Sauf que l'histoire de la vie sur Terre étant évidemment pas mal touffue, et c'est pour ça que c'est cool, on ne va pas pas rentrer à fond dans le détail, mais plutôt consacrer les seize pouets du jour à poser quelques points de repères plus ou moins utiles, à partir desquels on pourra éventuellement creuser ensuite.
Ça ne veut pas dire que ce n'était rien pour autant : on a déjà mentionné que ces formes de vies ont, dès l'Archéen, eu suffisamment d'influence sur leur environnement pour modifier lentement, mais sûrement, la composition de l'atmosphère de notre planète, avec de grandes conséquences au niveau climatique.
Mais tout ça, donc, c'était dans le dernier thread de cette série, il y a deux semaines : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B2LuuVzTLtGtHpY252
Nous voici donc au Cambrien, période géologique où l'on commence à retrouver beaucoup plus de variété dans les fossiles que dans les couches précédentes. Une diversité d'ailleurs assez surprenante par rapport à nos habitudes actuelles, car les animaux les plus gros de l'époque sont des arthropodes (la branche des insectes et des araignées) ou des cousins très proches d'eux.
L'évolution, vous le savez, se fait par l'apparition ou la transformation de caractères. Et parfois, un même caractère apparaît, de façon indépendante, à plusieurs endroits dans l'arbre du vivant. C'est vraisemblablement le cas pour un organe assez utile apparu précisément au cours du Cambrien : l'œil, celui des arthropodes et le nôtre ayant une structure différente, mais les deux datant semble-t-il de la même période.
Évidemment, c'est utile pour admirer des spectacles comme celui de la semaine dernière : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B2aHexHt733eTL9N32
En effet, pendant tout le Cambrien, puis pendant la période suivante, l'Ordovicien (la transition entre les deux se fait il y a environ cinq cent millions d'années), la vie animale va rester exclusivement aquatique, et globalement beaucoup se diversifier. Mais la fin de l'Ordovicien, il y a ≃445 millions d'années marque la dernière apparition d'un certain nombre de formes fossiles : on estime qu'environ 85% des espèces qui vivaient alors disparaissent lors de la transition vers la période suivante, le Silurien.
Mais la vie, elle, continue, et c'est donc au cours Silurien que des pattes ont pour la première fois marché hors de l'eau. Il s'agissait encore d'un arthropode, le brontoscorpio, une sorte de scorpion mesurant environ un mètre et qui a été l'une des premières formes de vies dotées de poumons.
On appelle « gnathostomes » les vertébrés dotés d'un tel organe permettant de croquer ou de mâcher, et si le fait de parler de mâchoire et de vie aquatique vous évoque un film, dites-vous que c'est aussi à la fin du Silurien que la lignée des gnathostomes va se séparer en deux : d'un côté ceux qui vont développer un véritable squelette en os, dont nous ferons partie, et de l'autre ceux qui ne garderont que du cartilage, comme les requins.
Plus loin de nous dans l'arbre du vivant, c'est aussi au Dévonien qu'apparaissent les premières grandes lignées de plantes terrestres, et que donc la vie multicellulaire s'installe durablement hors de l'eau (les brontoscorpio du Silurien ne faisaient que passer d'un milieu à l'autre). Les lichens, qui sont des symbioses plante/champignon, étaient sans doute là depuis un moment, mais ils se fossilisent très mal.
En revanche, le taux d'oxygène dans l'air augmentera fortement à la période suivante, le Carbonifère, jusqu'à atteindre près de 30% de la composition de l'atmosphère à certains moments (contre ≃21% aujourd'hui, même si les taux au cours du Carbonifère ont en fait été pas mal plus variables qu'on ne l'a cru pendant un certain temps). Le taux de CO₂, également, était beaucoup plus élevé qu'aujourd'hui.
Mais le nom de « Carbonifère » nous parle, étymologiquement parlant, de fabrication du charbon. En effet, une très grande partie des gisements de houille que nous devrions arrêter d'exploiter proviennent de la lente décomposition des forêts de cette période. Au cours des périodes suivantes, des champignons acquièrent la capacité de se nourrir de ce bois mort, rendant ce phénomène beaucoup plus rare (et diminuant le taux de feux de forêts, jusque là facilités aussi par l'oxygène plus abondant).
En effet, « la » sortie des eaux, unique et définitive, est globalement un mythe. Même si l'on ne regarde que les tétrapodes, pas mal de formes de vies vont rester assez longtemps amphibies, passant une partie de leur vie de chaque côté, et plusieurs lignées terrestres retourneront vivre dans l'eau au fil du temps. Puisqu'on est aussi #VendrediLecture, (Jean-)Sébastien Steyer parle très bien de ça dans le très chouette « La Terre avant les dinosaures », fort joliment illustré par Alain Bénéteau.
Les premiers resteront d'abord de taille modeste, pendant que les seconds commenceront, au cours de la période suivante, le Permien, à compter des espèces d'assez grande taille : trois à cinq mètres, ce que la Terre ferme n'avait encore jamais connu (l'océan comptait pour sa part déjà des animaux bien plus grands). Parmi eux, le Dimétrodon est probablement un des plus connus.
Une nouvelle ère commence alors, l'ère Mésozoïque, dont la première période s'appelle le Trias, au cours duquel la Pangée commencera à se disloquer. Les gros synapsides du Permien ont maintenant tous disparus, mais il reste quelques espèces de plus petite taille qui vont continuer d'évoluer et se doter de quelques caractéristiques intéressantes : des poils permettant de réguler leur température et des mamelles pour allaiter leurs petits, petits que la plupart d'entre eux se mettront à mettre au monde directement, sans pondre d'œufs.
Pas tous, hein, il reste les monotrèmes, mais ça, on en a déjà parlé : https://fadrienn.irlnc.org/notice/Ayq6HnZA7DBl1vwY2S
Les choses se sont donc inversées par rapport à avant la crise, puisque les mammifères vont longtemps rester de petite taille, pendant que certains crocodiles et dinosaures (pas tous, il y aura aussi pas mal d'espèces de petite taille) vont atteindre à leur tour des tailles gigantesques. Même s'il faudra pour ces derniers surtout attendre les deux périodes suivantes, le Jurassique et le Crétacée.
Suivra, vous le savez déjà, le règne des dinosaures, au cours duquel pas mal d'espèces impressionnantes vont se succéder. En particulier les oiseaux, une lignée de dinosaures à plumes qui apparaît au cours du Jurassique et qui sera la seule à survivre à la fin du Mésozoïque. Mais on peut aussi noter que d'autres trucs chouettes apparaissent sous ce règne. Ainsi, les premières plantes à fleur montrent leurs couleurs au début du Crétacée.
Et comme en dire davantage demandera évidemment pas mal de détails, j'ajoute un dix-septième pouet avec un sondage pour savoir de quel côté on part creuser la semaine prochaine (sachant, encore une fois, que tout sera probablement abordé tôt ou tard de toute façon). En attendant, j'espère que tout ça vous plaît toujours ; comme d'hab, n'hésitez pas à réagir !
On pourrait aussi rester un peu plus au Mésozoïque pour parler plus en détail de ces fameux dinos et de quelques uns de leurs cousins, il y a plein de trucs sympas à en dire. Ou bien on peut aussi reprendre notre petite échelle du temps et donner un peu plus de détails sur certaines bêtes de telle ou telle époque, par exemple en cherchant les plus gros animaux.
Ou si tout ça vous saoule, on peut aussi juste changer de sujet. Par exemple, si les aurores de la semaine dernière vous ont plu, on doit pouvoir parler un peu plus en détails de ces histoire de couleurs, notamment du ciel. Ou bien, ça fait plusieurs fois que je parle de volcan, et il y a aussi des choses sympa à détailler par là. À vous de voir !
Donc, le délai étant écoulé, on est à 30% de votes pour rester au Mésozoïque et causer un peu plus de dinosaures et compagnie, 26% pour embrayer sur les volcans, et 22% ex-æquo pour continuer sur le Cénozoïque ou rebalayer l'échelle des temps en parlant un peu de gigantisme.
Beh vu que la fin du Crétacée est marquée, outre l'impact météoritique, par d'importantes éruptions volcaniques, on dirait que vous m'avez sorti quelque chose qui marche plutôt pas mal chronologiquement parlant !
Euh chuis pas sûr que faire coucou (comme le gars sur l'image) à ton brontoscorpio soit la réaction la plus intelligente qui soit...
Je savais qu'il y avait eu convergence évolutive pour les yeux des vertébrés et invertébrés, mais pas qu'ils étaient apparus quasi-simultanément.
On sait pourquoi ?
Si les lichens étaient là si longtemps avant (ce que j'ignorais), comment se fait-il que personne ne se soit adapté à aller les brouter ?
Plus globalement, on a une idée de la durée moyenne entre l'apparition d'une ressource nutritive et l'apparition de ceux qui vont la boulotter ?
Euh, comment les plantes (photosynthétiques j'imagine) peuvent avoir contribué à la diminution du taux d'oxygène ?
Et en l'occurrence, le point n'est même pas que les plantes étaient abondantes *autour*. Pour que des animaux jusque là marins se mettent à aller manger des plantes terrestres, ça demande aussi tout un tas d'adaptation juste pour pouvoir aller jusque là.
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De ce que j'avais retenu comme notion de physique à ce sujet, la quantité d'un gaz dissous dans un solvant est proportionnelle à la quantité de ce gaz dans l'atmosphère ambiant, donc j'ai quand même du mal à voir les boucles de rétroaction qui auraient généré l'inverse (et suis très curieux de comprendre le mécanisme exact, si c'est bien ça qui s'est passé).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Extinction_du_D%C3%A9vonien
OK, apparemment anoxie par eutrophisation due à l'apport massif de nutriments par l'érosion générée par la pédogenèse accélérée due aux nouvelles plantes vasculaires, ce à très grande échelle.
Relativement logique en effet (quoiqu'il faudrait faire les calculs pour vérifier, la végétation ayant quand même plus tendance à stabiliser les sols qu'à les dégrader - mais oui elle dégrade la roche).
Merci !
Faut dire aussi que je ne me représentais pas l'échelle absolument massive de cette conquête des terres par la végétation, avec la constitution (de ce que je comprends) en relativement peu de temps de véritables forêts sur la quasi-totalité des continents (ce qui est logique vues les lois de la nature et l'unité de temps qui est ici le million d'années au minimum - mais ça reste des échelles inimaginables en vrai)...
Et d'ailleurs le wikipédia anglais parle surtout de la libération du fer par les racines des plantes, qui a permis la croissance importante des algues sur les côtes recevant les apports du ruissellement.
Ça, que le cycle du fer (dont on connaît en effet l'importance pour le développement du phytoplancton) soit fortement modifié par les plantes vasculaires, ça me paraît assez cohérent.