Le Livre d'Argent

Elzen | @elzen@fadrienn.irlnc.org

11/20 Il est donc temps de redonner à chacune sa forme, et sa place dans le temps. Les premiers à être apparus sont les ichtyosaures, qui ont peuplé les mers dès le début du Trias. On avait d'ailleurs mentionné, dans le thread sur le gigantisme, qu'ils avaient le record de taille à cette période, avec une espèce dépassant les vingt mètres de long.

Mais les ichtyosaures ont aussi une autre caractéristique assez notable : comme les mammifères (exception faite des monotrèmes), apparus eux aussi au Trias, ils étaient vivipares, c'est-à-dire qu'ils mettaient leurs petits au monde directement. Il s'agit bien sûr de convergence évolutive, les deux branches étant assez éloignés. Ce n'étaient d'ailleurs pas les premiers : les materpiscis, des placodermes du Dévonien, avaient déjà été vivipares avant eux.
Photo (trouvée sur Wikipédia) d'un fossile d'ichtyosaure en train de mettre bas. On voit la forme du squelette de l'animal, avec une longue queue, des côtes, des nageoires dont la structure est assez inhabituelle pour des tétrapodes, et un long museau pointu. Mais ce qu'on repère surtout est donc la présence d'un deuxième spécimen, plus petits, un peu en dessous et à l'arrière du premier, montrant que l'enfant a grandi dans le ventre de sa mère et était à peine en train d'en sortir au moment où les deux ont été fossilisés.

10/20 D'ailleurs, les noms se ressemblent, mais ont des sens différents : « mésosaure » signifie « lézard du milieu » ; tandis que « mosasaure » signifie « lézard de la Meuse », les premiers fossiles ayant été trouvés près de ce fleuve. Après tout, la plus célèbre des périodes géologiques doit pour sa part son nom au massif du Jura… (c'est d'ailleurs Georges Cuvier qui a nommé le Jurassique, j'ai oublié de mentionner ça dans les threads précédents).

Mais donc, venons-en au Mésozoïque (l'ère du milieu, donc). Dans le thread consacré, j'avais listé les noms de quatre branches différentes de « reptiles » marins, mais sans tellement plus de précisions. Et je m'aperçois d'ailleurs que je m'étais gouré : deux d'entre elles sont liées.

Le thread (corrigé depuis) est là, si jamais : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B33Id3NJF8nqJMBHAe

9/20 « La » sortie des eaux, globalement, est un mythe : non seulement la terre ferme a été conquise très progressivement, mais les retours à l'eau ont été fréquents dès le départ, avec pas mal d'espèces plus ou moins amphibies dans les deux cas. Je ne vais pas m'étaler sur le sujet, vous ayant déjà suggéré plusieurs fois la lecture du livre de (Jean-)Sébastien Steyer qui détaille précisément ces points.

Mais je voulais au moins mentionner ici le mésosaure, un « reptile » aquatique du Permien dont les fossiles ont servi historiquement à mettre en évidence la tectonique des plaques, on en reparlera probablement dans un autre thread. Malgré la ressemblance des noms (j'ai déjà vu plusieurs personnes les confondre), ils n'ont pas grand chose à voir avec les mosasaures du Crétacé, d'autant qu'ils mesuraient moins d'un mètre de long.
Schéma (trouvé sur la page Wikipédia anglophone qui leur est dédiée) comparant la taille d'un mésosaure (en l'occurrence Mesosaurus tenuidens), dont on voit donc la forme générale, à une main humaine. Les mésosaures ont une morphologie typique de « reptile » aquatique, avec des pattes palmées (mais néanmoins pas des nageoires) et une queue à voiles, comme celles des crocodiles ou des agames. S'ils sont bien plus petits que les « reptiles » marins dont on parlera plus bas (celui-ci mesure, d'après l'échelle indiquée sur l'image, environ 70cm), ils n'en ont pas moins une mâchoire très largement dotée de dents pointues, qui sont généralement bien visibles sur les fossiles.

8/20 En effet, si la carcinisation est un phénomène somme toute plutôt évident, il est intéressant de constater que la vie terrestre est plusieurs fois, de façon assez indépendante, retournée s'installer dans l'eau, après s'être adaptée durablement à la vie à l'air libre (à ma connaissance, la perte des branchies a été définitive, par exemple), mais en reprenant assez souvent avec le temps des formes plutôt similaires, adaptées à la nage.

Nous avons parlé, dans le thread sur le Cénozoïque, de l'évolution des cétacés. On avait déjà mentionné avant l'existence de plusieurs lignées de « reptiles marins » au Mésozoïque, qu'on va pouvoir détailler ici. Mais en fait, ça a commencé bien plus tôt que ça.

Et si vous avez besoin de réviser l'échelle des temps, vous pouvez toujours jeter un œil à ce thread : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B2otKs7D9LlV6uRh0i

7/20 Quelle est la différence, donc ? La nageoire charnue est portée par une successions d'os rattachés au squelette par une unique articulation, qui diffère donc des nageoires rayonnées qui sont constituées de plusieurs rayons osseux parallèles. Cette structure particulière permettra par la suite à la nageoire d'évoluer vers des formes différentes, celles de pattes, bras ou ailes dont on a parlé la dernière fois.

C'est donc au sein des sarcoptérygiens qu'apparaîtront les tétrapodes, la branche de vertébrés qui finiront par sortir de l'eau pour aller visiter la terre ferme… d'où certains décideront de repartir pour revenir s'installer dans l'eau. Ce qui mérite qu'on en parle un peu aussi.
Photo, trouvée sur la page Wikipédia dédiée aux sarcoptérygiens où elle était juxtaposée à des vues d'artistes de leurs cousins disparus, d'un dipneuste, un des derniers représentants actuels de cette lignée à n'être pas un tétrapode (à ma connaissance, les seuls autres cas sont ceux des cœlacanthes, dont on reparlera plus bas). On le voit ici au fond de l'eau, avec ses quatre nageoires dont la forme évoque un peu celle de quelques « reptiles » marins dont on reparlera plus bas. Notons que le dipneuste présente un autre point commun avec les tétrapodes : il est doté de poumons (dans son cas, en plus des branchies), et peut donc survivre à l'air libre.

6/20 C'est également au Dévonien qu'apparaît chez certains cousins des placodermes une caractéristique assez particulière : la nageoire charnue. Mais avant de détailler ce point, un peu de vocabulaire technique, histoire de faire un peu sérieux (vous n'avez pas l'obligation de retenir !)

Parmi les gnathostomes, ceux qui ont acquis de véritables os sont appelés « ostéichtyens », tandis que l'autre branche (qui compte donc les requins, mais aussi les raies, les poissons-scies et les holocéphales, ou « chimères ») sont des « chondrichtyens ». Et les ostéichtyens sont donc eux-mêmes divisés en deux : les « actinoptérygiens », à nageoire rayonnée, et les « sarcoptérygiens », à nageoire charnue.
Photo, trouvée sur la page Wikipédia qui leur est dédiée, d'une raie manta, un assez majestueux animal de la famille des chondrichtyens, donc des « poissons » cartilagineux, parce que je résume beaucoup trop souvent cette classe aux seuls requins, alors que les raies sont très chouettes aussi. On voit ici celle-ci nager vue d'au dessus, avec des rochers dans le fond et des poissons à nageoire rayonnée aux alentours (ils ne craignent rien : la raie manta se nourrit de plancton, comme les baleines). La forme de la raie rappelle celle d'un grand cerf-volant, mais elle est bien plus lourde, jusqu'à deux tonnes (pour une envergure d'en moyenne entre trois et six mètres, même si certains spécimens connus les dépassent allègrement).

5/20 Les placodermes sont en effet surtout connus pour, et caractérisés par, les excroissances osseuses dans la mâchoire qui tenaient le rôle de nos dents, et donnaient à leur morsure des aspects de coup de ciseaux. Les dunkleosteus étaient des représentants assez notables de ce groupe, réputés pour avoir eu une des morsures les plus puissantes de tous les temps (même si le T-rex et certains crocodiles lui font une sérieuse concurrence).

On m'a toutefois signalé une étude parue après la rédaction de mon article de blog et qui semble avoir été confirmée depuis, tendant à montrer que leur taille (plus précisément celle de l'espèce Dunkleosteus terrelli, la plus grande du genre) avait été pas mal surestimée, et qu'ils ne devaient en fait mesurer « que » quatre mètres de long. Encore une fois, nos connaissances continuent d'évoluer pas mal.

D'ailleurs, si vous voulez y jeter un œil, l'étude est là, et son image d'intro est assez parlante : https://www.mdpi.com/1424-2818/15/3/318

4/20 Ceci étant posé, revenons donc dans le temps. Plus précisément, revenons au Dévonien. Les gens qui ont lu mon article de blog (et pas seulement le thread) sur le gigantisme ont lu que c'est à cette période, où la vie était encore quasi-exclusivement sous-marine, que les vertébrés ont commencé à dépasser les deux-trois mètres de long, avec en particulier le dunkleosteus et sa terrible mâchoire.

Il s'agit en effet d'un illustre représentant des placodermes, une des premières branches des gnathostomes, la grande famille des animaux capables de mordre. Ces gnathostomes se sont assez vite divisés entre les animaux ayant développé un squelette osseux, comme nous, et ceux qui n'ont conservé que du cartilage, comme les requins. Les placodermes semblent plutôt de notre côté, même si leur classement exact a été assez délicat.

Au fait, si vous voulez jeter un œil à l'article : https://fadrienn.irlnc.org/articles/sciences/animaux_massifs/

3/20 Et donc, lorsqu'arrive par hasard une mutation conduisant à un corps plus compact, avec une carapace moins articulée et donc plus solide, cela diminue les chances d'être mangé par un prédateur, ce qui est évidemment favorisé par la sélection naturelle. Les crustacés marins étant des espèces relativement proches, des mutations de ce type ont pu avoir lieu plusieurs fois, d'où cette convergence.

On peut cependant noter que cette forme est, de fait, moins adaptée à la nage, ce qui peut, selon le mode de vie adopté par ces bestioles, être sélectionné négativement : on connaît donc aussi un certain nombre de cas de « décarcinisation », où des animaux dont les ancêtres avaient une forme « de crabe » ont convergé vers une forme plus allongée et articulée.

Bref, il n'y a ici rien de plus impressionnant que ce dont on a déjà parlé la semaine dernière : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B4DfmoyJw3IcrcEYqG

2/20 Il s'agit du fait, pour une branche de crustacés, d'évoluer vers une forme proche de celle du crabe, ce qui s'est produit un certain nombre de fois de façon indépendante au cours de l'histoire de ces arthropodes. Mais, si le terme a connu une certaine notoriété, le phénomène n'a rien de spécialement exceptionnel.

Le truc est simplement que les autres crustacés marins, comme les homards ou les langoustes, ont souvent des formes adaptées pour la nage, avec une queue articulée plutôt allongée permettant de se propulser dans l'eau. Or, ces articulations rendent la coquille plus fragile, et la forme allongée du corps donne une certaine surface d'attaque aux prédateurs.
Photo sous-marine, trouvée sur la page Wikipédia qui leur est consacrée, d'un homard, en l'occurrence européen, vu du dessus en train de marcher sur des rochers couverts d'algues. On voit bien sa forme beaucoup plus allongée que celle d'un crabe, avec plusieurs articulations au niveau de la queue permettant de la replier.

Et voici donc venue l'heure d'un nouveau #Vulgadredi, qui sera, comme annoncé la semaine dernière, sur un thème assez… aquatique. Dans cette balade dans le passé de la Terre qui nous a occupé ces derniers #VendrediVulga, nous avons en effet à plusieurs reprises mis l'accent sur la terre ferme, mais il y avait quelques trucs intéressants à voir dans l'eau, aussi, donc ça mérite bien seize pouets… et même un peu plus, disons vingt.

Les notions qu'on a abordé dans les threads précédents nous seront bien utiles ici. Notamment celui de la convergence évolutive. D'ailleurs, si on va surtout parler de vertébrés dans la suite, commençons par dire un mot un sujet assez populaire : celui de la carcinisation.
Photo d'un Crabe royal du Kamtchatka qui, comme son nom commun ne l'indique pas, n'est pas un crabe au sens strict (ou brachyura), mais un lithodidae, membre d'une famille de crustacés proches des Bernard l'ermite ayant évolué vers une forme rappelant beaucoup celle du crabe (la photo vient de la page Wikipédia dédiée à cette famille). On voit ici l'animal de face, au fond de l'eau, en train de marcher sur des rochers.

Alors comme promis, je vais vous raconter le problème que semble avoir résolu Joseph Dorfer dans cet article récent

https://arxiv.org/abs/2602.22874

À noter que j'écris "semble" car l'article est très récent et donc pas encore publié dans une revue où il aurait été relu par d'autres chercheurs ou chercheuses et que sur un résultat de cette ampleur, on reste toujours prudent. Mais je n'ai aucun doute sur le sérieux de l'article

Macron devrait inaugurer une nouvelle salle de concert.

Au moins, ce ne serait pas ridicule de l'appeler France Gall.

C'est rigolo, y'a des logiciels open source, pendant longtemps c'était super dur de commencer à contribuer, parce que la structure du code étaient pas vraiment expliqué et y fallait juste se jeter dedans, et en étant débutant, c'est un poil intimidant.

Maintenant, y'a des projets, avec un joli fichier AGENTS.md écrit en langage naturel, pour expliquer à une machine la structure du code et les trucs importants à avoir en tête.

C'était donc tout à fait possible de le faire, mais maintenant que ce n'est pas pour d'autres humains, c'est vu comme suffisamment important pour le faire. 🙃

@John_Livingston « France Naufrage », quelque part, ça aurait de la gueule.

@MaskBlocParis Vous en avez beaucoup à quel point ? Parce que bon, moi il va falloir que j'en rachète, mais j'ai environ les moyens de me les payer et je ne suis pas du tout sur Paris, donc je ne suis probablement pas prioritaire pour vous, 'vaut sans doute mieux que ça serve à d'autre.

@gugux Beh je l'ai remarqué aujourd'hui. Sinon, j'aurais pris mon temps pour rentrer, sachant que de toute façon c'était mort ^^"

@gugux Ils ont un panneau qu'ils posent au milieu de l'espace de ventes et qui indique ça.

Mais aucune mention sur les horaires de l'espace de ventes affichées à la porte de celui-ci.

@gugux Le prochain était pour une heure et demie plus tard. Puis même s'il avait été plus proche, de toute façon il n'y avait personne autour pour vouloir un billet pour monter dedans.

Autant que sur la dernière demi-heure on donne la priorité aux gens qui partent bientôt, je comprends tout à fait. Autant qu'on refuse de prendre en compte les autres quand il n'y a personne…

@dlb @Looping Je ne sais pas comment ils se sont débrouillés par chez toi, mais les bulletins que j'ai reçu avec les profession de foi sont en tout cas visuellement indifférenciables des bulletins trouvés sur place, et pendant le dépouillement, on ne prends pas le temps de faire des analyses spécialement détaillées, si ça ressemble au bulletin habituel et qu'il n'y a rien d'écrit dessus, on valide.

(Par contre, dimanche dernier, quelqu'un chez moi a tenté de voter avec une profession de foi, ça c'est un nul. Il y a même une case spécialement prévue pour ce cas-là sur les fiches de comptage.)

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