Le Livre d'Argent

Elzen | @elzen@fadrienn.irlnc.org

8/18 Nous avons ainsi pu constater il y a maintenant cinquante-cinq ans que, quand on synchronise parfaitement deux horloges atomiques, puis qu'on en envoie une faire le tour du monde tandis que l'autre reste sur place, on constate à la fin qu'elles sont désormais décalées, preuve de cet effet de dilatation du temps qui était théoriquement prévu depuis 1905.

Cependant, vous aurez peut-être remarqué un petit détail qui cloche : comme on l'a dit plus tôt, faire bouger le train ou faire bouger le quai devrait revenir strictement au même. Or, si l'on mesure un décalage entre les deux horloges… c'est qu'on est capable de savoir laquelle des deux a vu son temps se dilater, non ?
Autre schéma du même style que précédemment montrant nos deux personnages, mais cette fois-ci en train de regarder une carte pour chercher à se positionner. Au dessus d'eux, on voit trois satellites (dans le vrai monde en trois dimensions, il en faut au moins trois) avec un chrono et des pointillés indiquant la zone qu'ils couvrent. C'est la façon dont fonctionne le Géo-Positionnement par Satellite, ou GPS (traduction approximative de l'anglais Global Positioning System) : chaque antenne mesure, à partir du temps que met un signal électromagnétique, qui avance à la vitesse de la lumière, à faire l'aller-retour, la distance qui le sépare du point à localiser, et, connaissant la position des antennes et croisant les données, on peut alors déterminer précisément la position cherchée. Je présente ça ici car, se déplaçant assez vite autour de la Terre, les satellites utilisés pour ce système ont besoin de tenir compte des décalages relativistes : le fonctionnement du GPS est donc également une expérimentation de ce dont nous parlons ici.

7/18 Or, l'espace et le temps sont liés : notre manière la plus précise de mesurer le temps qui passe est ainsi de compter combien prend la lumière, à sa vitesse constante, pour parcourir une distance connue : si les longueurs semblent se contracter, alors le temps semble lui se dilater.

Encore une fois, un train va trop lentement pour qu'on puisse mesurer cet effet, surtout en 1905… Mais, on construira dans les décennies qui suivent des horloges atomiques suffisamment précises pour que l'effet devienne mesurable à la vitesse de vol d'un avion, ce que Joseph Hafele et Richard Keating pourront donc vérifier expérimentalement dès 1971.
Photo, trouvée sur Wikimédia Commons, d'une des horloges atomiques utilisées par Hafele et Keating dans leur expérience, qu'on va détailler au pouet suivant. On voit globalement ce qui ressemble à une grosse caisse de métal avec divers composants installés dedans, sauf que la face visible comporte un cadran (comme celui d'une montre, sauf qu'il y a 24 heures et pas seulement 12), deux voyants lumineux actuellement éteints, et trois prises pour brancher quelque chose. Plusieurs étiquettes ont également été collées, l'une indiquant que le dispositif contient du césium mais n'est pas radioactif, et une autre indiquant qu'il s'agit d'une pièce de musée à conserver.

6/18 En effet, si un rayon lumineux se déplace à l'intérieur du train, dans le même sens que lui, alors du point de vue de l'observateur situé sur le quai, le train, bien qu'immensément plus lent que la lumière, s'est déplacé entre le point de départ et le point d'arrivée. La lumière, allant à la même vitesse, a donc eu moins de chemin à parcourir.

En d'autres termes, si la vitesse de la lumière est la même pour tout le monde, alors les distances ne le sont pas : l'espace est relatif à l'observateur. Bien sûr, pour nous qui allons beaucoup moins vite que la lumière, cette contraction des longueurs est totalement imperceptible.
Autre schéma montrant les mêmes personnages avec le train, sauf qu'ils sont cette fois équipés d'une règle et cherchent à mesurer une distance, qui, du fait du déplacement du train, leur semble différente à tous les deux (un gros signe ≠ est affiché dans l'image). Ça rendrait évidemment les choses beaucoup plus claires si je savais dessiner correctement, mais bon, hein, je fais ce que je peux.

5/18 L'article étudie donc les conséquences de ces deux postulats, d'abord en ce qui concerne les mouvements. Imaginons par exemple deux observateurs, l'un à bord d'un train, et l'autre resté à quai. Et, bien sûr, mettons ensuite le train en mouvement… ou bien laissons le train fixe et faisons bouger le quai, les deux revenant très exactement au même.

Maintenant, demandons à ces deux observateurs, qu'on va imaginer équipés pour ça, de mesurer la vitesse de la lumière. Celle-ci étant la même que l'on soit en mouvement ou immobile, les deux devront donc, en toute logique, obtenir le même résultat. Mais avec une perspective un peu différente.
Schéma, assemblé par moi pour ce thread à base de personnages dessinés par Gee et de caractères Unicode, comme je fais habituellement pour mes bouquins, montrant les deux points de vue que nous allons réutiliser dans le thread suivant, celui d'une personne à l'intérieur d'un train, et celui d'une autre qui reste sur le quai et regarde le train partir. En l'occurrence, les deux tiennent une lampe de poche et un chronomètre, ce qui est totalement insuffisant pour mesurer la vitesse de la lumière.

4/18 Pour autant, il ne s'agit pas de renier complètement les travaux des siècles passés. Au contraire, son but est explicitement de chercher à généraliser le vieux principe de relativité de Galilée, repris par Newton, selon lequel voir quelque chose bouger en étant immobile ou voir cette chose immobile en bougeant soi-même reviennent un peu au même.

Plus précisément, le papier part aussi d'un second postulat, qui est que plusieurs observateurs sont soumis aux mêmes lois de la physiques, du moins tant que leurs déplacements les uns par rapport aux autres à vitesse constante, un déplacement rectiligne uniforme étant indifférenciable d'une immobilité complète.
Photo, trouvée sur Wikimédia Commons, de la vue depuis la fenêtre d'un train, en l'occurrence vers ce qui doit être le parking de la gare puisqu'on voit plusieurs voitures stationnées. Il vous est peut-être déjà arrivé, au départ d'un train, de regarder vers la fenêtre et d'avoir l'impression que c'est la gare qui se mettait à bouger. Ce n'est pas qu'une impression : les cahots et vibrations nous indiquent que c'est bien nous qui bougeons, mais si nous pouvions les supprimer complètement, nous n'aurions simplement aucun indice nous permettant de déterminer si c'est le train ou l'extérieur qui se déplacent. Les deux reviennent en fait la plupart du temps strictement au même.

3/18 S'il y a eu plusieurs travaux précurseurs, on considère que la théorie dont nous allons parler aujourd'hui apparaît avec un article paru en 1905 et intitulé « Zur Elektrodynamik bewegter Körper », soit « De l'électrodynamique des corps en mouvement », ayant été rédigé par celui qui était alors le mari de Mileva, un certain Albert Einstein.

Cet article visent à poser les bases d'une nouvelle manière d'interpréter les connaissances physiques de l'époque… et « règlent » le problème sus-mentionné en posant carrément comme postulat de base que la vitesse de la lumière est la même quelle que soit le référentiel considéré, peu importe les mouvements, donnant raison à Maxwell contre Newton.
Photo, trouvée sur Wikimédia Commons, d'une forme papier de l'article d'Einstein en 1905, tel qu'exposé dans un musée, avec un cartouche donnant le titre, l'ouvrage d'origine (« les annales de la physique »), et un résumé en anglais, vraisemblablement pas trop lisible à la taille où je vous donne cette image, mais bon, si vous voulez retrouver le texte d'origine, vous aurez le lien un peu plus bas.

2/18 On a donc vu la semaine dernière que quelques travaux théoriques, les équations de Maxwell, suivis de résultats expérimentaux, nous ont laissé entendre que les ondes électromagnétiques semblent toujours se déplacer à la même vitesse, indépendamment du mouvement de l'observateur, ce qui pose un peu problème, car ça n'a pas l'air compatible avec les vénérables lois du mouvement de Newton.

Nous avons vu aussi que les travaux dont nous allons parler ici sont dû aux efforts de plusieurs personnes, dont certaines à qui la postérité n'a malheureusement pas laissé la place qu'elles méritaient, comme par exemple la physicienne serbe Милева Марић, ou en alphabet latin Mileva Marić.

Mais donc, pour plus de détails à ce sujet, le thread de la semaine dernière est là si vous l'avez manqué : https://fadrienn.irlnc.org/notice/BBi2lcCykZEsaKAzGy

Et, alors que je viens de terminer mes dernières séances tous publics (c'est un collègue qui bosse dimanche, sinon il reste encore quelques groupes scolaires la semaine prochaine et un concert le 10 avant la fermeture pour travaux), c'est donc reparti pour un nouveau #Vulgadredi où on va finalement attaquer cette histoire de relativité.

#VendrediVulga-dernier, nous avons vu comment, au tout début du vingtième siècle, un petit nuage noir obscurcissait un peu le beau ciel bleu de nos connaissances en physique. Nous allons maintenant consacrer les dix-huit pouets du jour à la façon dont les tentatives de régler ce problème ont conduit à considérablement revoir notre façon de percevoir le temps. Mais pas celui qu'il fait : celui qui passe.
Photo, trouvée sur Wikimédia Commons, de nuages sombres s'accumulant dans la direction du Soleil, donnant lieux à quelques rayons de lumière assez spectaculaires. L'expression de « nuage sombre dans le ciel bleu de nos connaissances » vient, plus ou moins, mais retournez lire les détails, du discours de Lord Kelvin qu'on a mentionné la semaine dernière, mais comme j'ai plein d'illustrations à trouver pour ce thread et que je suis déjà à la bourre, je me suis dit que j'allais le prendre au sens littéral, ça fait une chouette image d'intro.

Beh voilà. Splendeurs du système solaire, c'est fini, je viens de la faire pour la toute dernière fois. (Poke @Tranxen qui a connu ça aussi).

Oh, vous voulez une drôle de coïncidence ? Pour la dernière, j'avais juste pile 42 personnes dans la salle. Heureusement, je n'avais pas oublié ma serviette.

Quelques mois après la fin de mon premier taff au Planétarium de Bretagne, je me suis rendu compte qu'à aucun moment, même pendant les jours où j'étais tout seul à bosser dans le bâtiment, je n'avais pensé à faire un truc qui pourtant aurait pu être particulièrement cool : projeter le ciel avec le temps qui défile tellement vite que l'alternance du jour et de la nuit provoque presque un effet stroboscopique, mettre à fond Nuit de Folie ou Les Démons de Minuit, et juste danser tout seul au milieu de la salle pour le fun.

Puis je suis revenu bosser au même endroit, ce qui va donc bientôt se terminer. Est-ce que j'échapperai à ce regret cette fois-ci ? …vous n'avez aucune preuve.

Bon, le #Vulgadredi de demain est en cours, mais j'n'ai pas encore fini le texte et il me reste plein d'images. Et je suis tout seul pour faire la dernière journée au plané, donc, je vais faire de mon mieux, j'ai un peu de temps dans la journée, mais ça risque d'arriver un peu tard ^^"

N'empêche que la littérature policière ne compte pas suffisamment de Jane Marple.

@helenecollon Rénovation. Le bâtiment date de 1988 (je crois qu'il y a eu des changements dessus une fois depuis, mais ça devait être au début des années 2000) et le système de projection date d'il y a plus de dix ans, il y a quelques trucs qui ne tiennent plus du tout la route.

Hier, c'était la dernière de L'Univers invisible, qui comportait une partie tellement chouette qu'on l'a utilisée dans trois séances différentes en six ans. Bon, du coup on s'arrangera sans doute pour refaire quelque chose de proche à la réouverture.

Aujourd'hui, c'était la dernière de Le Soleil, notre étoile, la séance que les collègues finissaient de préparer quand j'ai eu mon premier poste ici en 2020. J'avais aidé un peu, notamment à ce que ça ne dure pas une heure et demie, du coup c'est aussi environ la première séance de plané sur laquelle j'ai bossé.

Demain, ce sera la dernière de Ted, la séance pour les choupinous. Celle-là, ce serait bien de la remettre en place à la réouverture, parce que bon, une séance de planétarium adaptée aux deux-cinq ans, quoi.

Je pense que ce qui me fera le plus bizarre, c'est la dernière de Splendeurs du système solaire vendredi…

Politique française
@Sylvhem Le parti de Mélenchon, c'est un morceau du PS qui s'en est séparé pour renouer avec le campisme et la mauvaise foi du PCF à l'époque où ils suivaient les ordres de Moscou. Quelque part, c'est peut-être une tentative de revenir sur la scission de la SFIO ? 🤔

@gee Vue la demi-vie estimée pour ce qui dépasse les 118 connus (celle des derniers d'entre eux n'étant déjà pas bien longue), 'doit falloir se grouiller d'activer la dernière pierre…

Bon, ben… plus qu'une semaine d'ouverture au public. À partir de demain, on commence à dire au revoir à certaines séances…

@hist_myth Effectivement !

Allez, pour la défense d'Hérodote, je ne me souviens pas de savants grecs ayant correctement décrit le mouvement des astres avant le siècle suivant, donc on va dire que ça ne faisait pas encore consensus ^^

@hist_myth « Nuits d'Arabie, plus chaudes à minuit qu'au Soleil en plein jour » ?

Ah nan, mince, on est en Inde.

@hist_myth Pire que celle de la poudre d'or ?

Je n'ose me demander comment ils faisaient pour la myrrhe.

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