Lettre (ouverte) à mon député

Message 1, par Elzen

§ Posté le 05/05/2015 à 20h 24m 58

Monsieur Bouillon,


nous sommes cantiliens tous les deux. Je fus élu au Conseil Municipal des Jeunes du temps de votre prédécesseur à la mairie ; et si je n'étais pas encore en âge de voter lorsque vous êtes devenu maire de ma ville, j'ai par la suite voté pour vous à chaque élection.

Oui, bien que vous ayez brigué votre dernier mandat de maire alors que vous veniez d'être élu député, bien que je sois par principe opposé à ce type de cumul des mandats, j'avais choisi de vous faire confiance. Confiance que j'ai cru méritée lorsque, à l'élection suivante, vous avez finalement choisi de vous concentrer sur votre mandat de député et de laisser la mairie à quelqu'un d'autre.


Vous étiez un député plutôt présent, défendant des valeurs proches des miennes. Je vous considérais comme l'une de ces trop rares personnes engagées en politique par vocation, dans le but d'être utile aux autres. Quelle cruelle désillusion vous venez de m'infliger…

Lorsque ce projet de loi s'est dessiné, lorsqu'il s'est agit de contacter nos députés pour leur faire parvenir l'avis des citoyens, c'est naturellement vers vous que je me suis tourné en premier lieu. Je vous ai envoyé plusieurs courriers électroniques, qui sont tous restés lettre morte. J'ai appelé, plusieurs fois, à votre permanence. Là encore, je n'ai souvent eu aucune réponse.

J'ai finalement réussi à communiquer avec votre attaché parlementaire aujourd'hui, mais il n'avait semble-t-il même pas eu d'informations concernant votre position sur ce sujet crucial. Je lui ai demandé de vous transmettre, une fois encore, mon message. Mais, puisque votre nom figure sur la liste des votants, je sais que vous n'en avez pas tenu compte.


Je suis informaticien de formation, bien placé pour connaître les dégâts que va provoquer cette loi sur le renseignement, et bien placé pour savoir qu'elle n'apportera aucune amélioration de quelque sorte que ce soit.

Mais il n'est pas besoin d'être informaticien pour comprendre ce qui relève de la logique de base : la vie privée est l'un des droits humains fondamentaux (Le Conseil Constitutionnel l'avait souligné en 2009, peu après votre dernière élection à la mairie, alors que vous étiez déjà député). Cette loi, de l'aveu même du ministre de l'intérieur, remet en cause le droit à la vie privée, d'une manière qui n'est contrôlée que par le pouvoir exécutif et les autorités administratives. Remettre en cause les droits fondamentaux sans intervention du pouvoir judiciaire est contraire à l'équilibre des pouvoirs, contraire à l'état de droit.

Vous venez donc, comme quatre cent trente sept autres personnes censées nous représenter, de voter contre l'état de droit.


Je sais maintenant que l'homme qui avait célébré le mariage de ma sœur vient de contribuer à enterrer sa vie privée.

J'ai mal. J'ai honte. Je n'oublierai pas. Et je pense que Canteleu n'oubliera pas non plus.


Monsieur Bouillon, vous venez de nous trahir.

Vous porterez sur vos épaules la responsabilité de ce qui arrivera par la suite. Et je peux déjà affirmer que ce fardeau sera lourd.

Envoyer une réponse