Le Livre d'Argent

Elzen | @elzen@fadrienn.irlnc.org

11/16 En utilisant des observatoires au sol et des télescopes spatiaux (on peut mentionner notamment NeoWise, initialement déployé sous le nom de Wise pour rechercher des exoplanètes, puis remis en service après la fin de sa première mission), on s'emploie donc à déterminer les trajectoires d'autant que possible d'objets du système solaire, et à calculer les probabilités d'impacts.

La plupart du temps, les risques d'impacts relayés dans les médias sont plus importants que ceux calculés en vrai. Ainsi, vous avez peut-être entendu parler de (99942) Apophis, un astéroïde géocroiseur qui passera au plus près de notre planète en 2029. Si les premières observations donnaient un risque non-négligeable de collision, il ne passera en fait qu'à plus de trente mille kilomètres de nous, donc une distance plutôt raisonnable.
Trajectoire d'Apophis à proximité de la Terre, trouvée sur Wikipédia. L'objet va passer environ douze fois plus près de nous que la Lune, ce qui est quand même plutôt pas mal (il va même être légèrement plus proche de nous que les satellites géostationnaires, qui orbitent à 36 000 kilomètres d'altitude), mais il va tout de même rester beaucoup trop loin pour nous causer des dégâts.

10/16 Mais nous avons aussi, et surtout, des gens dont le travail est de scruter le ciel pour identifier les menaces : en repérant autant que possible d'astéroïdes et de comètes et en calculant leur trajectoire, il est possible de savoir à l'avance à quel moment une collision risque de se produire, ce qui est déjà une première étape indispensable pour se protéger.

On pourrait considérer les gens dont c'est le boulot comme des super-héros de la vraie vie… en tout cas c'est ce que le nom de la branche dans laquelle iels bossent laisse entendre : on appelle ça la « défense planétaire », sur laquelle travaillent notamment l'ESA et la NASA.
Écusson du bureau de coordination de la défense planétaire, on voit une forme de bouclier avec le nom en haut, la mention « Hic Servare Diem » en bas, et entre les deux, la silhouette d'un garde sur une tour de château en train de regarder le ciel avec une longue-vue.

9/16 Et donc, nous venons de passer la moitié du thread à parler de la menace ; il est plus que temps de commencer à parler de comment s'en protéger. J'ai déjà mentionné que les planètes géantes, avec leur masse énorme et leur gravité importante, peuvent déjà dévier ou attirer certains objets. Jupiter avait ainsi disloqué une comète en 1994, comme mentionné dans l'autre thread.

Mais nous avons aussi la chance d'avoir un plutôt gros satellite, qui nous sert occasionnellement de bouclier : notre Lune est couverte de cratères d'impacts d'objets qui lui sont tombés dessus au cours de la vie de notre système, dont certains auraient pu sans elle tomber sur notre Terre. Il faut dire aussi que, sans air ni eau, notre Lune connaît très peu d'érosion, donc elle garde les marques de ces chocs bien plus longtemps visibles que notre planète.
Photo (trouvée sur Wikipédia) de la face cachée de notre Lune, celle qui est toujours à l'opposée de la Terre en raison de son verrouillage gravitationnel. On voit que les cratères d'impacts y sont particulièrement nombreux et que certains sont assez gros.

8/16 Et donc ces comètes, avec leurs orbites très elliptiques, peuvent elles aussi croiser l'orbite de la Terre. On peut d'ailleurs s'en rendre compte assez facilement, car les comètes, avec leur dégazage, laissent plein de matière derrières elles. Quand la Terre arrive à un endroit où une comète s'est déjà trouvée (en tout cas par rapport au Soleil, voyez la conclusion du thread de la semaine dernière), elle va croiser tous ces débris.

On va donc avoir plein de poussières plus ou moins grosse qui vont pénétrer dans l'atmosphère et y brûler : c'est ce qui donne les « pluies d'étoiles filantes », comme les célèbres Perséïdes dont j'avais parlé dans le thread sus-mentionné. Ce phénomène est toujours très sympa… mais ça le serait beaucoup moins si on arrivait au mauvais moment et qu'on tombait sur la comète elle-même plutôt que sur ses débris.

J'allais vous mettre une image des Perséïdes ici, mais autant que je vous renvoie directement au pouet où je l'ai trouvée, pour les gens qui ne savent pas qu'on peut suivre l'APoD sur le Fédivers : https://reentry.codl.fr/@apod/statuses/01K2E9M9CN9ZCW71BHS6S0JCPD

7/16 Mais la menace peut aussi venir de plus loin. Je vous ai déjà parlé ici de la ceinture de Kuiper, la deuxième ceinture d'astéroïde, située au delà de l'orbite de Neptune, et du nuage de Oort, l'ensemble de petits corps marquant les frontières de notre système solaire. De base, ces objets sont, évidemment, beaucoup trop lointains pour que l'effet Yarkovski suffise à les rapprocher de nous avant longtemps, d'autant que les planètes géantes sont là pour faire le ménage.

Il arrive cependant parfois que deux de ces objets se cognent l'un contre l'autre, ce qui va les dévier de leur trajectoire initiale et peut les envoyer sur des orbites très elliptiques, les faisant passer jusque dans la zone habitable, où la glace qu'ils contiennent va se mettre à fondre : c'est ainsi que se forment de nouvelles comètes. Mais ça, on en a déjà parlé.

Allez, même si j'en avais déjà reparlé la semaine dernière, je vous remet quand même le lien là : https://fadrienn.irlnc.org/notice/AwyBqt6c4qOUfKUKjQ

6/16 Cet effet vient du fait que les astéroïdes, comme tous les autres objets du système solaire, sont chauffés par notre Soleil. Et tous les corps chauds perdent une partie de cette chaleur par rayonnement. Selon la taille de l'astéroïde et la vitesse à laquelle il tourne sur lui-même, il peut arriver que le maximum de ce rayonnement se fasse avec un angle à peu près constant… ce qui va donc doucement pousser l'astéroïde dans la direction opposée.

Cet effet est assez faible, mais sur un temps long, peut quand même dévier suffisamment les astéroïdes pour les éloigner ou les rapprocher du Soleil, selon le sens dans lequel ils tournent sur eux-mêmes, potentiellement jusqu'à les faire sortir de la ceinture. C'est une des raisons qui font qu'on compte un certain nombre d'astéroïdes dits « géocroiseurs », car ils croisent régulièrement l'orbite de la Terre.
Schéma (en anglais, venant du site web de l'Université de Belgrade) présentant l'effet Yarkovski. On voit deux cas juxtaposés selon le sens de rotation de l'astéroïde : à gauche, un astéroïde qui tourne sur lui-même dans la même direction qu'il tourne autour du Soleil. La zone chaude, qui émet le plus de radiations, est donc toujours légèrement en arrière, ce qui conduit l'astéroïde à accélérer et donc augmente la taille de son orbite. À droite, un astéroïde qui tourne sur lui-même dans le sens opposé. La zone chaude est donc légèrement en avant, ce qui le freine et réduit la taille de son orbite.

5/16 Mais même une probabilité faible, si on attend assez longtemps, ça peut finir par arriver. Donc, d'où est-ce qu'un caillou dangereux pourrait venir ? On peut d'abord penser à la ceinture principale d'astéroïdes, située entre Mars et Jupiter, qui compte plusieurs centaines de milliers d'objets.

Alors, certes, l'orbite de Mars, c'est à 78 millions de kilomètres d'ici, on a de la marge. Sauf que cette ceinture, en fait, déborde un peu. Il y a plusieurs raisons à ça, mais on peut par exemple mentionner l'effet Yarkovski, qui peut affecter les astéroïdes de jusqu'à environ vingt kilomètres de diamètre (soit mille fois plus que le bolide de Tcheliabinsk, quand même).
Schéma trouvé sur Wikipédia montrant les orbites autour du Soleil des quatre planètes telluriques (Mercure, Vénus, Terre et Mars) ainsi que de Jupiter, et la position de la ceinture principale d'astéroïdes, entre Mars et Jupiter, représentée par de multiples points. On voit aussi qu'il existe des astéroïdes dits « troyens » positionnés sur l'orbite de Jupiter, à une certaine distance de cette dernière. L'échelle est fournie en unités astronomiques et en minutes-lumière.

4/16 Mais bien sûr, de nos jours, un nouvel impact serait assez dévastateur. Nous avons ainsi eu un bout d'exemple il y a maintenant presque treize ans, avec le bolide de Tcheliabinsk. Un caillou de moins de vingt mètres de diamètre, d'une masse estimée à douze mille tonnes, dont la fragmentation dans l'atmosphère a causé une onde de choc qui a fait quelques milliers de blessés (heureusement aucun mort à ma connaissance) et partiellement endommagé un paquet de bâtiments.

C'était heureusement un objet de petite taille, d'où un impact assez limité. Quelque chose de plus gros ferait évidemment des dégâts, et des objets plus gros que ça, on n'en manque pas dans notre système solaire. Évidemment, les poussières et les petits cailloux sont beaucoup plus nombreux que les gros trucs, donc plus l'objet est gros, plus la probabilité qu'on se le prenne sur le coin de la tronche est faible.

Si vous voulez plus d'infos sur ce qui s'est passé en 2013 : https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9t%C3%A9ore_de_Tcheliabinsk

3/16 Notre planète a connu au cours de sa vie tout un tas d'impacts, qui étaient évidemment plus nombreux quand le système solaire était plus jeune et qu'il y avait d'autant plus de cailloux près à tomber dans tous les sens. Et fut une époque, c'était plutôt une bonne nouvelle, car la Terre à ses débuts étaient assez inhabitable pour nous.

On estime aujourd'hui que la quasi-totalité de l'eau que nous comptons aujourd'hui sur la Terre ne vient pas de sa formation, mais des comètes qui se sont écrasées dessus ensuite. Ces impacts répétés ont aussi entretenu une certaine activité volcanique sans laquelle nous ne serions peut-être pas là non plus, donc l'un dans l'autre, heureusement que tout ça nous est tombé dessus par le passé.

Mais pour l'importance des volcans, je vous renvoie à mon thread sur l'habitabilité des planètes : https://fadrienn.irlnc.org/notice/AxCLpjrQgQ11SSuqau

2/16 Un caillou venu du ciel qui s'écrase sur Terre, en vrai, c'est déjà arrivé ? Bon, vous savez déjà que oui. On peut parler par exemple de l'ultracélèbre impact ayant eu lieu il y a 66 millions d'années à ce qui est aujourd'hui Chicxulub au Mexique, qui a causé l'extinction des dinosaures non-aviens (même si on reparlera probablement de cet aspect-là un de ces jours).

Mais des cractères d'impact, plus ou moins volumineux, on en compte un certain nombre sur notre planète. Le Meteor Crater aux USA est par exemple relativement célèbre aussi. Ou bien l'astroblème de Charlevoix au Québec. Ou encore, pour changer un peu de continent, le cratère de l'Oasis en Libye, celui du lac Siljan en Suède, ou celui de l'Araignée en Australie. Entre autres.
Photo du cratère de Tswaing, en Afrique du sud, trouvée sur Wikipédia. On voit une colline boisée, avec au centre de l'image un gros trou présentement rempli d'eau.

Allez, une nouvelle année commence, et les #Vulgadredi continuent ! Pour ce tout premier #VendrediVulga de 2026, ça vous dit de partir de sauver le monde ? Ou de se préparer à le faire, en tout cas, en faisant connaissance avec une menace contre laquelle on a fini par trouver une solution intéressante. Dont on devrait réussir à faire le tour en seize pouets, comme d'hab.

Commençons donc par parler un peu de la menace. Elle pointe occasionnellement le bout de son nez dans les films, que Bruce Willis arrive finalement à nous en sauver ou que Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence n'y arrivent pas : celle d'un gros caillou venu de l'espace qui pourrait nous tomber sur le coin de la tronche.
Capture d'écran du générique d'intro du film Armageddon, où l'on voit l'impact d'un météore de grande taille sur Terre (on reconnaît que l'explosion se produit environ au niveau du Mexique). Notons que l'explosion se déclenche moins d'une seconde après l'affichage de la mention « un film de Michael Bay ».

#Introduction 2/2 Et donc à part ça, certain·e·s d'entre vous me connaissent parce que je fais quelques vidéos (quand j'ai le temps, c'est-à-dire pas souvent en ce moment) sur la chaîne @bfeuilles sur Skeptikon, et que je vous fais tous les vendredis (dans la limite de mes dispos, mais en tout cas pour l'instant ça marche) un thread de vulgarisation avec le hashtag #vulgadredi.

Je fais aussi partie de pas mal d'assos, mais on va éviter de s'étaler, d'autant que j'y suis peu actif en ce moment, et à part ça j'aime pas mal la lecture et les jeux vidéos. D'ailleurs, si vous voulez me retrouver en dehors du Fédivers, n'hésitez pas à venir sur la Couronne de Cuivre, qui est un très chouette forum. Et je crois que ça va être tout pour cette fois :-)

https://www.baldursgateworld.fr/

J'ai démarré la nuit dernière mon quarantième tour à l'air libre autour du Soleil, ça semble le bon moment pour refaire une #introduction (en deux pouets). Donc salut, moi c'est Elzen, et mon job c'est de faire en sorte que les gens aient des étoiles plein les yeux.

Je suis en effet médiateur scientifique au Planétarium de Bretagne, du moins jusqu'à la fermeture pour travaux de ce dernier à la fin de cette année. Donc si vous voulez venir m'écouter causer du ciel, c'est le moment de prévoir vos vacances :-þ

D'ailleurs en comptant de tête de manière approximative, quand mon contrat là-bas se terminera, j'aurai pédalé environ l'équivalent d'un petit tour de la Terre au cours de ma vie.

@clic Ça ressemble plus à du spam, d'ailleurs on en a reçu un peu plus tard un deuxième au contenu identique mais envoyé par un autre expéditeur et avec un autre destinataire (oui parce que je n'avais pas remarqué sur le coup, mais le destinataire n'a rien à voir non plus, la liste devait être en CCi).

Je viens donc de recevoir un mail sans objet (à part le truc ajouté automatiquement par la liste de diff par laquelle il a transité), contenant une version texte et une version HTML, les deux ne contenant en tout et pour tout qu'une seule ligne de texte :

hi this email find you well

La seule différence entre les deux est que la version HTML est dans une div avec l'attribut dir="ltr". Et il n'y a littéralement rien d'autre comme contenu. À part une tentative de blague sur le mode « c'est pas seulement que j'espère, il vous trouve vraiment », j'ai du mal à piger l'objectif 🤔

Et si des nazis salissaient ma mémoire et venaient pisser sur ma tombe, ce serait de superbes hommages. C'est que j'aurais été du bon côté de la barrière.

@lebout2canap @sarah_trichet_allaire Je ne connais Scribus que de nom, mais j'ai déjà vu un souci de ce genre apparaître en essayant de convertir en SVG un PDF particulièrement mal foutu : ce qui était au départ un bloc de texte avait été transformé en une série de lettres séparées. Je ne sais plus exactement quand c'était, mais ça remonte à quelques années, avant l'essor des LLM.

Donc, pas complètement impossible que le souci vienne d'un autre mode de génération, mais dans tous les cas, je pense que la personne s'y est plutôt très mal pris.

@clic En effet : vu que c'est le Soleil qui amène la chaleur à la base, des jours plus courts entrainent un temps d'exposition plus faible, donc moins de chauffe. Mais même quand il fait jour, le Soleil passant moins haut dans le ciel, ça chauffe moins à cause de l'inclinaison. Les deux effets se combinent, mais il faudrait quelqu'un qui a de meilleures connaissances du domaine pour préciser dans quelles proportions chacun joue.

@letoII Effectivement, je ne me suis pas super bien exprimé ici ^^" Le souci de vouloir taper trop vite. Merci d'avoir précisé, donc :-)

16/16 Et donc tout ça va se répéter à l'identique d'une année sur l'autre, notre Terre repassant sans cesse au même endroit. Ou presque, parce qu'on n'a parlé ici que de sa position par rapport à notre Soleil. Sauf que dans l'espace, tout tourne, notre Soleil y compris : il décrit pour sa part un lent cercle d'environ 220 millions d'années autour du centre de notre galaxie, entraînant les planètes avec lui.

Notre Terre ne tourne donc pas en rond, mais en hélice : l'année suivante à la même date, elle est revenue à la même position par rapport au Soleil, mais a pas mal bougé avec lui par rapport au centre de la galaxie. Une position absolue dans l'espace, ça n'existe pas vraiment. Allez, on s'arrête là, et on se donne rendez-vous à la veille du périhélie pour le premier Vulgadredi de 2026 ?
Image du véritable trajet de la Terre dans l'espace, si je me souviens bien une capture d'écran d'une vidéo de Balade mentale sur ce sujet. On voit une partie de notre galaxie vue par la tranche, dans laquelle notre Soleil avance sur ce qui semble être ligne droite (c'est en fait une courbe, mais beaucoup trop faible à cette échelle, et il est présentement légèrement en dessous du plan principal, mais devrait finir par le croiser), avec les trajectoires des planètes autour de lui. Comme nous voyons ici le mouvement du Soleil en plus de leur rotation autour de lui, les ellipses deviennent un mouvement en hélice.

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