pour l'instant quelque chose d'assez peu vraisemblable, techniquement parlant. Cette possibilité est mise en avant pour des raisons marketings, mais les risques à ce niveau sont très clairement exagérés.

Par contre, les LLM posent des problèmes beaucoup moins hypothétiques, qu'il serait me semble-t-il plus important de mettre en avant :
– Une consommation de ressources assez importante, la techno étant particulièrement gourmande, qui aggrave les problèmes environnementaux actuels alors qu'on allait déjà dans le mur sans,
– Des effets assez peu cools sur notre cognition, notamment une diminution de l'esprit critique et de la tendance à vérifier les choses,
– L'importance que ça a pris dans l'économie actuelle, ce qui fait que quand la bulle finira immanquablement par exploser, ça va mettre un paquet de trucs par terre et pas mal de gens vont morfler.

Bon, le #Vulgadredi de demain est presque prêt, il me reste juste quelques illustrations à trouver.

J'ai deux séances et un atelier à gérer demain au plané donc j'aurai peu de temps dans la journée pour essayer de finir (sans compter les préparatifs de la fête de la science à terminer, c'est aussi mon vrai boulot ^^), mais il y a une certaine probabilité que j'arrive à finir/publier pour 18/19h en rentrant chez moi.

(Il n'est pas impossible qu'on y croise un Dalek et un ver d'oreille.)

♪♫ Au nord, c'était les corons,
la Terre, c'était le charbon,
le ciel, c'était l'horizon,
les hommes, des mineurs de fond… ♫♪

C'est cool de retrouver des classes (moins de devoir remettre/ranger les tables en place à chaque fois parce que la salle a plusieurs usages différents, mais ça c'est autre chose).

Mardi construction d'une carte du ciel avec des CE1/2, et là je viens de faire la séance sur les saisons avec des sixièmes, ce qui était bien cool (c'est celle qu'on fait le moins souvent, donc que je connais le moins bien, mais là je pense que je l'ai bien maîtrisée comme il faut… sans doute pour la dernière fois, donc.)

@tshirtman Du coup j'ai jeté un œil hier soir par curiosité, et c'est pas évident à commenter. Je trouve que le point principal est très bien traité, mais qu'il y a quelques maladresses dans… disons l'intro et la conclusion, pour éviter d'être plus précis. J'aurais envie de pinailler dessus mais du coup ce serait manquer un peu le point ^^" Mais globalement assez intéressant d'amener les choses comme ça.

18/16 Merci aux 17 personnes ayant voté !

Comme je m'y attendais, personne ne découvre complètement le sujet, mais il semble que personne n'en ait que très vaguement entendu parler non plus. En revanche, six personnes n'en connaissaient que les grandes lignes, et dix n'ont pas appris grand chose en lisant ces threads. J'espère que ça vous aura intéressé quand même, et qu'on reviendra sur un peu plus de découvertes dans les threads suivants, même si on va rester encore un peu sur des thèmes relativement proches (et qu'il faudrait que je commence à écrire le prochain, tiens.)

Ah, et une personne considère que tout le monde devrait déjà savoir tout ça, bon beh j'espère que ces petits threads auront au moins contribué un peu à cet objectif :-)

@lord Alors, moi il y a un truc que je ne pige pas : vous en entendez parler où, au juste ? Parce que moi je n'ai entendu parler de ce truc que par les gens qui ne vont pas s'en servir ici, alors vu de ma fenêtre ç't'un peu particulier comme mode.

@paul_denton Ursula de la Petite Sirène qui envisage de prendre le juge Claude Frollo comme premier ministre. J'avoue que ce n'est pas le cross-over Disney que j'avais vu venir, mais quelque part c'est cohérent.

17/16 En effet, ça fait maintenant quatre threads que je vous parle de trucs avec lesquels je suis familier de plutôt longue date (je regardais beaucoup Il était une fois la vie étant môme, et je me souviens avoir vu l'histoire de Jenner au collège, parce que je suis tombé dessus en interro où j'ai eu un des rares 20/20 de ma carrière scolaire). Et puis je suis retombé dessus plus tard en m'intéressant au scepticisme, parce que la médecine est sujette à pas mal de mésinformation. Mais comme tout le monde n'a pas eu le même parcours que moi, j'aimerais savoir : à quel point est-ce que ce que je vous raconte-là (donc sur les quatre derniers threads, en gros) est nouveau pour vous ?

16/16 Maintenant, qu'en est-il des autres médicaments ? Un certain nombre d'entre eux ne présentent pas ce souci… parce que leur rôle est d'agir sur les symptômes, et pas sur la maladie elle-même. Ce qui ne les empêche pas d'avoir des effets assez notables, ni que leur origine puisse être assez intéressante aussi.

Dans le thread de la semaine prochaine, nous jetterons un petit coup d'œil à cette question, en parlant un peu plus généralement de liens entre la chimie pratiquée dans nos labos et le vivant. En tout cas, si ça vous plaît toujours, donc comme d'hab, merci d'avance pour les retours et les partages ! Et je me permet de rajouter un dix-septième pouet avec un sondage.
Et parce que je ne pouvais décemment pas terminer cette partie sans vous montrer ça : voici une dernière capture de l'épisode d'Il était une fois la vie sur la vaccination, où on voit enfin le terrible affrontement : une sorte de mouche moche représentant la toxine du tétanos, et un Metro avec son faux nez représentant l'anticorps chargé de nous en débarrasser. On en voit ici deux en gros plan (et quelques autres en plus petit derrière) sur un fond qui représente notre corps humain hors vaisseau sanguin (j'aurais tendance à dire que ce qu'on voit pourrait ressembler à un nerf, mais je crois qu'il n'est jamais précisé ce dont il s'agit dans la série, bien que ce soit un décor qui revienne plusieurs fois). Ils sont en train de se battre à l'épée, et, dans le dessin animé, Metro abat ses adversaires en récitant quelques vers de la « ballade du duel qu'en l'hôtel Bourguignon, monsieur de Bergerac eut avec un bélître » dans la pièce d'Edmond Rostand (« Ma pointe voltige : une mouche ! Décidément, c'est au bedon qu'à la fin de l'envoi, je touche ! » <3)

15/16 Or, nous nous sommes mis à utiliser beaucoup trop intensivement ces antibiotiques, ce qui conduit à favoriser grandement la prolifération de ces bactéries résistantes… et diminue donc d'autant l'intérêt des antibiotiques pour nous défendre contre elles.

Les antibiotiques ont tellement aidé à réduire la mortalité causée par les infections (on parle quand même de plus de dix ans gagnés sur l'espérance de vie moyenne) que cette perte d'efficacité risque fort d'avoir des effets assez catastrophiques. Nous connaissons la façon dont ça fonctionne, et donc il est de notre responsabilité de faire attention sur ce point.

« Les antibiotiques, c'est pas automatique », donc. Mais vous préférerez peut-être la version du Pharmachien : https://lepharmachien.com/antibiotiques/

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