Epaminondas

Message 1, par Elzen

§ Posté le 26/11/2006 à 17h 11m 25

L'histoire que je vais vous raconter se passe très loin d'ici, en Afrique, là où le soleil brille toute l'année, où les hommes vivent dans des maisons de terre aux toits depailles, et où l'herbe pousse si haut que les petits enfants peuvent se cacher dedans. C'est l'histoire d'un petit garçon que sa mère avait nommé Epaminondas, du nom d'un célèbre général grec qui vivait il y a très longtemps.

Epaminondas était un très beau petit garçon, qui adorait sa mère et que sa mère adorait, et qui allait régulièrement rendre visite à sa marraine qui habitait dans le village voisin.


Un jour, alors qu'il allait repartir de chez elle, sa marraine voulut lui offrir un cadeau.

« Voilà un beau gâteau que j'ai fait aujourd'hui, et que tu vas ramener chez toi.

– Merci Marraine Ba ! Je vais le mettre dans mon sac !

– Ce n'est pas une bonne idée, Epaminondas. Pendant que tu rentreras chez toi, ton sac va surement beaucoup bouger, et le gâteau va s'abimer. Il vaut mieux que tu le tiennes bien serré dans ta main.

– D'accord, Marraine Ba, je ferais comme tu m'as dit. »

Et Epaminondas rentra chez lui en tenant, comme sa marraine le lui avait dit, le gâteau dans sa main, et en le serrant de toutes ses forces. Mais ces doigts creusèrent des trous dans le gâteau, la crème coula sur ses doigts, et tout au long du chemin, des morceaux et des miettes de gâteaux tombaient au sol.

Lorsqu'il arriva chez lui, le beau gâteau tout doré n'était plus qu'une bouillie brune, et les mains d'Epaminondas étaient toutes sales. Et lorsqu'il tendit le gâteau à sa mère, celle-ci s'écrilla en écarquillant les yeux

« Epaminondas, que m'apportes-tu là ?

– C'est un bon gâteau que Marraine Ba m'a offert !

– Epaminondas, Epaminondas ! Qu'as-tu fait du bon sens que je t'avais donné à ta naissance ? Pour bien porter un gâteau, tu dois l'envelopper dans du papier fin, le mettre dans ton chapeau, et poser le chapeau sur ta tête. Tu as bien compris ?

– Oui maman. »


Epaminondas retourna peu après chez sa marraine. Ce jour-là, il faisait chaud, très chaud, si chaud que les feuilles du Baobab pendaient tristement, et que les gens restaient bien à l'ombre de leurs maisons.

Lorsqu'Epaminondas raconta à Marraine Ba ce qu'était devenu le gâteau, celle-ci lui répondit que ce n'était pas grave, et qu'elle avait un autre cadeau pour sa mère et pour lui. Et lorsqu'Epaminondas repartit chez lui, elle lui offrit un gros morceau de beurre bien frai.

« Fais-y bien attention pendant le voyage, Epaminondas !

– Ne t'inquiète pas, Marraine Ba, j'y ferais très attention ! »

Et Epaminondas fit ce que sa mère lui avait conseillé pour le gâteau. Une fois sortit du village, à l'ombre d'un Baobab, il enveloppa soigneusement le beurre dans du papier fin qu'il avait emporté, déposa délicatement le papier dans son chapeau, et posa son chapeau sur sa tête. Puis il partit en courant en direction de sa maison.

Mais il faisait si chaud, ce jour-là, que le beurre se mit à fondre et dégoulina du ppier et du chapeau. Lorsqu'Epaminondas arriva jusque chez lui, il était tout couvert de beurre fondu. En le voyant arriver, sa mère écarquilla les yeux et s'écria

« Epaminondas ! Que m'apportes-tu là ?

— Un gros morceau de beurre bien frai que m'a donné Marraine Ba !

— Epaminondas, Epaminondas ! Qu'as-tu fait du bon sens que je t'avais donné à ta naissance ? Pour transporter un morceau de beurre, tu dois l'envelopper dans de larges feuilles fraiches et, tout au long du chemin, le tremper souvent dans l'eau de la rivière, pour qu'il refroidisse et n'ai pas le temps de fondre. Tu as bien compris ?

— Oui maman. »


Lorsqu'Epaminondas retourna chez sa marraine, il pleuvait tellement fort que la terre du chemin s'était transformée en torrent de boue.

Cette fois-ci, Marraine Ba avait voulu faire un beau cadeau à Epaminondas, et lui offrit yb petit chien blanc, très beau et très gentil, qui sauta dans les bras du petit garçon et lui donna un grand coup de langue.

« Merci, merci, cent fois merci, Marraine Ba !

– Surtout, tu feras bien attention à ne pas le fatiguer pendant le voyage du retour, Epaminondas.

— Sois tranquille, Marraine Ba, j'y ferais très attention ! »

Et lorsqu'Epaminondas rentra chez lui, il fit ce que sa mère lui avait conseillé à propos du morceau de beurre. Il cueillit de grandes feuilles d'arbre, y enveloppa délicatement le petit chien, attacha le paquet avec des lianes, et le laissa plusieurs fois et longtemps tremper dans l'eau de la rivière, si bien que le petit chien but plusieurs fois la tasse et prit froid à cause de son poil qui n'arrivait pas à sécher. Et lorsqu'Epaminondas tendit le petit chien bien mal en point à sa mère, celle-ci s'écria en écarquillant les yeux

« Epaminondas, que m'apportes-tu là ?

– C'est un petit chien que m'a donné Marraine Ba !

– Epaminondas, Epaminondas ! Qu'as-tu fait du bon sens que je t'avais donné à ta naissance ? Ce n'est pas ainsi que l'on transporte un animal ! Pour bien emmener un petit chien, tu le poses à terre, tu prend une longue corde que tu attaches d'un bout à son cou, et tu tiens l'autre bout pour le laisser courir lui aussi. Tu m'as bien compris ?

– Oui maman. »


La fois suivante, Alors qu'Epaminondas rendait visite à sa marraine, le vent soufflait fort sur la plaine, et le petit garçon était couvert de poussière. Pour ne pas salir la maison de Marraine Ba, il alla au puit et se versa un grand seau d'eau sur la tête. Marraine Ba était très contente, et lorsqu'il repartit, elle lui offrit une belle galette de pain tout doré et tout chaud, qui venait de finir de cuire.

« Fais-y bien attention, Epaminondas !

– Ne t'en fais pas, Marraine Ba ! »

Et lorsqu'il sortit du village, Epaminondas posa la galette de pain par terre, et comme sa mère le lui avait dit pour le petit chien, il prit une liane qu'il attacha autour du pain. Puis, tenant l'autre bout de la liane, il courut vers sa maison. Et les galettes, trainant dans la poussière, se fendillèrent, s'émiéttèrent et se salirent. Et lorsqu'il les tendit à sa mère, celle-ci écarquilla les yeux et s'écria

« Epaminondas, que m'apportes-tu là ?

– Du bon pain tout doré que ma donné Marraine Ba.

– Epaminondas, Epaminondas ! Tu n'as aucun bon sens et tu n'en auras jamais ! Il va falloir que j'aille parler à Marraine Ba, mais toi, tu ne viendras pas avec moi ! Tu vas rester ici, et tu n'en sortiras pas !

– Oui maman… »


La mère d'Epaminondas partit bientôt chez Marraine Ba comme elle l'avait annoncé. Mais elle était un peu moins fâchée et accepta qu'Epaminondas puisse sortir dans le village jouer avec le petit chien blanc pendant qu'elle serait absente. Avant de partir, toutefois, elle sortit du four six pâtés qu'elle venait de cuire.

« Je les dépose juste devant la porte pour qu'ils puissent refroidir. Aussi, tu feras bien attention en passant dessus, quand tu sortiras, d'accord ?

– Oui maman. »

Et lorsqu'Epaminondas sortit de la maison, il se dit « Je vais être très obéissant et faire très attention en passant sur les pâtés. » Et avec une extrême attention, Epaminondas sortit de la maison en posant fermement un pied, puis l'autre, sur chaque pâté.



Le soir venu, alors que le soleil disparaissait derrière l'Horizon, Epaminondas alla trouver le Sorcier qui méditait au pied du Baobab.

« Que veux-tu donc, mon garçon ?

– Je voudrais savoir pourquoi, alors que je suis toujours très obéissant, je me fais toujours gronder par ma maman. »

Et Epaminondas raconta toute l'histoire au sorcier. Aussitôt, celui-ci se mit à rire, et tapota la tête du garçon du bout de son bâton.

« Qu'as-tu donc là-dedans, Epaminondas ? A quoi te servent tes yeux, si tu ne sais pas utiliser ton bon sens ? »

Et comme Epaminondas le regardait stupéfait, le sorcier ajouta « Ne cherche donc plus à obéir sans réfléchir : C'est à chacun de trouver comment il doit agir. Maintenant, va en paix, le coeur tranquille, et l'esprit éveillé. »

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