Réaction à chaud

Message 1, par Elzen

§ Posté le 07/01/2015 à 16h 49m 30

Une fois n'est pas coutume, je vais vous livrer mes réactions immédiates à l'annonce d'un fait divers. Je ne pense pas avoir besoin de fournir de lien, la nouvelle vous sera vraisemblablement parvenue par un autre canal d'information avant que vous ne parveniez sur mon blog : une fusillade vient d'avoir lieu au siège de Charlie Hebdo, et selon les premières informations dont je dispose, plusieurs « grands noms » du journal ont été blessés ou tués.


En premier lieu, je présente bien évidemment mes condoléances aux proches des victimes. La perte d'une personne que l'on connaissait est quelque chose dont on préférerait qu'elle n'arrive jamais, surtout dans ces circonstances.

Mes condoléances également aux lecteurs et lectrices du journal, qui, s'iels ne connaissaient pas personnellement les disparus, on toutefois perdu des personnes qui comptaient pour elles.

La douleur, pour les personnes ainsi engagées émotionnellement, mérite assurément notre soutien.


En ce qui me concerne, toutefois, n'étant ni lecteur du journal, ni proche des victimes, je ne suis pas engagé émotionnellement, et ce fait divers m'apparaît aussi triste que les trop nombreux autres exemples de morts violentes.

Que celui-ci se produise plus ou moins près de chez nous ne doit en effet pas nous faire oublier que des incidents de ce genre se produisent fréquemment partout dans le monde.

Je sais déjà que la mort de ces gens fera les gros titres des prochains journaux, et que nous en entendront parler longuement dans les jours à venir : il me semble nécessaire de dire également un mot pour tous ces gens dont la vie était tout aussi importante, dont la mort était tout aussi atroce, mais qui n'ont pas eu les grâces de la fureur médiatique.


Je voudrais également soutenir nos libertés, et particulièrement notre liberté d'expression. Pour ce qui vient de se passer, mais aussi et surtout pour ce qui va arriver désormais.

Charlie Hebdo recherchait des effets de provocation, se montrait souvent aussi irrévérencieux que possible. Personne ne devrait avoir à mourir pour cela, et qu'ils aient été attaqué, plusieurs fois, parce que leurs propos caricaturaient, est parfaitement honteux, et sera, je l'espère, justement condamné.

Mais pour autant, ce qui vient de leur arriver ne doit pas légitimer tout et n'importe quoi. Je pressens que ceux qui n'étaient pas d'accord avec Charlie Hebdo – sur le fond ou sur la forme – et qui trouveront le courage de le dire dans les jours à venir seront aussitôt accusés de soutenir ce qui vient de leur arriver. Ce qui n'est pas davantage acceptable.

Aussi, répétons-le : condamner ce qui vient d'arriver ne doit obliger en rien à prendre fait et cause pour les positions développées par le journal.


Car celles-ci, pour ce que j'en sais, étaient critiquables sur plusieurs aspects. En particulier une stigmatisation assez prononcée de l'Islam, que je pressens être une autre victime de ce qui vient de se passer.

Le message relayé par Charlie Hebdo contribuait à entretenir un climat d'islamophobie dans notre pays ; l'aura de martyr qui vient de leur être associée risque fort d'accroître encore cela.

Or, l'Islam n'y est pour rien. De nombreuses personnes, dans de nombreux pays, pratiquent cette religion sans tuer qui que ce soit, et ne doivent pas être désignés en coupables. Qui que soient les responsables de cette tuerie, qu'ils soient ou non musulmans, ce n'est pas leur religion qu'il faut accuser.


Mais avant tout, j'ai peur pour toutes nos libertés. Nos parlements venaient déjà de voter une loi les remettant fortement en cause, sous prétexte de lutte contre le terrorisme et pour des résultats dont nous savons déjà qu'ils seront au mieux nuls.

Ce qui vient de se passer risque fort de leur permettre de faire pire encore, l'indignation soulevée par de tels événements conduisant généralement à accepter des mesures ne faisant que renforcer le problème. Nous devons y être particulièrement vigilants.


Ce qui vient de se passer est terrible, et la douleur des personnes directement ou indirectement concernées se doit d'être respectée ; mais pour autant, il va falloir se préoccuper de ce qui va se passer ensuite.

Message 2, par PPdM

§ Posté le 07/01/2015 à 19h 43m 13

Salut encore une fois confondre critique de la religion musulmane et islamophobie est un raccourci un peu rapide.

Perso je trouve que toute les religions sont néfastes, et l'islam porte ne son sein ce que portait le christianisme du XVeme siècle, vouloir gérer la politique par la religion cela s'appelle islamisme c'est parait il un devoir pour certains et tant que l'on confondra un musulman, qui généralement n’emmerde personne, du moins pas ceux que je côtoie tout les jours, et un islamiste, qui lui a une vue politique exclusive de la religion, pour qui l'islam doit s’imposer a tout et a tous et pour les plus radicaux y compris par la violence, vous ne comprendrez rien au problème que cela pose.

Il faudrait que tout les "mécréants" écoutent un peu plus les véritables savants de l'islam, cela éviterait de lire bien de bêtises a ce sujet.

On peut être contre l'islamisme sans être islamophobe, l'islamisme est la partie politique de la religion, et c'est un fascisme de la pire espèce et il doit être combattu sans pitié.

Ce que veulent ces islamistes c'est semer la terreur, transformer chaque personne un peu basanée et musulman en victime potentielle de ratonnade, je suis assez vieux pour me rappeler les problèmes de la guerre d’Algérie et ses ratonnades, eux aimeraient, j’espère juste que les français resteront suffisamment raisonnables pour que l'on ne revive pas ces horreurs.

Message 3, par pololasi

§ Posté le 07/01/2015 à 21h 23m 09

Permets moi de ne pas être d'accord avec toi et de citer ce que Salman Rushdie (immense écrivain) a dit aujourd'hui :


La religion, une forme médiévale de déraison, quand on la combine à des armes modernes, devient une menace réelle à nos libertés. Ce totalitarisme religieux a causé une mutation fatale au cœur de l’Islam et on en voit les conséquences tragiques à Paris aujourd’hui. Je me tiens aux cotés de Charlie Hebdo, comme nous devrions tous le faire, pour défendre l’art de la satire, qui a toujours été une force de liberté, contre la tyrannie, la malhonnêteté et la stupidité. « Le respect des religions » est la nouvelle façon de dire « peur de la religion ». La religion, comme toutes les autres idéologies, doit être l’objet de critique, de satire, et oui, l’objet de manque de respect, sans peur au ventre.


C'est triste mais les fachos doivent jubiler : des gauchos tués par des fanatiques musulmans c'est du pain bénit pour eux.


c

Message 4, par Elzen

§ Posté le 07/01/2015 à 22h 31m 34

Je pense quant à moi que vos réactions illustrent parfaitement une partie de ce que j'essayais de décrire ci-dessus.


Pour clarifier un peu, au cas où mon propos aurait été mal perçu : il est un fait que les propos de Charlie Hebdo étaient plus que de simples critiques des religions. Ils ont contribué à entretenir l'islamopĥobie ambiante. Mais ceci est un point tout à fait mineur.

Ce qui est grave, pour cette liberté d'expression dont ils sont devenus les martyrs, est que leurs paroles, au motif qu'ils ont subi cette tragique attaque, deviennent parole d'évangile, et qu'il ne soit plus possible que d'être entièrement d'accord avec eux ou des monstres dignes de ceux qui les ont tué.

Dans cet article, j'ai simplement rappelé qu'il était possible de ne pas être d'accord avec eux. J'ai voulu bien faire en citant pour une fois un exemple, et quel en est le résultat ? Deux commentaires ne parlant que de cet exemple, en oubliant totalement tout le reste du propos, autrement plus important.


Salman Rushdie a certes dit des trucs intéressants (et d'autres moins), mais ça n'a juste fichtrement rien à voir avec mon propos, qui est de pointer quels effets nous risquons de voir venir en conséquence de ce qui s'est passé.

Retirez le reproche d'islamophobie, et mon texte restera exactement le même. Alors si ce point est réellement le seul sur lequel vous parvenez à vous focaliser, c'est que la situation est encore plus grave que ce que j'imaginais.

Message 5, par pololasi

§ Posté le 08/01/2015 à 11h 03m 57

Elzen j'avais bien lu le reste de ton article, je ne suis plus lecteur de Charlie Hebdo depuis un moment, et je ne suis pas d’accord avec toute leur ligne éditoriale, de là à les qualifier d'islamophobes je ne suis pas sur.

J'ai apprécié ce que tu as posté et c'est justement pour cela que je me permets de parler de ce point de divergence entre nous. J 'adhère aux propos de Rushdie hier, je pense qu'il faut pouvoir se moquer de tout même si cela dérange, même si cela me dérange. Une grande partie des dessins de Charb par exemple ne me plaisaient pas et je n'ai pas peur de le dire, mais il avait le droit a sa liberté d'expression.

Pour les effets de ce qui vient de se passer je suis très pessimiste et je crains bien que dans deux ans une femme politique qui réclame dès aujourd'hui le rétablissement de la peine de mort ne devienne la première femme présidente de la république française.

Étant un lecteur assidu de romans noirs et de fait divers depuis longtemps, je me pose la question : à qui profite le crime ? Je crois avoir quelques éléments de réponse hélas.

Je suis, enfin j'essaie de rester un individu mesuré, raisonnable et ouvert à la discussion. Je crois aux nuances, je ne crois pas à la martyrisation de Charlie Hebdo parce que ce n'est pas nuancé, je ne crois pas un monde ou il faut forcément être pour ou contre. mais je crois à la liberté d'expression au risque de ce qu'elle peut induire comme dérapages.


C'est un peu HS mais pou moi les versets sataniques de Rushdie et un des plus grands livres du XXeme siècle, pas tant pour des raisons liées a des polémiques religieuses mais parce que c'est a mon sens le plus grand raconteur d'histoire depuis Cervantes.

Message 6, par Elzen

§ Posté le 08/01/2015 à 13h 54m 49

Comme je l'ai dit, ce que dit Rushdie est globalement intéressant, mais totalement hors sujet ici. Je ne suis pas entièrement d'accord avec lui, mais pour moi, le rapport aux religions y est anecdotique (et la meilleure réponse qui me viendrait à la citation que tu as donnée est de lier cet article).


J'insiste sur le fait que l'accusation d'islamophobie, qu'on soit d'accord ou pas (personnellement, en dehors de l'article lié, auquel j'accorde néanmoins un certain poids, je connais trop peu la situation pour pouvoir avoir un véritable avis), est uniquement un exemple illustrant le fait qu'il est légitime de rappeler qu'on n'a aucune obligation d'être totalement d'accord avec eux.

Mon objectif est d'expliciter en quoi la liberté d'expression est autrement plus menacée depuis que cette tuerie a eu lieu, non pas parce qu'une bande de cinglé a tué ces gens, mais à cause de la réaction que cela provoque. La liberté d'expression ne doit pas devenir l'obligation d'être en parfait accord avec Charlie Hebdo.


À plus long terme, je crains, quand je vois ce qui se fait déjà (une seule voix contre sur toute l'Assemblée Nationale, je rappelle), que la personne qui remportera les prochaines élections présidentielles ne change finalement plus grand chose sur ce plan.

Quel que soit le gouvernement en place, les dérives sécuritaires sont malheureusement à prévoir ; et il faudra être vigilants et mobilisés à ce sujet. Comme le disait fort justement Benjamin Franklin,

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux.


Pour le reste, je ne sais pas quel a été l'effet des minutes de silence observées un peu partout aujourd'hui, mais je pense qu'un bon hommage pourrait être de remettre le son en route pour passer ceci.

Message 7, par pololasi

§ Posté le 08/01/2015 à 14h 38m 04

Ouh là je te suis pas pour Queen 😲 Mais c'est juste une question de goût.

Ni avec le billet de Denis Colombi que tu cites, mais c'est surtout parce que j'ai du mal avec la théorisation de l'humour. J'ai aussi du mal avec ceux qui ne comprennent pas que l'humour c'est rire de ce qui fait mal, de ce qui fait peur. A ce sujet je me rappelle d'une discussion sur le forum Ubuntu.fr ou j'ai lu, écrit par des gens dont j'apprécie les propos habituellement, une condamnation de l'humour desprogien. Pour moi rire c'est une pirouette, un pied de nez à la mort, au malheur, à la maladie et fondamentalement c'est ce qui m'empêche de devenir fou.

Par contre j'ai trouvé ce billet de Marcel Sel qui dit pourquoi il n'est pas Charlie et pourquoi il est important de ne pas être Charlie, d’ailleurs je ne suis pas Charlie ni toi non plus.

Mais globalement on est d'accord la liberté d'expression ce n'est pas effectivement que Charlie Hebdo et notre liberté va être mise à mal par des mesures liberticides. Par contre même si je ne me fais aucune illusion sur l'état actuel de nos libertés je crains malheureusement qu'un gouvernement d'extrême droite ne les fasse reculer plus vite et plus fort.

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