Bref, ces « poissons » des grandes profondeurs sont occasionnellement ramenés dans leurs filets par des pêcheurs du sud de l'Afrique, ce qui n'émerveillait pas grand monde… jusqu'à un beau jour de 1938 où Marjorie Courtenay-Latimer, conservatrice d'un musée local, a été invitée à venir en identifier un.
On peut remarquer que les trois familles de « reptiles » marins du Mésozoïque avaient conservé quatre nageoires, alors que les mammifères marins ont tendance à ne garder que celles de l'avant. Néanmoins, à part les plésiosauriens, manchots et tortues, tous ces animaux ont convergé vers une forme dans laquelle la nageoire caudale fait le gros du boulot (avec juste une différence dans le sens du mouvement, vertical ou horizontal, comme pour les taupes la semaine dernière).
Quoiqu'il en soit, ils disparaitront avec les dinosaures non-aviens lors de la transition vers le Cénozoïque, où, nous en avons parlé dans le thread dédié, des mammifères prendront le relai et retourneront à leur tour à la mer. Plusieurs fois aussi, d'ailleurs, car les siréniens (aussi surnommés « vaches de mer ») l'ont fait de façon indépendante des cétacés.
Filtreurs comme les baleines actuelles, ils ont été considérés comme les plus gros animaux à n'avoir eu aucun ancêtre terrestre, avec possiblement 25 mètres de long… même si on les estime aujourd'hui plutôt autour de 16 mètres et demi. Mais histoire de ne pas vous laisser sur l'impression que les animaux géants n'ont été revus qu'à la baisse, précisons que de leur découverte en 1889 jusqu'à la fin du siècle dernier, on les estimait à un peu moins de dix mètres !
À l'inverse, les pliosaures, quoiqu'ayant les mêmes quatre puissantes nageoires, ont un cou bien plus court et une tête plus allongée, évoquant davantage celle d'un crocodile. Quoique ça a l'air un peu plus compliqué que ça, et je vais donc éviter d'entrer dans les détails pour ne pas dire davantage de bêtises à leur sujet.
Les plésiosaures et les pliosaures ne sont en effet pas deux branches indépendantes de sauropsides comme je le croyais au moment de faire le schéma, mais deux subdivisions d'une même branche… appelée les plésiosauriens. Bon, on dirait que les noms ne sont pas spécialement là pour nous aider cette fois-ci. D'autant que Wikipédia a l'air de dire que le classement a pas mal bougé.
Mais les ichtyosaures ont aussi une autre caractéristique assez notable : comme les mammifères (exception faite des monotrèmes), apparus eux aussi au Trias, ils étaient vivipares, c'est-à-dire qu'ils mettaient leurs petits au monde directement. Il s'agit bien sûr de convergence évolutive, les deux branches étant assez éloignés. Ce n'étaient d'ailleurs pas les premiers : les materpiscis, des placodermes du Dévonien, avaient déjà été vivipares avant eux.
Mais donc, venons-en au Mésozoïque (l'ère du milieu, donc). Dans le thread consacré, j'avais listé les noms de quatre branches différentes de « reptiles » marins, mais sans tellement plus de précisions. Et je m'aperçois d'ailleurs que je m'étais gouré : deux d'entre elles sont liées.
Le thread (corrigé depuis) est là, si jamais : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B33Id3NJF8nqJMBHAe
Mais je voulais au moins mentionner ici le mésosaure, un « reptile » aquatique du Permien dont les fossiles ont servi historiquement à mettre en évidence la tectonique des plaques, on en reparlera probablement dans un autre thread. Malgré la ressemblance des noms (j'ai déjà vu plusieurs personnes les confondre), ils n'ont pas grand chose à voir avec les mosasaures du Crétacé, d'autant qu'ils mesuraient moins d'un mètre de long.
Nous avons parlé, dans le thread sur le Cénozoïque, de l'évolution des cétacés. On avait déjà mentionné avant l'existence de plusieurs lignées de « reptiles marins » au Mésozoïque, qu'on va pouvoir détailler ici. Mais en fait, ça a commencé bien plus tôt que ça.
Et si vous avez besoin de réviser l'échelle des temps, vous pouvez toujours jeter un œil à ce thread : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B2otKs7D9LlV6uRh0i
C'est donc au sein des sarcoptérygiens qu'apparaîtront les tétrapodes, la branche de vertébrés qui finiront par sortir de l'eau pour aller visiter la terre ferme… d'où certains décideront de repartir pour revenir s'installer dans l'eau. Ce qui mérite qu'on en parle un peu aussi.
Parmi les gnathostomes, ceux qui ont acquis de véritables os sont appelés « ostéichtyens », tandis que l'autre branche (qui compte donc les requins, mais aussi les raies, les poissons-scies et les holocéphales, ou « chimères ») sont des « chondrichtyens ». Et les ostéichtyens sont donc eux-mêmes divisés en deux : les « actinoptérygiens », à nageoire rayonnée, et les « sarcoptérygiens », à nageoire charnue.
On m'a toutefois signalé une étude parue après la rédaction de mon article de blog et qui semble avoir été confirmée depuis, tendant à montrer que leur taille (plus précisément celle de l'espèce Dunkleosteus terrelli, la plus grande du genre) avait été pas mal surestimée, et qu'ils ne devaient en fait mesurer « que » quatre mètres de long. Encore une fois, nos connaissances continuent d'évoluer pas mal.
D'ailleurs, si vous voulez y jeter un œil, l'étude est là, et son image d'intro est assez parlante : https://www.mdpi.com/1424-2818/15/3/318
Il s'agit en effet d'un illustre représentant des placodermes, une des premières branches des gnathostomes, la grande famille des animaux capables de mordre. Ces gnathostomes se sont assez vite divisés entre les animaux ayant développé un squelette osseux, comme nous, et ceux qui n'ont conservé que du cartilage, comme les requins. Les placodermes semblent plutôt de notre côté, même si leur classement exact a été assez délicat.
Au fait, si vous voulez jeter un œil à l'article : https://fadrienn.irlnc.org/articles/sciences/animaux_massifs/
On peut cependant noter que cette forme est, de fait, moins adaptée à la nage, ce qui peut, selon le mode de vie adopté par ces bestioles, être sélectionné négativement : on connaît donc aussi un certain nombre de cas de « décarcinisation », où des animaux dont les ancêtres avaient une forme « de crabe » ont convergé vers une forme plus allongée et articulée.
Bref, il n'y a ici rien de plus impressionnant que ce dont on a déjà parlé la semaine dernière : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B4DfmoyJw3IcrcEYqG
Le truc est simplement que les autres crustacés marins, comme les homards ou les langoustes, ont souvent des formes adaptées pour la nage, avec une queue articulée plutôt allongée permettant de se propulser dans l'eau. Or, ces articulations rendent la coquille plus fragile, et la forme allongée du corps donne une certaine surface d'attaque aux prédateurs.
Les notions qu'on a abordé dans les threads précédents nous seront bien utiles ici. Notamment celui de la convergence évolutive. D'ailleurs, si on va surtout parler de vertébrés dans la suite, commençons par dire un mot un sujet assez populaire : celui de la carcinisation.
Alors comme promis, je vais vous raconter le problème que semble avoir résolu Joseph Dorfer dans cet article récent
https://arxiv.org/abs/2602.22874
À noter que j'écris "semble" car l'article est très récent et donc pas encore publié dans une revue où il aurait été relu par d'autres chercheurs ou chercheuses et que sur un résultat de cette ampleur, on reste toujours prudent. Mais je n'ai aucun doute sur le sérieux de l'article
Au moins, ce ne serait pas ridicule de l'appeler France Gall.
C'est rigolo, y'a des logiciels open source, pendant longtemps c'était super dur de commencer à contribuer, parce que la structure du code étaient pas vraiment expliqué et y fallait juste se jeter dedans, et en étant débutant, c'est un poil intimidant.
Maintenant, y'a des projets, avec un joli fichier AGENTS.md écrit en langage naturel, pour expliquer à une machine la structure du code et les trucs importants à avoir en tête.
C'était donc tout à fait possible de le faire, mais maintenant que ce n'est pas pour d'autres humains, c'est vu comme suffisamment important pour le faire. 🙃