Mixité, injures et « journalisme »

Message 1, par Elzen

§ Posté le 27/04/2016 à 20h 52m 16

Petite brève.


Je viens de tomber, au hasard des forums que je fréquente, sur cet article, semblant considérer comme particulièrement atroce le fait qu'on puisse organiser des réunions entre personnes victimes d'une discrimination sans inviter les personnes qui sont avantagées par ladite discrimination.


Ayant quelques vagues connaissances sur les raisons qui rendent ce genre de rassemblements exclusifs (au sujet desquels existe une désignation, tout à fait explicite, de safe-zone) (et à ce sujet, j'en profite pour transmettre mon profond soutien aux Django Girls et autres PyLadies qui me liraient), je tique un peu.

Puisqu'il s'agit de racisme, et que la tournure de l'article – comme du post de forum qui le citait – semble tourner autour de la dénonciation d'un « racisme anti-blanc », je réagis immédiatement, citant un autre article que mon lectorat aura sans doute déjà croisé,

Peut-être serait-il opportun d'envisager le racisme dans une vision plus proche de la réalité vécue par ses victimes avant de sortir des énormités pareilles.


Exclure les personnes racisées et exclure les personnes avantagées par le racisme de la société n'a évidemment pas du tout le même impact et ne peut être mis sur un pied d'égalité que par les personnes qui soit n'ont pas la capacité à comprendre qu'elles sont avantagées par le racisme ambiant, soit refusent de considérer le fait qu'elles le soient au détriment des autres comme un problème.

Puis, je remarque que l'article en question est était ouvert à commentaires(1). Inutile, donc, de s'en tenir à une critique lointaine : je décide d'aller donner mon point de vue – c'est la magie d'Internet : quand on lit une bêtise, on peut y répondre.


Je me fends d'abord d'une petite comparaison, dont j'espérais qu'elle puisse faire comprendre l'absurdité du propos :

Suivant la même logique que celle décrite dans cet article, je proposerais bien d'interdire les rassemblements LGBT au motif de la lutte contre les discriminations liées aux préférences sexuelles.


Ou pas.

Manque de chance, l'auteur de l'article ne semble pas avoir grande connaissance du milieu LGBT, puisqu'iel estime que

Ou pas, car les "rassemblements LGBT" ne sont pas interdits aux non-LGBT. CQFD.

Bon. Je pourrais répondre à ça en expliquant que si tous les rassemblements ne sont évidemment pas interdits aux hétéros cisgenres, il existe, dans la communauté LGBT, de telles safe-zone non-mixtes, que c'est un besoin, et que c'est à elles que je pensais en l'espèce, puisqu'il n'était pas question ici d'interdire toute forme de contestation du racisme aux blancs, mais seulement d'organiser une safe-zone pour les personnes victimes du racisme.


Sauf que, je ne vais pas me lancer dans ce genre d'explications, en hors-sujet vis-à-vis de l'article d'origine. Je tente donc de changer mon fusil d'épaule en amenant l'auteur de ces lignes à réfléchir sur les notions de racisme et de mixité :

On dirait que vous connaissez trop peu les rassemblements LGBT…


Mais peut-être vous serait-il utile de consulter ces deux liens ?


http://msdreydful.wordpress.com/2013/07/25/racisme-definition-politique/


http://lmsi.net/La-non-mixite-une-necessite

Sa réponse aurait de quoi laisser sans voix :

Inutile plutôt, car aucun des deux liens ne concernent les rassemblements LGBT...

Eùh… le fait que ça ait, même sans ouvrir les liens en question, rapport avec ce qui était le sujet d'origine de sa page ne semble pas suffisamment sauter aux yeux. Je précise donc :

En effet : puisque vous semblez ne pas connaître ce milieu, j'ai jugé inutile de poursuivre le parallèle.


Ils concernent en revanche ce qui est le sujet de cet article : la mixité et le prétendu « racisme anti-blanc ».


Suite à quoi l'on reçoit la réponse suivante :

Vous (collectif) pouvez inventer tous les subterfuges rhétoriques que vous voudrez, mais interdire un camp d'été aux personnes d'une certaine couleur de peau (quelle qu'elle soit) constitue en faits et en droit une discrimination raciale. Les raci(ali)stes d'extrême inventent eux aussi des subterfuges rhétoriques pour prétendre qu'en réalité les vrais antiracistes ce seraient eux...

Analysons un peu.


Cette personne – blanche, si la photo en haut de page la représente – s'adresse donc à un « vous (collectif) » (comprenant, j'imagine, au minimum moi et les auteurs sur lesquels j'appuie mon propos – dont au moins une des deux est noire et écrit précisément sur ce sujet parce qu'il la concerne), pour expliquer manifestement qu'elle connaît mieux que « nous » les tenants et aboutissants du racisme et est capable mieux que « nous » de juger ce qui est raciste ou pas – et c'est assurément plus nos propos que les siens, bien évidemment.

Ce n'est pas sans furieusement me rappeler ces gens qui accusent les féministes de sexisme.


Expliquer à une personne noire que l'on sait mieux qu'elle ce qu'est le racisme, ça porte un nom, du moins en anglais : le whitesplaining. Ce qui me fait immédiatement penser à son pendant sexiste, le mansplaining (pour lequel a, pour le coup, été proposée la traduction « mecsplication »).

Connaissant mieux le second que le premier, et surtout ayant des liens à ce sujet sous la main, contrairement à l'autre, je réagis :

Au fait, ce lien-ci est probablement lui aussi inutile, puisqu'il porte sur le féminisme.


http://www.madmoizelle.com/mansplaining-explications-169296


…À moins que ?

Mais, ô surprise, le fait que je puisse sous-entendre que son comportement est ici très analogue à celui d'un « mecspliqueur » semble être pris comme une insulte par l'auteur du blog, puisque mon message est vite remplacé par un autre, signé d'ellui, disant

[Message insultant de Elzen supprimé - indirectement insultant car il/elle (?) n'ose pas assumer publiquement ses injures et diffamations, mais bon...]

Je réponds à ce qui relève de la médisance à mon endroit en signalant que j'assume au contraire publiquement ma position (que j'explicite comme je le fais ici) – au point d'être en train de rédiger un article de blog à ce sujet –, et que j'invite mon interlocuteurice, s'iel s'estime injurié⋅e par mes propos, à porter plainte contre moi.


Bizarrement, alors qu'ils ne relèvent que du simple droit de réponse – j'ai été explicitement mis en cause dans le message précédent –, ces messages-ci sont aussitôt effacés, sans texte explicatif(2) ni correction du message précédemment cité, et ne reste pour son lectorat que la remarque laissant entendre que j'aurais été le méchant de l'histoire.

Ce qui, en sus du reste, me semble en dire long sur l'honnêteté intellectuelle du personnage – mais, s'iel décide de venir, de son côté, exercer son propre droit de réponse, il va sans dire que je lui laisse la parole.


En attendant, je laisse à mon lectorat à moi le soin de (re)lire les liens que je propose ci-dessus, et plus particulièrement celui sur la nécessité des lieux de non-mixité (merci à pierrecastor de m'avoir transmis ce lien(3)), et se faire leur propre avis sur la question. Je me bornerai à souligner que, même si vous ne parvenez pas à comprendre en quoi les victimes d'une discrimination ont parfois besoin d'espaces de non-mixité, les accuser à ce sujet fait de vous quelqu'un de condescendant et qui contribue activement à valider un système discriminant.

Que les personnes qui s'estiment injuriées me fassent un procès.


Message 2, par Julien

§ Posté le 27/04/2016 à 22h 36m 19

Salut,


Il y a dans ce type de dénonciations − qu'elles visent les safe-zones pour personnes « racisées » comme les zones non mixtes, c'est-à-dire interdites aux hommes − ce même soucis d'user d'une définition « pure » des problèmes supposés rencontrés (racisme, sexisme…), c'est-à-dire d'une définition semblant tout droit sortie du dictionnaire, qui peut sembler parfaitement légitime, mais qui, en fait, est totalement décontextualisée.


Cette référence au dictionnaire, je ne l'évoque pas par hasard, car je la rencontre souvent parmi ceux qui défendent l'idée d'un racisme anti-blancs ou d'un sexisme anti-hommes, et qui rappellent ainsi, par exemple, que le sexisme est « simplement », selon le Larousse, une « attitude discriminatoire fondée sur le sexe » (sans autre précision).


Il me semble que le billet de ce monsieur s'appuie sur cette même démarche (bien que non explicitée), ce qui explique qu'à ses yeux, toute contestation est forcément « rhétorique » puisqu'elle vient compliquer − à ses yeux, inutilement − une définition du dictionnaire pourtant claire et ne prêtant pas à l’ambigüité.


Je rappellerais volontiers pour ma part que les dictionnaires ne sont pas sociologues. Et que s'il y a une chose que nous apprend cette discipline (je prêche pour ma paroisse, hein ;-), c'est bien le caractère relationnel des catégories de pensée (et des catégories politiques en particulier) : le racisme, c'est un mode de relation entre des groupes. Le sexisme, c'est un mode de relation entre des groupes. Des groupes qui n'ont pas les mêmes pouvoirs (économiques, symboliques, politiques…), et qui nouent des relations que ne sont pas a-historiques. Rappeler cela − et il n'y a là rien de révolutionnaire ou d'innovant… − c'est donc opposer une approche relationnelle (ou contextuelle) à une approche « absolue », ou désincarnée, des phénomènes de « racisme » ou de « sexisme ».


My 2 cents ;-)


Julien

Message 3, par Elzen

§ Posté le 28/04/2016 à 15h 21m 28

L'auteur de l'article semble ne pas souhaiter poster ici, mais a semble-t-il édité l'un de ses commentaires précédents :

Ajout après avoir parcouru la note de Elzen: le whitesplaining et le mansplaining sont en effet des concepts délirants. Heureusement qu'ont peut être contre la racisme sans être victime de racisme, contre le sexisme sans être victime de sexisme, contre la pédophilie sans être victime de pédophilie, contre la pauvreté sans être victime de pauvreté, etc. Combattre la racisme - puisque c'était le sujet de ma note de blog - en adoptant son principe fondateur (discrimination), c'est en revanche de fait faciliter sa propagation en propageant une même vision du monde racialiste.

Il semble que ton hypothèse ne soit pas fausse.


(D'ailleurs, je l'avais évoqué sur le forum, mais pas ici : l'individu en question semble confondre « racisme » et « racialisme », vu sa facilité à passer de l'un à l'autre même en cours de phrase. Rien que ça, c'est déjà révélateur d'un certain manque de culture sur le sujet)


Je dois avouer que se méprendre à ce point sur le sens de ce qu'on lit me dépasse un brin (parce que, voir dans la dénonciation du *splaining le fait d'interdire aux non-victimes de s'exprimer… j'sais pas, l'article que j'ai cité est quand même explicite à ce sujet… (d'un autre côté, il a lu « ma note », probablement pas les sources. En tout cas, vu la vitesse à laquelle il a répondu hier, il n'avait matériellement pas pu avoir lu à ce moment-là)) ; mais, je suppose que ça doit être une affaire de paradigmes…


Comme j'ai déjà dû avoir l'occasion d'en parler, déjà qu'entre quelqu'un qui voit le monde en noir et blanc et quelqu'un qui le voit en nuances de gris, ce n'est pas facile à se comprendre, alors si en plus on rajoute la couleur…

Message 4, par Elzen

§ Posté le 30/05/2017 à 14h 43m 31

Je viens par hasard de tomber sur cette chouette BD sur le concept de non-mixité. J'aurais bien aimé l'avoir eu sous la main à l'époque des faits, ça aurait peut-être aidé un peu.


D'ailleurs, si quelqu'un d'autre a des pistes utiles sur le sujet, n'hésitez pas 😊

Envoyer une réponse