Le Livre d'Argent

Elzen | @elzen@fadrienn.irlnc.org

6/21 Wegener nous propose donc une hypothèse différente : les mouvement des continents pourraient parfois les amener à se heurter entre eux, et ces chocs violents pourraient faire s'élever des montagnes. L'Himalaya, par exemple, aurait pu naître de la rencontre entre l'Inde et le reste de l'Asie.

Là encore, il n'était pas le premier : un géologue américain nommé Frank Bursley Taylor avait proposé la même hypothèse quatre ans plus tôt, amorçant déjà l'idée d'une « dérive des continents », mais les travaux de Wegener sont beaucoup plus complets et comptent pas mal d'exemples complémentaires.
Carte montrant la façon dont la plaque indienne a bougé au fil du temps jusqu'à heurter la plaque eurasienne, ce qui a conduit à la formation de la chaîne de l'Himalaya. On voit donc la carte du monde présentant les côtes actuelles, avec plusieurs représentation de des terres émergées de la plaque indienne (donc l'Inde et le Sri Lanka) en rouge transparent, positionnées à l'emplacement d'il y a 71, 55, 38 et 10 millions d'années en plus de l'emplacement actuel. Comme on l'a vu dans le thread dédié aux volcans (qui sera lié plus bas), il y a 68 à 60 millions d'années, l'Inde se trouvait au dessus du point chaud de la Réunion, particulièrement actif à cette époque, ce dont les trapps du Deccan sont encore la trace aujourd'hui.

5/21 Wegener ne s'arrête cependant pas à la complémentarité des côtes, et s'intéresse également aux reliefs. On pensait déjà à l'époque que la Terre avait été très chaude lors de sa formation et s'était lentement refroidie ensuite, ce qui avait, comme on en a déjà parlé⁽*⁾, servi aux premières estimations de l'âge de notre planète.

L'idée communément admise à l'époque était que ce refroidissement, n'étant pas uniforme, avait conduit à la formation des montagnes, et au contraire des zones assez basses pour être ensuite remplies par l'océan, à la façon dont une pomme se ride en vieillissant.

(∗) Comme d'hab, si vous avez manqué le thread en question, c'était celui-ci : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B27P3TpYpnveRphhxI

4/21 Ce constat était d'ailleurs loin d'être nouveau à l'époque de Wegener, puisque l'idée que ces deux continents aient pu autrefois n'en faire qu'un avait été évoquée dès 1596, soit à peine plus d'un siècle après le premier voyage de Christophe Colomb (les Vikings, qui avaient traversé l'Atlantique avant lui, étaient eux restés au nord et n'avaient pas autant cartographié la zone que les colons qui ont suivi).

Abraham Ortelius, cartographe anversois, est probablement le premier à avoir avancé cette idée dans un ouvrage intitulé « Thesaurus geographicus » ; mais d'autres noms plus célèbres l'ont repris dans les années qui suivirent, dont notamment Francis Bacon. Sur ce point-là, donc, Wegener n'était pas le premier.
Planche en trois cases de la B.D. en ligne xkcd (dont elle est le numéro 3132), où l'on voit une salle de classe. Dans la première image, la prof montre une carte du monde comme celle du pouet précédent, mais zoomée sur l'Afrique et l'Amérique du Sud, avec les côtes mises en évidence en rouge. Elle déclare (en anglais, je traduis approximativement) que les gens ont remarqué depuis longtemps que ces deux côtes avaient environ les mêmes formes. Dans la deuxième case, de plus loin et où on voit les élèves, elle ajoute que les géologues du vingtième siècle ont finalement trouvé une explication. Dans la troisième case, juste avant que la prof ne donne l'explication en question (la dérive des continents), un des élèves tente de répondre qu'il s'agit du plagiat. L'infobulle (qui ajoute souvent une blague supplémentaire dans les planches d'xkcd) indique que les fossiles du Crétacé de chaque côté semblent avoir été plagiés aussi (comme on va le voir plus bas, c'est ici une légère erreur de Randall Munroe, car au Crétacé, les continents étaient déjà séparés).

3/21 Comme ce titre l'indique, l'idée à laquelle il est arrivé est que les terres émergées de notre planète se déplacent au fil du temps, « glissant » sur (ou dans) les fonds océaniques. On désignera plus tard cette idée sous le nom plus simple de « dérive des continents ».

Qu'est-ce qui justifie Wegener à penser ça ? Son premier argument n'est pas vraiment géologique, mais disons plutôt géographique : sur une carte de notre planète, on constate plutôt facilement que les côtes de l'Afrique et celle de l'Amérique du Sud, par exemple, sont curieusement complémentaires.
Carte du monde en projection de Hölzel, trouvée sur la page Wikipédia dédiée aux planisphères. Il s'agit d'un planisphère ressemblant pas mal à celui qu'on connaît, mais sur une forme plus ou moins hexagonale plutôt que rectangulaire pour limiter l'étirage des parties nord et sud que cause la projection de Mercator habituelle (puisqu'il s'agit de représenter à plat la surface d'une sphère, il est nécessaire d'étirer un peu certains morceaux, et la projection habituelle surévalue certaines tailles. Je l'ai déjà mis dans l'alt-text précédent, mais Defakator a publié récemment une vidéo sur la chaîne YouTube « Info ou Mytho » qui présente rapidement ce point). Sur cette carte, on peut notamment voir les formes complémentaires de la côte est de l'Amérique du Sud et de la côte ouest de l'Afrique, la pointe du Brésil semblant pouvoir s'encastrer dans le Golfe de Guinée.

2/21 Commençons donc par présenter Alfred Wegener. Scientifique allemand né en 1880, il a été formé à l'astronomie, puis à la météorologie, soit pas vraiment le chemin tracé pour révolutionner la géologie. Si, un siècle plus tôt, Pierre-Simon (de) Laplace avait pu faire progresser considérablement plusieurs domaines différents, c'est devenu quelque chose de bien plus rare au vingtième siècle.

Néanmoins, Wegener va présenter le 6 janvier 1912 à la Société de Géologie de Francfort des travaux qu'il a démarré lors d'expéditions au Groenland quelques années plus tôt et qui se trouvent mobiliser des connaissances issues de plusieurs domaines différents. Son exposé était intitulé « les translations horizontales des continents ».

C'est donc bien sur Terre que nous allons partir en voyage ce coup-ci ; mais si vous vouliez visiter la galaxie, le thread de la semaine dernière est là : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B5rJPaHc0C2xmKgUmu

Qu'est-ce que c'est, au juste, qu'« avoir raison » ? Je ne vais probablement pas me risquer à des questions aussi larges et philosophiques dans le cadre d'un simple #Vulgadredi. Mais, parfois, l'Histoire des sciences peut nous donner quelques pistes de réflexion assez intéressantes, et la découverte de la tectonique des plaques en est ce me semble un très bon exemple.

Alors, puisqu'on est de nouveau #VendrediVulga, on va au moins pouvoir consacrer vingt-et-un pouets à détailler un peu ce cas-là en particulier, ce qui va nous permettre de parler de connaissances scientifiques et de la façon dont elles évoluent avec le temps. C'est parti ?
Carte du monde illustrant actuellement la page Wikipédia dédiée à la tectonique des plaques (et peu usuelle pour nous car elle place les Amériques au centre, mais ça n'est ni plus ni moins correct que nos versions habituelles, d'ailleurs je ferai peut-être un jour un petit thread sur tout plein de sortes de cartes du monde différentes, dites si jamais ça vous intéresse) montrant les limites entre les principales plaques à la surface de notre planète. On voit que l'Europe et l'Asie sont réunies en une unique plaque eurasienne, à l'exception de la pointe est de la Sibérie qui fait partie de la plaque nord-américaine. L'Amérique du Nord et celle du Sud font en effet partie de deux plaques différentes, entre lesquelles on trouve d'ailleurs la plus petite plaque caraïbe, qui comprend pas mal des îles de cette région du monde ainsi que l'Amérique centrale, donc les quelques pays situés juste au sud du Mexique. Une bonne partie de l'océan Pacifique est portée par la plaque du même nom, mais on trouve plusieurs plus petites plaques autour d'elle, la séparant des Amériques (elles s'appellent, du nord au sud, Juan de Fuca, Cocos, et Nazca). À l'ouest sur cette carte, les îles d'Asie du sud-est sont séparées de la plaque pacifique par la petite plaque philippine. L'Australie, la Nouvelle-Zélande et une bonne partie des mers qui les entourent forment la plaque australienne, qui continue vers l'ouest jusqu'à rencontrer la plaque africaine, la plaque indienne se retrouvant coincée entre ces deux-ci et la plaque eurasienne au nord. Contre la plaque indienne et entre les plaques africaine et eurasienne se trouve encore la plaque arabique, qui comprend globalement la péninsule du même nom. Enfin, tout le bas de la carte (mais sa surface énorme ici vient de la projection de Mercator, on en reparlera dans le prochain alt-text, et la dernière vidéo de Defakator pour Info ou Mytho parle très bien de ça) est occupé par la plaque antarctique, qui se trouve quand même séparée de la plaque sud-américaine par la petite plaque Scotia.

Dans le domaine de l'étude de la navigation (dans le sens de : capacités d'un individu à s'orienter dans l'espace ou trouver son chemin) c'est un peu la tarte à la crème de parler des différences mâles/femelles.

Je ne me suis jamais intéressé à ce point là car 1) j'avais un peu du mal à y croire et 2) au fond, ça ne m'intéressait pas du tout. Donc bref : mais si j'entendais le truc revenir souvent, je ne me tenais pas trop au courant des avancées dans le domaine.

Voilà que je lis dans le chouette papier d'état de l'art de Yavuz & Spears (2026, Nature Reviews Psychology) que (traduction paraphrasée par moi-même) les différences genrées de capacité à trouver son chemin et à intégrer ses déplacements, estimées chez des ressortissant.e.s de 57 pays différents, sont très fortement corrélées à l'index de l'écart de genre (gender gap index) de ces pays. Ce qui veut dire que plus une société est inégalitaire entre hommes et femmes sur des variables telles que l'éducation ou la prise en charge de la santé, plus les différences homme-femme sur ces capacités à naviguer sont grandes.

Bon à savoir pour le prochain repas de famille avec le tonton (ou le neveu) mascu.

♪♫ Je ne peux vivre sans îles,
Je n'peux vivre sans elles,
Sans l'idée d'une idylle
Dans les yeux d'une belle ! ♫♪

@parleur Merci ^^ J'ai exercé comme instit', mais pas longtemps, le métier est épuisant et à l'époque physiquement je ne pouvais pas. Mais ça m'a au moins donné de bonnes bases pour mon boulot actuel :-)

Et pareil pour ton auto-éval, on croise les doigts 🤞

@parleur Tiens, ça me rappelle mon oral principal du CRPE. Quarante minutes avec le jury, dix minutes d'exposé puis dix minutes d'entretien sur un sujet de pédagogie préparé sur place, et dix minutes d'exposé préparé à l'avance puis dix minutes d'entretien sur l'option pour laquelle tu t'es inscrit·e (musique dans mon cas, mais ça aurait pu être arts plastiques ou littérature de jeunesse).

J'étais plutôt satisfait de mes exposés et de l'entretien pédagogique, par contre je me suis pas mal viandé sur l'entretien d'option. Je me souviens être ressorti de là en me disant que j'avais de bonnes chances d'avoir le concours, mais que je serais sûrement dans le bas du classement, avec dans les deux cent candidats mieux classés que moi… et j'ai été admis en 201ème position sur 208.

♪♫ L'amour existe-t-il ?
L'amour existe tel
Qu'on le dit dans les îles :
On dit qu'il donne des ailes ! ♫♪

(Il y a présentement une batterie, deux claviers et plusieurs amplis au milieu de ma salle de projection. C'est un peu perturbant.)

Ah et sinon, pour les amateurices de musique, le groupe Shine fera un concert ce vendredi soir, toujours au Planétarium de Bretagne, donc si vous êtes du coin ou que vous y venez pour le week-end prolongé, ça peut être sympa de passer faire un tour ! Si vous aimez Pink Floyd, ça devrait vous plaire.

Petit rappel : mercredi prochain, à cette heure-ci, @mmontarges sera au Planétarium de Bretagne pour nous parler de pourquoi nous sommes des poussières d'étoiles. Donc, les gens qui sont sur #Lannion ou dans les environs, n'hésitez surtout pas à venir voir !

Bon, beh le groupe scolaire qui était à la bourre hier après-midi est encore plus à la bourre aujourd'hui alors qu'on a au programme un atelier plus long que ce qu'on a fait hier… Et évidemment, même pas un coup de fil pour prévenir.

Au moins, pendant ce temps, j'ai pu finir la rédaction du prochain #vulgadredi, il me restera comme d'hab à trouver les illustrations.

Un journal affilié à Nature, Humanities and Social Sciences Communications, a rétracté une méta-analyse qui clamait avoir mis en lumière les bienfaits de ChatGPT pour l'éducation.
Petit fil pour expliquer la gravité du problème ⬇️

@npettiaux (Alors, si jamais il faut préciser, ç'pas de moi du tout, hein. Quand je chante comme ça avec les petites notes de musiques, ce sont des paroles de chansons plus ou moins connues, en l'occurrence Sans contrefaçon de Mylène Farmer.)

♪♫ Tout seul dans mon placard, les yeux cernés de noir,
À l'abri des regards, je défie le hasard…
Dans ce monde qui n'a ni queue, ni tête, je n'en fais qu'à ma tête,
Un mouchoir au creux du pantalon, je suis Chevalier d'Éon ! ♫♪

@orange_lux J'n'ai pas le contexte donc je ne sais pas à quel point ça colle, mais « Vous n'êtes capable que de vaincre une petite statue de rien du tout » ?

Ou éventuellement « Votre talent s'arrête à vaincre […] », peut-être ?

Quarante-deux. L'été dernier, j'ai fait un thread sur un coup de tête, un vendredi, sans penser que j'en ferais d'autres. Puis, la semaine suivante, j'en ai refait un en me disant qu'ensuite on s'arrêterait là. Puis je me suis dit que les hashtags #VendrediVulga et #Vulgadredi pourraient être cools, alors j'ai refait un thread, et… beh nous voilà au quarante-deuxième.

Quarante-deux, dans le Guide de l'Autostoppeur Galactique de Douglas Adams (donc un #VendrediLecture au passage ^^), c'est la réponse à l'ultime question sur la vie, l'univers et le reste. Et dans ces threads, on a parlé un peu de la vie, pas mal de l'univers… et on a même abordé le reste une fois ou deux. Donc pour fêter le quarante-deuxième, on va consacrer vingt-et-un pouets (je fais deux paragraphes par pouet) à aller faire un peu d'autostop galactique.
Couverture française du premier livre de la célèbre trilogie en cinq volumes, on y voit le nom de l'auteur, le titre (exactement « Guide du voyageur galactique »), une illustration comprenant un bulldozer, un babelfish (invention du roman, une sorte de poisson jaune qui, placé dans l'oreille de quelqu'un traduit tout ce que cette personne entend dans sa propre langue, permettant d'éviter le problème de la communication avec des extraterrestres. Un truc aussi improbable est accessoirement présenté comme une preuve de l'existence de Dieu, ce qui, par voie de conséquence, implique que Dieu n'existe pas, mais je vous laisse aller lire les détails dans le livre), et, bien sûr, un livre rouge dont le logo évoque un pouce levé pour faire de l'autostop, représentant le guide lui-même. Le logo de l'éditeur, Folio SF, apparaît également.

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