Le Livre d'Argent

#Vulgadredi dernier, nous avions donc présenté l'un des plus terribles ennemis que l'humanité ait connu, la variole, et montré comment nous avons fini par trouver un moyen efficace de nous en protéger, avant de nous en débarrasser complètement.

Puisque nous sommes de nouveau #VendrediVulga, il est donc maintenant temps de reprendre là où nous l'avions laissé le script de cette vidéo que je n'avais jamais tourné pour voir comment cette histoire a pu inspirer quelques progrès significatifs en médecine, ce qui de nouveau nous prendra bien seize pouets.
Photo, trouvée sur Wikimédia Commons, de la mâchoire d'une chauvesouris sud-américaine. On va en effet notamment parler dans ce thread de la rage, une maladie transmissible par morsure chez les mammifères, dont par exemple celui-ci (même s'il faut noter que la rage des chiroptères et la rage des animaux terrestres comme les chiens ou les loups sont présentement deux souches différentes présentant des risques différents). On voit ici juste les dents de l'animal en gros plan. Notons aussi que toutes les chauvesouris ne mordent pas, enragées ou non.

2/16 Avant de commencer, on va devoir récapituler aussi un autre thread, un peu plus ancien, où je vous avais parlé d'un autre instrument optique : si j'ai pas mal parlé de ce qu'on voit au télescope quand je vous parlais d'astronomie, ce dont nous parlons ici relève plutôt du microscope.

Il y a quelques points communs entre les deux, évidemment, mais l'objectif visé est assez inverse. Et si les deux instruments ont été inventés vers la même époque, le microscope mettra beaucoup plus de temps avant de connaître son heure de gloire.

Mais ça, donc, on en a déjà parlé ici : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B0TuiSURCfVA9ialuq

3/16 Ce n'est en effet qu'en 1687 que furent observés pour la première fois des « microbes », en l'occurrence des acariens responsables d'une autre maladie assez peu sympathique, la gale. Ces parasites étaient jusque là trop petits pour être vus à l'œil nu, mais on commençait déjà à se douter de leur existence.

En fait, l'hypothèse que les maladies pouvaient être dues à de tels microbes avait été formulée un siècle plus tôt ; mais ils sont si petits qu'il n'était pas évident de le prouver. Et il faudra encore un certain temps pour réussir à mettre en évidence d'autres exemples.

Ce n'est pas le seul cas où il faudra longtemps entre une hypothèse et la possibilité technique de la vérifier, mais vous le saviez déjà : https://fadrienn.irlnc.org/notice/Ay8UtAQpuelCbeADui

4/16 Notons d'ailleurs que la variole dont on a parlé la semaine dernière est due à un virus, et non pas à une bactérie, un champignon ou un acarien comme d'autres. Or, les virus, beaucoup plus petits, ne sont pas visibles au microscope optique. Comme on l'avait vu dans l'autre thread, il faudra attendre l'avènement des microscopes électroniques dans les années 1930 pour arriver à en observer !

On trouvera cependant d'autres moyens de mettre en évidence leur existence avant ça, mais seulement à la toute fin du ⅩⅨème siècle, soit plus tard que ce dont nous allons parler aujourd'hui, il s'agissait donc encore de luter contre un ennemi globalement invisible.

Je ne détaillerai pas sur ce sujet, mais vous pouvez lire ça par exemple : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_microbienne

5/16 Notre histoire du jour va donc surtout faire intervenir quelqu'un dont vous avez probablement déjà entendu parler, un scientifique français du nom de Louis Pasteur, né en 1822 et mort en 1895, et qui a d'abord été physicien et chimiste.

Et c'est quand il approchait de ses quarante ans, donc au début des années 1860, que Pasteur a réalisé certains des travaux qui lui valurent de passer à la postérité : montrer définitivement que la génération spontanée n'existe pas. Ce qui n'était déjà pas complètement une surprise, d'ailleurs.
Schéma, trouvé sur la page Wikipédia francophone dédiée à la génération spontanée, du type d'ustensiles utilisés par Pasteur pour ses expériences à ce niveau. On voit une sorte de récipient en verre d'où partent deux tubes, dont l'un est courbé plusieurs fois pour que son ouverture soit pas mal décalée (ce qui me fait un peu penser à la fable du renard et de la cigogne). Wikipédia appelle visiblement ce type de récipients « ballon à col sinueux » ou « bouteille à col de cygne ».

6/16 On a longtemps cru que des formes de vies « simples » pouvaient émerger spontanément, par exemple (TW dégueu) que des asticots naissaient de la viande en décomposition. Un siècle et demi plus tôt, Francesco Redi avait déjà montré en laissant pourrir de la viande en milieu hermétique que les mouches étaient responsables. Pasteur a repris ces travaux en généralisant aux micro-organismes.

En réalité, on en a parlé il y a deux semaines, l'apparition de la vie est quelque chose de beaucoup plus compliqué que ça. Mais cela confirmera donc aussi que ce ne sont pas nos cellules qui génèrent les microbes comme on le croyait fut un temps… et tant qu'à faire, ça donnera naissance à un procédé de conservation des aliments nommé d'après son inventeur : la pasteurisation.

Oh, si vous avez manqué le thread d'il y a deux semaines, c'est là : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B9bZsHCanPxBfevO3E
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7/16 Mais donc, la variole ayant été loin d'être la seule maladie nous pourrissant la vie, Pasteur décida, comme pas mal d'autres scientifiques à son époque, de tenter d'obtenir des résultats aussi intéressants que ceux de Jenner avec sa vaccination.

Hélas, le cas que nous avons rencontré la semaine dernière, de deux maladies différentes mais dont l'une peut nous immuniser contre l'autre, était particulièrement rare, si pas complètement unique (perso je ne connais pas d'autre exemple !). Il va donc falloir ici procéder autrement.

Et donc le thread de la semaine dernière, au cas où, est là : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B9q0izP590BAmrj0wC

8/16 Pasteur et ses collègues tentent donc une autre méthode : ils essayent de partir d'une maladie virale et d'affaiblir les microbes qui en sont responsables pour que nos corps puissent apprendre à s'en défendre sans risquer la mort. Même si on a retenu le mot « vaccination », on pourrait donc dire qu'ils cherchent plutôt une « variolisation améliorée ».

Évidemment, ça reste tout sauf évident à l'époque, les moyens techniques étant beaucoup plus limités qu'actuellement. C'est à peine si on commençait à pouvoir voir les bactéries, on était encore loin de pouvoir agir dessus. Mais comme on manquait également encore de moyens pour lutter contre les maladies une fois déclarées…
Comprimés d'antibiotiques (globalement six capsules jaune et rouge sur fond noir), photo trouvée sur la page Wikipédia dédiée à ces substances bien utiles pour lutter contre certaines maladies, quoique leur efficacité diminue en ce moment car on les utilise trop, mais on parlera probablement de ça dans un autre thread, après celui de la semaine prochaine. Toujours est-il que le premier antibiotique, la pénicilline, n'a été identifié par Alexander Fleming qu'en 1928, donc une bonne trentaine d'années après la mort de Pasteur.

9/16 Et Pasteur parviendra en effet à un premier succès, mais sur une maladie qui ne concerne pas l'être humain, qu'on appelle le « choléra des poules ». Nos animaux d'élevage, après tout, sont eux aussi sensibles aux maladies, et savoir comment les soigner ou les en protéger est également assez important.

La légende raconte qu'il est parvenu à ce succès en reprenant de vieilles souches bactériennes qu'il avait oubliées à l'air libre : tentant de les inoculer à des poules, il se rendit compte qu'elles étaient devenues beaucoup moins virulentes et que les animaux parvenaient non seulement à survivre, mais à développer une immunité.
Je vous ai mis une vache et son petit quand on parlait de la vaccine la semaine dernière, alors voici la photo d'un coq et d'une poule, trouvée sur la page Wikipédia anglophone dédiée à cette espèce. On voit nos deux oiseaux posés sur ce qui semble être une branche, avec leur plumage brun, leur crête rouge… et des pattes écailleuses et pointues rappelant quand on y regarde de près que tous les oiseaux modernes sont de proches cousins des raptors.

10/16 Pasteur lui-même aura quelques difficultés à comprendre le procédé avec les moyens de son époque. Il tentera bien sûr d'avancer quelques explications, mais, vous commencez sûrement à avoir l'habitude dans mes threads, celles-ci se révèleront par la suite fausses ou incomplètes avec les progrès de nos connaissances.

Inutile, donc, de trop s'y attarder. Néanmoins, en s'inspirant de ces résultats, Pasteur parviendra à mettre au point une méthode d'atténuation qui fonctionnera pour quelques autres maladies affectant d'autres animaux, permettant donc de diversifier le nombre de vaccins à notre disposition.

Ceci dit, si vous voulez creuser les erreurs de Pasteur, Wikipédia en parle un peu là : https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Pasteur#Irr%C3%A9gularit%C3%A9_du_vaccin_contre_le_chol%C3%A9ra_des_poules

11/16 Suite à ces résultats prometteurs, après avoir vacciné contre diverses maladies des poules, des moutons et des porcs, Pasteur s'est alors tourné vers une autre maladie grave, une maladie qui, cette fois, peut également affecter l'être humain : la rage.

Cette maladie, qui se transmet par la morsure, présente un cycle de vie particulier : après l'infection se déroule une période d'incubation plus ou moins longue (quelques jours) au cours de laquelle l'animal infecté ne présente aucun symptôme, puis, dès que ceux-ci apparaissent, la mort survient de manière assez rapide.
Image prise au microscope électronique puis colorisée, et trouvée sur Wikimédia Commons, de virus de la rage en train d'infecter une cellule. Le cytoplasme de la cellule en question occupe la plus grande partie de l'image, et les trucs bleus qui semblent s'accumuler à l'intérieur sont les virus, qui sont donc beaucoup trop petits pour que les instruments disponibles à l'époque de Pasteur nous permettent de les visualiser ainsi.

12/16 Hélas, les premiers essais, chez d'autres animaux d'abord, puis chez l'être humain, donnent de mauvais résultats. Pasteur parvient à mettre au point une méthode d'atténuation qui rend la maladie inoffensive, mais ça ne suffit cette fois pas à développer une immunité : lors d'une contamination ultérieure par le virus non atténué, la mort survient dès les premier symptômes comme d'habitude.

Pasteur a alors l'idée de mettre a profit le temps d'incubation de la maladie : il commence par inoculer à ses patients la forme la plus atténuée, puis, les jours suivants, des formes de plus en plus virulentes. Cette technique semble mieux fonctionner, et les patients finissent enfin par survivre.
Portrait de Louis Pasteur par Albert Edelfelt, huile sur toile actuellement exposée au musée d'Orsay, et dont cette version numérique se trouve actuellement sur la page Wikipédia dédiée au vaccin antirabique. Sur cette image, qui est la plus célèbre représentation du scientifique, on le voit manipuler un flacon de verre contenant quelque chose de pas forcément bien identifiable : il est en fait censé s'agit de moelle épinière de lapin enragé, Pasteur étant représenté ici en train de mettre au point la fameuse méthode d'atténuation dont il est question dans ce pouet.

13/16 Il parviendra à ce succès en 1885, et ce sera le triomphe de sa carrière. C'est d'ailleurs encore aujourd'hui ce pourquoi il est le plus connu. Pour continuer d'étudier cette maladie dont on ne pouvait pas encore observer la cause, il a fondé ce que l'on appelle aujourd'hui « l'institut Pasteur ».

Pour autant, un autre vaccin contre la rage sera développé dès 1908, qui conduira assez rapidement à totalement abandonner celui de Pasteur, le nouveau étant beaucoup plus efficace et beaucoup plus sûr. Comme souvent, la science ne s'arrête pas au nom le plus célèbre et on continue les progrès ensuite.
Photo, prise en 1900 et trouvée sur la page Wikipédia dédiée, de l'Institut Pasteur… non pas à Paris, mais à Tunis. Dès le départ, cet établissement était en effet international, avec des bâtiments dans plusieurs villes de France (Lille en particulier) et dans plusieurs pays du monde (en Afrique et en Asie du sud-est notamment). On voit globalement sur l'image, qui est en noir et blanc vu l'époque, un grand bâtiment avec une personne qui l'observe depuis la rue.

14/16 À la fin du ⅩⅨème siècle, on sait donc que les maladies infectieuses sont dues à des agents pathogènes, et l'on commence à mettre au point des méthodes pour les rendre moins efficaces, ce qui permet d'apprendre à nos corps comment se défendre contre elles.

Selon la façon dont se transmet et évolue la maladie, on peut alors se mettre à utiliser systématiquement ces méthodes sans attendre une éventuelle contamination, comme c'est le cas pour la vaccine, ou bien ne s'en servir qu'après une exposition au pathogène : dans le cas de la rage, il n'est utile de vacciner les gens que s'ils se font mordre.
Photo d'un kit de vaccination contre la variole, qui apparaît actuellement deux fois sur la page Wikipédia dédiée aux vaccins ! On voit un petit flacon portant une étiquette sur laquelle on peut notamment lire « smallpox vaccine », ainsi qu'une seringue démontée (l'aiguille est posée à part). Évidemment, la variole était à son époque dangereuse immédiatement et facile à attraper, il valait donc mieux se vacciner préventivement au cas où ; pour la rage, la contagion étant beaucoup plus rare et plus facile à repérer, et le temps d'incubation nous laissant la possibilité de réagir, une campagne de vaccination préventive serait d'un intérêt bien plus limité, inutile de prendre la peine de vacciner des tonnes de gens qui ne seront jamais confrontés à la maladie.

15/16 Mais ce ne sera qu'au cours du siècle suivant que l'on va progressivement réussir à comprendre ce qui se passe réellement dans notre organisme. On commencera alors à développer des méthodes d'autant plus efficaces pour entraîner notre immunité.

Et, vous l'aurez compris… ce sera l'objet du prochain thread, qui reprendra la troisième et dernière partie de mon vieux script, où on expliquera donc enfin comment ces vaccins marchent exactement (spoiler, tous ne marchent pas exactement pareil).
Capture d'écran du dessin animé « Il était une fois la vie », ça manquait, où l'on voit des globules blancs affronter des microbes (en l'occurrence, des virus), puisque c'est de toute façon le genre de scène qui se reproduit dans quasiment tous les épisodes de la série.

16/16 D'ici-là, bien sûr, je compte sur vos retours et vos partages, comme d'habitude. Et puis, vu que nous sommes maintenant en septembre et que c'était la semaine de la rentrée scolaire, j'espère que la reprise s'est bien passée pour les gens qui reprenaient.

De mon côté, après un été loin d'être de tout repos, je vais enfin pouvoir prendre une petite semaine de vacances… mais ça ne m'empêchera pas de vous retrouver vendredi prochain pour la suite, après tout elle est déjà à moitié rédigée !
Photo, trouvée sur la Wikipédia dédiée, du bâtiment de l'Institut Pasteur en Uruguay, sur le continent sud-américain. On voit une pelouse, quelques arbres, et surtout le bâtiment lui-même, devant lequel se trouve un panneau avec le logo de l'institut et la mention « Institut Pasteur de Montevideo », inscription qui est également lisible sur un mur du bâtiment lui-même.