Le Livre d'Argent

Elzen | @elzen@fadrienn.irlnc.org

10/16 Mais bien sûr, ce qu'on va surtout retenir, c'est le moment où la pression accumulée dans la chambre magmatique est telle que ce dégagement de gaz entraîne la lave, qui jaillit alors en surface : c'est ce que l'on appelle une éruption volcanique (la lave ne vient en général pas uniquement de la chambre magmatique, il y a plusieurs accumulations secondaires, mais on va éviter de trop rentrer dans les détails).

Ces éruptions peuvent en fait prendre plusieurs formes, en fonction de la composition de la lave. En effet, la quasi-totalité des volcans terrestres actuels émettent des laves qui sont riches en basaltes, mais la composition des roches et les phénomènes de différenciation physique font que la quantité de silice qu'elles contiennent va pas mal varier d'un volcan à l'autre.
Photo (trouvée sur Wikipédia) de l'éruption du Nyiragongo en 2021, typiquement effusive. L'image est assez sombre avec de la fumée qui empêche de voir beaucoup de détails, mais on voit nettement la lave rouge qui s'écoule depuis le volcan situé à l'arrière-plan et avance vers le bas de l'image.

9/16 Certaines chambres magmatiques sont beaucoup plus grandes que d'autres, contenant beaucoup plus de magma. C'est le cas par exemple sous le parc de Yellowstone aux USA. Les éruptions sont alors plus rares, car une forte plasticité est nécessaire pour une telle accumulation ; mais lorsqu'elles surviennent, il y a beaucoup plus de lave qui sort : on parle de superéruption, et donc de supervolcan.

Dans tous les cas, le magma qui s'accumule à cet endroit refroidit et cristallise partiellement, ce qui le fait changer de composition chimique, et provoque un dégazage. Tous les volcans en activité émettent des gaz, et certains, comme le Dallol en Éthiopie, semblent se limiter à ça, même si, là encore, nous ne comprenons pas encore totalement le phénomène (il est possible que l'activité du Dallol ne soit pas vraiment volcanique).
Carte, trouvée sur la page Wikipédia anglophone dédiée à la caldeira de Yellowstone, montrant le déplacement apparent, vu depuis la surface, du point chaud situé sous le parc. Comme pour les îles Hawaï plus haut, on voit la succession des zones volcaniques (se dirigeant cette fois vers le nord-est), témoin du déplacement de la plaque. La différence principale est qu'ici, ce point chaud est situé sous un continent, donc les différents volcans ne sont pas séparés par de l'eau, contrairement aux archipels volcaniques.

8/16 Pour comprendre un peu plus en détails le phénomène, allons donc faire un petit tour en profondeur. Quel que soit le type de volcan, le point de départ est donc toujours une élévation locale de la température de la croute ou du manteau terrestre. Ce manteau est constitué de plein de sortes de roches différentes, et certaines vont alors se mettre à fondre, tandis que d'autres restent solides. On parle donc de « fusion partielle ».

Le magma ainsi formé (si les deux désignent la roche à l'état liquide, on parle usuellement de « magma » tant que ça reste sous terre et de « lave » quand ça arrive en surface), moins dense que la roche solide, va remonter vers la surface par la poussée d'Archimède et s'accumuler au sein d'une « chambre magmatique », une zone située généralement 20 à 50 kilomètres en dessous de la surface.
Schéma de fonctionnement d'un volcan, trouvé sur la page Wikipédia dédié aux chambres magmatiques et qui a le bon goût de descendre un peu plus profondément (la plupart des schémas de ce type n'allant pas plus bas que ladite chambre). On voit donc en bas l'asthénosphère, une partie en profondeur du manteau où a lieu la fusion partielle, puis le magma qui remonte jusqu'à une première chambre magmatique située dans la lithosphère, à la limite entre le manteau et la croûte terrestre. D'autres chambres plus petites sont situées encore un peu plus haut, puis une cheminée permet à la lave de remonter jusqu'en surface où se situe le volcan, ici montré en train de cracher un panache de gaz qui se mélangera avec l'atmosphère.

7/16 Évidemment, le volcan de l'époque n'a sans doute pas coulé en continu pendant huit millions d'années, mais plusieurs coulées, ayant formé des couches de roche de quelques dizaines de mètres d'épaisseur, se sont empilées les unes sur les autres. Il est d'ailleurs possible que les ondes sismiques provoquées par l'impact de Chicxulub aient contribué à l'ampleur du phénomène.

Ça reste à déterminer, cependant, d'autant qu'on peut également mentionner les trapps de Sibérie, une formation analogue probablement liée à l'extinction du Permien et la fin du Paléozoïque, et pour lesquelles on n'a pas encore pu identifier le lieu d'un éventuel impact correspondant. On parle ici de ce qu'on arrive à reconstituer du passé de la Terre, qu'on ne pourra sans doute jamais connaître entièrement.
Photo (encore trouvée sur Wikipédia) de la région de Pune, en Inde, constituée de roches basaltiques résultant de ces éruptions dantesques. On voit un arbre au premier plan, mais l'important est surtout la chaîne de montagnes située plus loin, au centre de l'image, et dans laquelle on devine l'empilement de couches successives de lave sur une sacré hauteur.

6/16 Mais si l'île existe depuis environ cinq millions d'années, le point chaud lui-même est beaucoup plus ancien. Il semble ainsi à l'origine de plusieurs archipels volcaniques, dont celui des Maldives… mais également d'un phénomène volcanique particulier dont la tectonique des plaques a amené les traces jusqu'en Inde actuelle : celui des trapps du Deccan.

Il s'agit d'un empilement de lave de plus de deux kilomètres d'épaisseur. D'après les études qui en ont été faites, la longue activité volcanique qui en est a l'origine a débuté il y a environ 68 millions d'années, soit deux millions d'années avant un célèbre impact, et s'est poursuivie jusqu'à il y a environ 60 millions d'années, pour en durer donc huit au total.

Cette activité intense semble avoir elle aussi pas mal contribué à l'extinction de masse de la fin du Mésozoïque par laquelle nous avons conclu le thread de la semaine dernière : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B33Id3NJF8nqJMBHAe

5/16 Le cas de l'Islande est assez particulier : l'île est située à la fois aux limites de deux plaques, dans le prolongement de la dorsale océanique qui court au milieu de l'océan Atlantique, et au dessus d'un point chaud. C'est la combinaison de ces deux facteurs qui cause l'importante activité volcanique locale, dont les conséquences se font parfois sentir un peu plus loin.

Mais parfois, les points chauds seuls suffisent à causer des activités volcaniques assez intenses. On peut ainsi mentionner le cas de l'île de la Réunion, beaucoup plus petite, mais déjà assez grande pour que le volcan à l'origine de la formation de l'île, le Piton des Neiges, ait laissé la place au volcan actuellement actif au dessus du point chaud, le Piton de la Fournaise.
Photo (disponible notamment sur Wikimédia Commons) montrant l'éruption de 2010 du volcan islandais Eyjafjöll (le nom que vous avez peut-être croisé à l'époque, « Eyjafjallajökull », désigne en fait le glacier situé sur ce volcan), qui avait à l'époque interrompu le trafic aérien sur une bonne partie de l'Europe, ce dont on ne va pas se plaindre. On voit une chaîne de montagnes principalement recouvertes de neige et de glace, mais sur celle du centre, plus sombre, on voit nettement des jets de lave, et quelques lueurs indiquent le déplacement de la coulée.

4/16 En effet, si ces points chauds sont fixes par rapport aux couches inférieures de notre planète, ils sont situés plus en profondeur que les plaques (tout en restant dans le manteau, donc plutôt la partie externe), ce qui fait que lorsque les plaques se déplacent au dessus d'eux, de notre point de vue en surface, plusieurs volcans semblent se former l'un après l'autre.

C'est ce type de configuration qui est à l'origine des archipels volcaniques comme celui des îles Hawaï ou des îles Canaries. Bien sûr, il faut ici se rappeler que le déplacement des plaques se fait très lentement à notre échelle, cela prend des durées de temps géologiques comme celles que l'on aborde dans les autres threads de la série.
Carte des îles Hawaï, trouvée sur la page Wikipédia qui leur est dédiée. On voit en bas à droite les « îles au vent », principales îles de l'archipel, puis toutes les îles plus petites qui s'étalent vers le nord-ouest. L'ensemble, constitué à partir du même point chaud qui aliment aujourd'hui les volcans de l'île principale, montre clairement le déplacement de la plaque au fil du temps.

3/16 Nous avons vu dans un thread récent⁽*⁾ que la mise en place de la tectonique des plaques a marqué le début de l'Archéen, le second éon de notre planète, qui s'achèvera quand ce mécanisme sera devenu dominant dans la formation de la croûte terrestre. Mais dominant ne veut pas dire unique, et, en l'occurrence, les volcans peuvent avoir une autre cause.

Il existe en effet des zones appelées « point chaud » où, pour une raison pas toujours forcément bien déterminée, la chaleur interne de notre planète est plus élevée qu'ailleurs, ce qui peut aussi engendrer un volcan. Ou plutôt plusieurs volcans successifs, s'enchaînant au fil du temps.

(∗) Celui-ci, si jamais vous l'aviez manqué : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B2LuuVzTLtGtHpY252

2/16 La principale de ces causes, à l'origine de la plupart des volcans de notre planète, c'est la tectonique des plaques. On parlera vraisemblablement plus en détails de ce que c'est au juste et de comment on l'a découverte dans un autre thread, mais l'idée générale est que la surface de notre planète est un gros puzzle en constante évolution.

La croûte terrestre et une partie du manteau, les deux couches les plus externes de notre planète, sont découpées en plaques qui glissent l'une contre l'autre, ou parfois l'une sous l'autre. Ces frottements génèrent des séismes, mais également un échauffement qui fera pousser un certain nombre de volcans aux limites de ces plaques. [Édit : j'ai un poil trop simplifié ici, lisez la précision de @kipuka en réponse à ce thread !]
Planisphère (trouvé sur la page Wikipédia dédiée aux volcans) montrant les positions des volcans aux limites des principales plaques. La plupart sont des dorsales océaniques, des chaînes de volcans sous-marines, mais on voit aussi des chaînes volcaniques situées à l'air libre au niveau du Rift africain, de les îles au sud est de l'Asie (dont le Japon) et de la cordillère des Andes.

Nouveau #Vulgadredi, nouvelle petite pause dans notre exploration du passé de la Terre pour parler un peu plus en détail d'un phénomène qu'on a déjà croisé plusieurs fois sur notre route : le volcanisme. On va donc consacrer les seize pouets de ce nouveau #VendrediVulga à détailler un peu ce que c'est au juste qu'un volcan, et comment ça marche.

Évidemment, tout le monde ici a l'idée de base en tête : une grosse montagne, avec de la lave qui en coule. La première question à se poser est donc probablement : d'où vient cette lave, au juste ? Et ça tombe bien, parce que nous avons croisés plusieurs des causes dans nos threads récents.
Photo, trouvée sur Wikipédia, d'une éruption volcanique à Fagradalsfjall en Islande, en 2023. L'image a été prise par un drone, permettant de s'approcher davantage du cratère que ce qui serait raisonnable pour des êtres humains. On voit une montagne à l'arrière-plan, et au premier, le sommet du cratère avec une étendue bouillonnante de lave rouge, dont s'échappe aussi pas mal de fumée.

Bon, allez, il me reste une heure avant la prochaine séance, j'ai bien le temps de trouver quelques chouettes images de volcans pour le #vulgadredi de ce soir.

@hist_myth @paul_denton En tout cas, le jour où Disney décide de faire un remake en prise de vue réelle du Bossu de Notre-Dame, on saura qui proposer pour le rôle de Frollo.

Je suis super content de mon !
J'ai demandé à mon libraire indé préféré de commander la BD Annyo de @miko, parce que j'aime bien ce qu'il fait. 😉
Sauf qu'au lieu d'aller récupérer ma BD qui est arrivée juste hier, j'ai proposé à mon libraire de le garder en stock et de l''exposer. Le deal c'est que s'il se vend ils en commandent un autre, et s'il ne se vend pas j'achèterai l’exemplaire qu'ils ont en stock.
But, why ?? Me direz-vous.
Simplement parce que souvent les petits éditeurs ne reprennent pas les invendus, donc les libraires sont parfois frileux à mettre en stock. Là aucun souci pour le libraire, il ne prend aucun risque.

@gee Beh j'ai rattrapé, du coup, donc ça va :-þ

Par contre je crois que tu as complètement zappé la lettre d'elle que tu avais ouvert au début du stream, non ?

@gee Bon, je viens enfin d'avoir le temps de jeter un œil au replay, si j'avais été là, j'aurais suggéré la Turquie beaucoup plus tôt vu le thème (j'avais à peu près le contexte de l'Empire ottoman qui a pris cher pendant la première guerre mondiale, donc avec ce que t'as trouvé relativement vite ça allait), par contre le premier mot, je ne l'avais juste pas non plus jusqu'au bout.

« Que dites-vous ?… C'est inutile ?… Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !
Non ! non ! c'est bien plus beau lorsque c'est inutile ! »

– Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, Acte Ⅴ, scène Ⅵ.

Je crois que c'est @PrincessConnasse qui avait ici commencé à dire « Pétain » en lieu et place de « putain » parce que, contrairement à l'autre, là, les travailleuses du sexe ne méritent pas ça.

Beh si vous vous retrouvez à un moment en situation de devoir dire quelque chose qui ressemble à « putain de merde », il s'avère que « Pétain de Musk » fait remarquablement bien le taff.

@Looping Puis quand bien même il le ferait vraiment (ce qui n'est pas le cas, mais bon, tout le monde ici a lu @jor en parler, non ?), ça resterait du nivellement par le bas. Curieux que personne n'ait encore parlé de remonter le SMIC jusqu'au niveau de rémunération de la présidence.

@Enthalpiste @Sobex Je me doute que ce n'est pas le but, mais vu de loin comme ça sans le reste du texte, ça ressemble à une façon de l'interdire purement et simplement mais sans le dire franchement :-°

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