Le Livre d'Argent

Elzen | @elzen@fadrienn.irlnc.org

12/16 Il n'empêche que c'est au cours du Carbonifère que les hasards de l'évolution ont doté nos lointains ancêtres d'un sac amniotique, une poche remplie de liquide permettant aux œufs de se développer hors de l'eau, et facilitant donc le fait d'aller s'installer sur la Terre ferme. Assez vite, le groupe des amniotes, la branche disposant de cette caractéristique, se divisera en deux : les sauropsides et les synapsides.

Les premiers resteront d'abord de taille modeste, pendant que les seconds commenceront, au cours de la période suivante, le Permien, à compter des espèces d'assez grande taille : trois à cinq mètres, ce que la Terre ferme n'avait encore jamais connu (l'océan comptait pour sa part déjà des animaux bien plus grands). Parmi eux, le Dimétrodon est probablement un des plus connus.
Reconstitution d'un dimétrodon, un animal quadrupède avec une queue, une grande bouche à dents pointues (qui font deux tailles différentes, d'où son nom) et une sorte de voile sur le dos. Cet animal est souvent rangé à tort parmi les dinosaures, alors qu'il est beaucoup plus ancien qu'eux, et qu'il est phylogénétiquement plus proche de nous que d'eux.

11/16 Le Carbonifère est aussi la période où les animaux vertébrés, ou du moins l'une de leurs branches que l'on appellera les tétrapodes, commenceront à rejoindre les plantes et les arthropodes en venant coloniser la terre ferme. Tout en ayant toujours besoin de retourner dans l'eau au moins pour se reproduire.

En effet, « la » sortie des eaux, unique et définitive, est globalement un mythe. Même si l'on ne regarde que les tétrapodes, pas mal de formes de vies vont rester assez longtemps amphibies, passant une partie de leur vie de chaque côté, et plusieurs lignées terrestres retourneront vivre dans l'eau au fil du temps. Puisqu'on est aussi #VendrediLecture, (Jean-)Sébastien Steyer parle très bien de ça dans le très chouette « La Terre avant les dinosaures », fort joliment illustré par Alain Bénéteau.
Couverture du livre « La Terre avant les dinosaures », édité chez Belin. On peut y admirer une des magnifiques illustrations d'Alain Bénéteau, montrant un lézard doté d'excroissances ressemblant à des ailes au niveau des côtes (je vous laisse aller lire dans le livre pour avoir des détails) qui plane dans une forêt, passant au dessus de deux quadrupèdes trapus, carapacés et cornus.

10/16 Les changements de composition de l'atmosphère sont dus à plusieurs phénomènes. Le monde vivant y contribue bien sûr pas mal, mais les volcans, entre autres, jouent également. Et le Carbonifère est une période d'intense activité volcanique : les deux supercontinents de l'époque, le Gondwana et la Laurussia, commencent à se réunir pour former la Pangée, ce qui entraîne pas mal d'activité de ce côté.

Mais le nom de « Carbonifère » nous parle, étymologiquement parlant, de fabrication du charbon. En effet, une très grande partie des gisements de houille que nous devrions arrêter d'exploiter proviennent de la lente décomposition des forêts de cette période. Au cours des périodes suivantes, des champignons acquièrent la capacité de se nourrir de ce bois mort, rendant ce phénomène beaucoup plus rare (et diminuant le taux de feux de forêts, jusque là facilités aussi par l'oxygène plus abondant).
Vue d'artiste de la Terre (à l'air libre, pas mal de choses continuent de se passer dans l'eau) au Carbonifère. Comme pour l'image du Dévonien, on voit surtout beaucoup de plantes, mais quelques formes de vies animales ont aussi fait leur apparition, notamment des sortes de libellules géantes dont on reparlera probablement si on aborde les records de taille du monde animal.

9/16 Hélas, la fin du Dévonien viendra avec une seconde grande extinction, où cette fois-ci environ 75% des espèces vont disparaître. La cause n'en est pas encore précisément connue, mais il est possible que ce développement des plantes terrestres ait participé, aux côtés de facteurs climatiques, contribuant à une diminution du taux d'oxygène dissout dans l'eau gênant fortement la vie marine.

En revanche, le taux d'oxygène dans l'air augmentera fortement à la période suivante, le Carbonifère, jusqu'à atteindre près de 30% de la composition de l'atmosphère à certains moments (contre ≃21% aujourd'hui, même si les taux au cours du Carbonifère ont en fait été pas mal plus variables qu'on ne l'a cru pendant un certain temps). Le taux de CO₂, également, était beaucoup plus élevé qu'aujourd'hui.
Fossile de sol du Carbonifère, trouvé sur Wikipédia. On voit une roche sombre posée sur un fond clair, et sur laquelle on trouve les empreintes, plutôt claires, de pas mal de feuilles aux formes assez proches de celles des fougères actuelles (certaines des fougères du Carbonifère étaient assez impressionnantes).

8/16 …requins dont la lignée apparaîtra au cours de la période géologique suivante, le Dévonien, mais avec qui nos plus récents ancêtres communs sont donc ceux qui ont commencé à mordre. On peut d'ailleurs noter que ces ancêtres nous ont légué un autre caractère commun : les molécules permettant de transporter l'oxygène qui donnent une couleur rouge à notre sang. Comme quoi certains films sont une affaire de famille.

Plus loin de nous dans l'arbre du vivant, c'est aussi au Dévonien qu'apparaissent les premières grandes lignées de plantes terrestres, et que donc la vie multicellulaire s'installe durablement hors de l'eau (les brontoscorpio du Silurien ne faisaient que passer d'un milieu à l'autre). Les lichens, qui sont des symbioses plante/champignon, étaient sans doute là depuis un moment, mais ils se fossilisent très mal.
Paysage de la Terre au Dévonien, trouvé sur Wikipédia. On voit un plan d'eau entouré de terre émergée qui est déjà totalement envahie de plantes, dont certaines ressemblent à des arbres actuels… du moins, à des conifères à épines, car les arbres feuillus n'apparaîtront que bien plus tard. On remarque aussi la présence de fougères, dont on avait vu un fossile datant du Carbonifère dans le thread sur l'âge de la Terre, mais qui apparaissent en fait à cette période-ci.

7/16 Pendant ce temps, la branche des vertébrés, la nôtre, évolue bien sûr elle aussi. C'est même à cette période (tout début du Silurien, encore que quelques fossiles laissent à penser que ça pourrait remonter à la fin de l'Ordovicien) qu'apparait un caractère assez utile pour nous (j'écris ça pendant ma pause de midi) : la mâchoire.

On appelle « gnathostomes » les vertébrés dotés d'un tel organe permettant de croquer ou de mâcher, et si le fait de parler de mâchoire et de vie aquatique vous évoque un film, dites-vous que c'est aussi à la fin du Silurien que la lignée des gnathostomes va se séparer en deux : d'un côté ceux qui vont développer un véritable squelette en os, dont nous ferons partie, et de l'autre ceux qui ne garderont que du cartilage, comme les requins.
Photographie d'un grand requin blanc trouvée sur Wikipédia. L'animal nous regarde, et on peut voir sa mâchoire à plusieurs rangées de dents, mais aussi son museau, ses yeux, ses nageoires et sa queue, le tout bien évidemment sous l'eau donc sur fond globalement bleu. Le grand requin blanc est un animal actuel, mais notre dernier ancêtre commun avec lui date donc du Silurien.

6/16 Il s'agit de la première des cinq grandes extinctions de masse (il y en a aussi eu un paquet d'autres de plus faible ampleur, globalement chaque changement de période correspond à une extinction, mais certaines ont été plus marquantes que d'autres) qu'a connu notre planète avant notre époque. Il semble que celle-ci ait été principalement due à une glaciation assez intense, à laquelle pas mal des formes de vie de l'époque n'auront pas eu le temps de s'adapter.

Mais la vie, elle, continue, et c'est donc au cours Silurien que des pattes ont pour la première fois marché hors de l'eau. Il s'agissait encore d'un arthropode, le brontoscorpio, une sorte de scorpion mesurant environ un mètre et qui a été l'une des premières formes de vies dotées de poumons.
Vue d'artiste d'un brontoscorpio trouvée sur Wikimédia Commons, accompagnée d'une comparaison de sa taille avec celle d'un être humain. L'animal ressemble à un gros scorpion pas spécialement chouette à regarder, ici représenté sur du sable pour montrer son côté amphibie.

5/16 Mais le vivant de l'époque n'admire pas spécialement ce genre de spectacles, et pour cause : la vie animale est encore exclusivement aquatique. Les bactéries ont semble-t-il commencé à quitter l'océan pour avancer sur la terre ferme dès l'Archéen, et quelques plantes et champignons s'y sont probablement aventurés dès le Protérozoïque, donc à la fin du « précambrien ». Les animaux ne commenceront à les rejoindre qu'après une crise majeure.

En effet, pendant tout le Cambrien, puis pendant la période suivante, l'Ordovicien (la transition entre les deux se fait il y a environ cinq cent millions d'années), la vie animale va rester exclusivement aquatique, et globalement beaucoup se diversifier. Mais la fin de l'Ordovicien, il y a ≃445 millions d'années marque la dernière apparition d'un certain nombre de formes fossiles : on estime qu'environ 85% des espèces qui vivaient alors disparaissent lors de la transition vers la période suivante, le Silurien.
Vue d'artiste de la Terre à l'Ordovicien, trouvée sur Wikimédia Commons. On voit quelques plantes et champignons pousser juste au bord d'une étendue d'eau, mais derrière, le paysage montagneux semble s'étendre très loin sans la moindre trace de vie, celle-ci étant quasi-exclusivement sous la surface de l'eau et donc pas visible ici.

4/16 Certaines espèces de ce groupe mesurent en effet entre un et deux mètres, tandis que les formes de vies qui mèneront peu à peu à notre branche ne mesurent encore que quelques dizaines de centimètres au maximum. Pas encore le rapport de tailles qui nous semble habituel aujourd'hui, donc. Mais tout ça allait bien sûr évoluer.

L'évolution, vous le savez, se fait par l'apparition ou la transformation de caractères. Et parfois, un même caractère apparaît, de façon indépendante, à plusieurs endroits dans l'arbre du vivant. C'est vraisemblablement le cas pour un organe assez utile apparu précisément au cours du Cambrien : l'œil, celui des arthropodes et le nôtre ayant une structure différente, mais les deux datant semble-t-il de la même période.

Évidemment, c'est utile pour admirer des spectacles comme celui de la semaine dernière : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B2aHexHt733eTL9N32

3/16 Nous allons donc nous concentrer sur le dernier éon de notre planète, celui où on on peut trouver pas mal de formes de vies intéressantes sans avoir besoin d'un microscope pour aller les étudier. Et on va se concentrer sur un des trois grands groupes d'êtres multicellulaires : celui dont nous faisons partie, les métazoaires, c'est-à-dire les animaux (on évoquera aussi très rapidement les deux autres, végétaux et champignons).

Nous voici donc au Cambrien, période géologique où l'on commence à retrouver beaucoup plus de variété dans les fossiles que dans les couches précédentes. Une diversité d'ailleurs assez surprenante par rapport à nos habitudes actuelles, car les animaux les plus gros de l'époque sont des arthropodes (la branche des insectes et des araignées) ou des cousins très proches d'eux.
Fossile d'Anomalocaris trouvé dans les schistes de Burgess qu'on a évoquée dans un thread précédent. On voit globalement de la pierre avec la forme d'un animal étrange dedans. Notons que ce fossile est complet, ce qui est plutôt rare pour cette espèce, qui a tendance à se casser en plusieurs morceaux avant de fossiliser, ce qui évidemment n'a pas aidé à l'identifier.

2/16 L'histoire de la vie sur Terre commence donc au plus tard au début de l'Archéen, et vraisemblablement dès la fin de l'Hadéen, c'est-à-dire il y a autour de quatre milliards d'années, quand notre planète en compte quatre et demi. Mais pendant la plus grande partie de cette durée, la vie a existé essentiellement sous forme unicellulaire.

Ça ne veut pas dire que ce n'était rien pour autant : on a déjà mentionné que ces formes de vies ont, dès l'Archéen, eu suffisamment d'influence sur leur environnement pour modifier lentement, mais sûrement, la composition de l'atmosphère de notre planète, avec de grandes conséquences au niveau climatique.

Mais tout ça, donc, c'était dans le dernier thread de cette série, il y a deux semaines : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B2LuuVzTLtGtHpY252

Mais que voilà, en ce #VendrediVulga ? Ben, c'est lui : le nouveau #Vulgadredi ! La semaine dernière, nous avions donc fait une petite pause dans notre voyage dans le temps pour profiter de l'actu et parler un peu d'aurores polaires. Ce qui nous a permis au passage de réviser un peu quelques éléments qui rendent notre planète habitable. Et ça tombe bien, parce qu'on va maintenant parler un peu de ses habitants.

Sauf que l'histoire de la vie sur Terre étant évidemment pas mal touffue, et c'est pour ça que c'est cool, on ne va pas pas rentrer à fond dans le détail, mais plutôt consacrer les seize pouets du jour à poser quelques points de repères plus ou moins utiles, à partir desquels on pourra éventuellement creuser ensuite.
Fossiles de trilobites, une forme de vie apparue au début du Cambrien et disparue à la fin du Permien, donc ayant vécue pendant tout le Paléozoïque (ère qui va nous occuper une bonne partie de ce thread). On voit globalement une grande surface de pierre, dans laquelle l'empreinte de deux individus est visible. On repère surtout des côtes et les contours d'une carapace.

@paul_denton Au passage, c'est peut-être une occasion de rappeler que, si l'expression est assez courante, le concept de « syndrome de Stockholm » vient d'une analyse très critiquée d'un cas particulier, que les analyses d'autres cas tendent à montrer que ça n'arrive pas vraiment, et que donc en l'état des connaissances, ça n'existe pas d'un point de vue scientifique.

Par contre désolé d’être chiant encore, mais des termes comme « souveraineté numérique » que je vois passer tout le temps c’est quand même vachement questionnable, parce que euh ça sous-entend que le problème ce serait que les grandes entreprises capitalistes américaines qui collectent nos données sont américaines. 😐

Alors que bon, OK les grandes entreprises américaines sont vendues au fascisme de Trump et ses copains, et c’est un danger mortel à court terme pour nous tou·te·s, mais c’est pas parce qu’elles sont américaines mais parce que c’est des capitalistes sans scrupules, et donc si c’est pour confier au contraire nos données à des entreprises capitalistes ✨ européennes ✨🥰 hé ben désolé mais ça changera que dalle parce qu’elles ont absolument pas plus de scrupules et seront tout aussi prêtes à soutenir le fascisme dès qu’elles considéreront que ça devient profitable, et beaucoup le font déjà d’ailleurs. 😬

Et nos gentils États européens d’ailleurs sont pas moins complaisants avec le fascisme que les USA l’étaient avant la réélection de Trump hein, et c’est pas parce que le fascisme est pas encore arrivé officiellement au pouvoir ici que c’est pas ce qui se prépare un peu partout.

Vraiment il faudrait prendre du recul sur les concepts pétés comme la « souveraineté » ceci-cela, parce que ça repose entièrement sur des sous-entendus implicites nationalistes/patriotiques qui essentialisent, et expliquent finalement ce qui se passe aujourd’hui un peu partout comme si c’était des tendances qui seraient spécifiques à certains pays, alors que c’est pas du tout le cas. 😬

C’est quoi un immigré ?

Une personne née de l’autre côté d’une ligne imaginaire.

Et c’est tout.

@mozitux @mmu_man Je crois que la bonne réponse est celle de l'oracle : https://theoatmeal.com/comics/oracle ^^"

Soirée observation avec un groupe de minots. Un collègue avec le télescope et moi avec la lunette astronomique. Des nuages, mais qui ont eu la gentillesse de nous laisser voir les constellations importantes au début et ne nous ont pas empêchées d'observer la Lune, puis Jupiter ensuite. C'était bien cool.

Mon taff, c'est de faire en sorte que les gens aient des étoiles plein les yeux <3

@Cambrian_Kid @uxor Alors, je ferai très vraisemblablement un thread plus détaillé pour parler de trucs de ce style un peu plus tard, mais en gros, les particules solaires transmettent leur énergie aux particules de l'atmosphère avec lesquelles elles interagissent ; lesquelles qui vont ensuite revenir à leur état de repos en émettant un photon correspondant à la différence d'énergie.

Or, comme mentionné dans le thread sur Max Planck, au niveau atomique, l'énergie est quantifiée : elle ne peut varier que par sauts successifs d'un niveau à l'autre, et pas de façon continue. La fréquence précise de chaque photon émis par ce processus dépend de la répartition des électrons autour de l'atome, qui elle-même dépend du nombre de protons dans le noyau et donc de l'élément chimique dont il s'agit.

Et la fréquence d'un photon, c'est ce que notre système visuel interprète comme étant une couleur, comme j'en parle dans la vidéo sur le sujet dont je vous ai plusieurs fois donné le lien. Donc chaque élément chimique convenablement excité va émettre une lumière d'une couleur précise. C'est d'ailleurs aussi ce qui nous permet d'avoir les couleurs des feux d'artifice.

Dans le local ménage du Planétarium, il y a un aspirateur avec deux yeux, une bouche et le nom « Henry » dessinés dessus.

Chaque fois que je passe devant, je me dis qu'il aimerait bien réussir sa vie, être aimé, être beau, gagner de l'argent…

De manière générale, je préférerais que les entreprises et les institutions arrêtent d’utiliser le courrier électronique comme système de notification et recommencent à l’utiliser comme un système de *courrier*.

« Oui mais c’est pas sécurisé ! »

Et alors ? La moitié de ses structures fait fuiter mes données personnelles tous les six mois de toute façon.

»