Décade et décénie

Message 1, par Elzen

§ Posté le 28/12/2006 à 23h 10m 18

L'histoire que je vais vous conter maintenant est celle d'une Princesse aussi belle qu'intelligente, mais qui, au désespoir de son peuple et de ses parents, semblait s'intéresser bien davantage à ses livres qu'à la gent masculine. Rien ne semblait pouvoir la distraire de son envie de s'instruire, et surtout pas l'idée d'un mariage.


Son père le Roi, cependant, ne cessait de lui rappeler qu'il commençait à vieillir et qu'il souhaitait ardemment pouvoir faire sauter ses petits enfants sur ses genoux avant que l'âge de le démette de son trône, et comment la Princesse pourrait-elle donner naissance à un enfant dont elle ne daignait pas choisir le père ? Il ajoutait également que le Royaume devrait revenir un jour à cet enfant, et que, si la Princesse ne se mariait jamais, leur lignée s'arrêterait après elle, et le Royaume entier, faute de souverain, disparaitrait.

Au bout de longues discussions, la Princesse, enfin, consenti, plus par affection pour son père que par réel intérêt, à envisager une union. Oui mais, dit-elle, à condition que celui qui deviendrait son époux soit un homme capable de la comprendre et de comprendre ses gouts et ses attentes. On fit savoir par tout le pays, et bien même au delà, que la Princesse recherchait enfin un époux, et aussitôt, tous les grands Princes et les grands Seigneurs du voisinage se présentèrent au Palais pour tenter de séduire la belle.


Il arrive quelques fois qu'une idée qui ne rentre dans l'esprit qu'à reculons finisse tout de même par s'y installer et ne plus vouloir en partir, et c'est ce qui se produisit alors : Lorsque la Princesse vit la très longue liste de ses soupirants, elle se prit à espérer de tout son coeur qu'il s'y trouve un homme qu'elle pourrait aimer et qui l'aimerait autant en retour. Mais comment le reconnaitre parmi tous ces inconnus ? Après quelques temps de réflexion, elle trouva ce qui lui semblait être la meilleure des solutions. Elle n'aurait qu'à leur poser, à tous, une question. Une seule. Mais qui la renseignerait autant sur l'étendue de leur savoir que sur leur caractère. Et elle avait précisément en tête la question adéquate.


Le jour de l'Audience, la Princesse, accompagnée de son père, reçut ses soupirants un par un, et leur posa à tous cette même question : « Quelle différence existe-t-il entre Décade et Décennie ? »


Le premier d'entre eux, fils d'un grand Duc qui n'avait jamais connu l'échec et ne doutait pas un instant de l'idée que tous ses rivaux s'étaient déplacés en vain, paru choqué en entendait la question. « Est-ce là tout ce que vous avez à me demander, Princesse ? Une question à laquelle n'importe lequel de mes serfs serait en mesure de répondre ! Je vous prie, Princesse, si vous désirez m'éprouver, de trouver une question qui soit plus à la hauteur de mes talents ! » Il va sans dire que la Princesse le trouva vraiment trop prétentieux, et le congédia sur le champ.


Le suivant était un prince étranger, habitué depuis longtemps aux arts de la diplomatie, et qui avait pour habitude de garder son éloquence en toute circonstance. Lorsqu'il eut entendu la question que l'on lui posait, il se redressait, un sourire flatteur aux lèvres, et déclara « C'est là, Princesse, une question des plus intéressantes, et je vous rend grâce de me l'avoir posé. On peut dire, vous savez, tant de choses sur le sujet, et c'est avec grand plaisir que j'y répondrais du mieux que je le pourrais. Voyez-vous… » Mais il continua ainsi, tournant autour du sujet sans jamais donner de véritable réponse, jusqu'à ce que la Princesse, le trouvant trop bavard, ne le congédia à son tour.


Et c'est ainsi que tous les soupirants, un par un, furent questionnés, et qu'aucun ne donna de réponse qui satisfasse la Princesse, ni d'ailleurs de réponse qui en soit vraiment une. Elle les congédia un par un, si bien qu'il ne resta bientôt plus auprès d'elle que son père le Roi, et le jeune Valet qu'elle avait choisi pour accueillir et renvoyer tous les princes, parce qu'ils avaient grandis ensemble et qu'il était celui qui l'accompagnait le plus souvent dans lorsqu'elle se plongeait dans ses livres.

La Princesse commençait à désespérer de trouver jamais un homme qui lui conviendrait et le Roi, triste du chagrin de sa fille et pour détendre l'atmosphère, demanda sur le ton de la plaisanterie au Valet s'il connaissait, lui, la différence existant entre Décade et Décennie. Le Valet, alors, s'inclina devant le Roi, puis devant la Princesse, et déclara simplement : « Dix jours, dix ans. Qu'importe le temps ? Mon Amour attend. »

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