En réponse à une tribune concernant le mariage pour tous

Lettre ouverte au maire du 8e arrondissement de Paris

Message 1, par Elzen

§ Posté le 04/10/2012 à 10h 12m 10

J'ai pris connaissance hier d'une tribune publiée par le maire du 8e arrondissement de Paris relative à la reconnaissance par l'état du mariage de couples homosexuels, tribune à laquelle il m'a semblé important d'apporter une réponse. Ledit élu ayant indiqué son adresse électronique à la fin de cette tribune, j'ai donc entrepris de rédiger un mail, que je viens de lui envoyer. Puisque son message d'origine avait été rendu public, et que ce sujet me semble important, je vous fais part également de ma réponse.


Monsieur le maire,


je viens de prendre connaissance de votre tribune rédigée le cinq septembre dernier et parue dans votre journal local, et j'y relève quelques points sur lesquels il me semble important de revenir avec vous.



Tout d'abord, vous indiquez que « la reproduction est une constante du règne animal depuis des millions d'années ». Sans employer autant d'emphase sur le temps écoulé, il convient effectivement de noter que la reproduction sexuée est le mode de reproduction principal utilisé par les métazoaires.

Cependant, le terme de « constante » tendrait à laisser entendre qu'il s'agit de l'unique moyen de reproduction utilisé, ce qui serait inexact (un certain nombre d'espèces employant également, parfois majoritairement, la reproduction par parthénogénèse(1)).


Vous supposez ensuite un lien de causalité entre le mode de reproduction et la ritualisation du mariage. Ce lien semble, au minimum, douteux : le mariage, tel que défini dans la Loi Française(2), est un engagement mutuel des époux entre eux et envers la société, associé à une reconnaissance, par la société, de l'engagement liant ces époux.

Il n'est nullement fait mention de reproduction dans cette définition. Certes, il s'agit d'un élément important dans certaines formes traditionnelles du mariage, où une union peut être rompue pour des raisons d'infertilité, cependant cette notion est loin d'être unanime, et n'est en tout cas pas celle reconnue par le législateur dans notre pays.


Par ailleurs, il convient de noter que la reproduction sexuée n'implique pas nécessairement, dans le monde animal, de différenciation sexuelle entre mâles et femelles : un certain nombre d'espèces sont ainsi hermaphrodites(1).

En conséquence, quand bien même la reproduction serait un élément essentiel du mariage, un recours à l'ensemble du taxon Metazoa ne conviendrait pas à justifier l'exigence d'un mariage purement hétérosexuel, qui serait ici un aspect propre à notre espèce.


En filigrane, on devine également dans cet argument une association supposée entre reproduction et sexualité, qui ne serait elle-même pas représentative. Il convient de rappeler que, dans notre espèce comme dans quelques autres, sexualité et reproduction sont deux notions disjointes. Il convient également de préciser que l'homosexualité est loin d'être une spécificité humaine(3).



L'« universalité » que vous évoquez en ce qui concerne l'interdit (il ne s'agit pas ici d'un tabou, ce mot concernant l'interdiction d'évoquer le sujet envisagé et non pas l'interdiction du sujet lui-même) du mariage homosexuel est elle-même discutable, puisque celui-ci est officiellement reconnu dans plusieurs pays à notre époque, et l'a également été dans plusieurs des sociétés qui nous ont précédés(4).


En revanche, je ne comprends pas ce que vous évoquez par la notion de « ritualisation pré-humaine du mariage ». S'il existe effectivement, dans la nature, de nombreuses formes de ritualisations des rapports amoureux, le terme de « mariage » désigne précisément l'une de celles de ces formes à être pratiquées spécifiquement par l'espèce humaine.

La « ritualisation du mariage » est donc un pléonasme, le mariage étant lui-même une ritualisation ; et la notion de mariage non-humain serait au minimum à définir clairement.


L'usage du terme « pré-humain » est lui-même sujet à caution, au vu du contexte : il pourrait laisser entendre, compte tenu du recours précédent à l'ensemble du taxon Metazoa, une vision orientée de l'évolution dans laquelle l'humain serait une sorte d'aboutissement.

Or, comme vous le savez, une telle orientation ne serait pas représentative de la réalité de l'évolution : des pratiques découvertes chez les espèces non-humaines actuelles ne sauraient par exemple être qualifiées de « pré-humaines », puisque lesdites espèces ne précèdent en aucune sorte l'humain.



Passons maintenant aux autres tabous et interdits que vous évoquez.


La question, tout d'abord, de savoir comment s'opposer à la polygamie est une question indépendante qui – désolé d'enfoncer ainsi des portes ouvertes – ne se pose que pour les personnes souhaitant s'y opposer.

Les problématiques relatives à la polygamie et celles relatives aux mariages homosexuels sont, me semble-t-il, distinctes, et je ne vois donc pas le lien de causalité entre le rejet de l'une et l'acceptation de l'autre.

Comme vous l'avez dit, la polygamie n'est interdite que dans certaines sociétés(5) : il me semble donc naturel que cette question, puisque ne faisant pas l'unanimité, soit elle-même l'objet de débats démocratiques.


En ce qui concerne la pédophilie et, ce qui m'y semble lié, la définition de l'âge légal du mariage, le rapprochement que vous faites avec la question du mariage homosexuel, s'il n'y avait l'assurance de votre part de ne pas porter de jugements « sur la sexualité des uns et des autres », pourrait ressembler à une sorte d'attaque de l'homosexualité, par une analogie douteuse.

Il existe pourtant des raisons fondamentales pour lesquelles l'âge limite du mariage a été ainsi fixé dans nos lois, et pour lesquelles la pédophilie y est interdite : ces raisons sont celles relatives à la protection de l'enfance, et l'autorisation ou non du mariage homosexuel n'a simplement aucune influence sur ces raisons fondamentales.


Au sujet des mariages consanguins et de l'inceste, il convient en premier lieu de noter que les deux notions vont de paire : l'inceste, au sens du dictionnaire, est précisément défini comme une relation sexuelle entre personnes parentes à un degré auquel le mariage est interdit. Si l'on autorise les mariages consanguins, la notion d'inceste disparaît donc.

Par ailleurs, je vous rappelle que l'inceste, à ce même sens, n'est présentement pas interdit en France, ni d'ailleurs dans plusieurs de nos pays voisins(6). Le terme d'inceste a été introduit dans le code civil par la loi du 26 Janvier 2010(7), mais avec une notion plus restreinte en faisant un cas particulier de la pédophilie ; l'opposition à ce sens restreint de l'inceste se fait donc principalement pour les mêmes raisons, à savoir, comme évoqué ci-dessus, les principes de protection de l'enfance.

De plus, vous indiquez que l'inceste serait monnaie courante dans le monde : j'aimerais connaître vos sources à ce sujet. En effet, il semble au contraire que le tabou(8) de l'inceste soit plus répandu dans le monde(9) que ne l'est la limitation du mariage aux couples hétérosexuels.



Votre conclusion me semble enfin contredire l'annonce que vous faisiez au début du texte de ne pas juger la sexualité de chacun : en parlant de « dérives », de « spectacle mortel » et de « n'importe qui/quoi », vous semblez ici exprimer très clairement un avis défavorable non seulement sur l'autorisation du mariage homosexuel, mais sur les pratiques homosexuelles elles-mêmes.


Par ailleurs, quoique vous n'évoquiez pas à proprement parler de raisons religieuses dans votre texte, ce qui peut effectivement sembler conforme au fait que vous revendiquiez ne pas être motivé par vos convictions confessionnelles, les arguments que vous mettez en avant semblent bien relever de convictions intimes et personnelles d'une nature proche.


Pour conclure, je dirai simplement que c'est, me semble-t-il, précisément les oppositions ainsi exprimées qui focalisent l'attention sur la mesure concernée, en détournant l'attention d'autres problèmes. Je n'ai cependant aucun doute sur le fait que les Français sauront, quoi qu'il en soit, conserver leur attention sur les autres sujets que vous évoquez, qui, pour nombre d'entre eux, touchent plus directement leur quotidien.



En espérant avoir attiré votre attention sur les quelques points de votre tribune qui peuvent sembler sujets à caution, je vous prie d'agréer, monsieur le maire, l'assurance de mes salutations respectueuses, ainsi que de mon soutient pour la charge de représentant que vos concitoyens vous ont confiée.



Modifié le 25/01/2013 à 11h 46m 28

Mise à jour :

Je signale au passage à celles et ceux qui utilisent mon script ajoutant des « liens utiles » sur le côté que cet article contient désormais des références vers quelques autres articles traitant de la question, dont je vous recommande vivement la lecture.

J'en profite également pour remercier, ce que j'avais oublié de faire lors de la publication de cet article, Biaise, qui m'a donné le lien vers la tribune en question, et Héliade et Crocoii, qui m'ont aidé à trouver certaines des références citées dans les notes.

Message 2, par Mezaudren

§ Posté le 03/11/2013 à 17h 35m 53

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