Entre adultes consentants ?

Est-ce vraiment la seule condition ?

Message 1, par Elzen

§ Posté le 06/10/2013 à 2h 14m 01

Certaines personnes ont eu à se construire malgré l'éducation qu'elles ont reçu. D'autres ont eu la chance d'avoir été élevées dans ce que je considère comme de « bonnes conditions » : de façon ouverte aux autres, avec des interdictions justifiées, et sans « couleuvres à avaler », pour reprendre l'expression de Biaise.

J'ai eu la chance d'être dans le second cas. Ma mère, par exemple, ne m'a jamais fait croire au Père Noël, à la Petite Souris, et autres personnages « pour enfants ». Elle me les a présenté, d'entrée de jeu, comme ce qu'ils sont : des inventions destinées à embellir les choses. Je crois confusément me souvenir que ça ne m'a pas empêché de les croire réels, pendant un moment ; mais au moins, apprendre la vérité n'a jamais été pour moi un traumatisme, et je n'ai jamais eu à chanter, avec l'oncle George :

On creva ma première bulle de savon

'Y a plus de cinquante ans, depuis je me morfonds,

On jeta mon père Noël en bas du toit,

Voici belle lurette, et j'en reste pantois…

(Les illusions perdues, George Brassens)


Quel rapport, me direz-vous, avec le titre de ce sujet ?

Sans doute le fait que j'ai pris l'habitude de ne pas gober la parole des autres comme parole d'évangile, mais que j'ai pris l'habitude de ne donner mon adhésion à des propos que si l'on m'expliquait sur quels fondements rationnels ils reposaient. Or, le domaine de la vie amoureuse et sexuelle, ai-je appris plus tard, est bourré de propos ne semblant, du moins pour la plupart de ceux qui les tiennent, ne reposer rationnellement sur rien.


J'ai pris conscience de la force des ancrages à ce niveau lorsque j'étais au collège. Le PACS venait d'être mis en place et, dans le cadre de mon cours d'ECJS, j'avais à faire un exposé dessus. J'ai consciencieusement fait ce travail, mais je n'ai sincèrement pas compris la réaction dégouttée, voire presque horrifiée, de la plupart de mes camarades de classe lorsque, listant les conditions permettant d'y accéder, j'ai mentionné le fait que cela pouvait concerner des frères et sœurs. Pas plus que je n'ai compris pourquoi l'enseignante s'est empressée de leur répondre que c'était pour des raisons d'héritage, ou ce genre de choses.

Je n'avais simplement jamais eu conscience, avant cet événement, du fait qu'il existait un tel interdit, ou un tel tabou, je ne savais pas trop(1), concernant l'hypothèse que des frères et sœurs puissent éventuellement avoir une relation de couple. Cette hypothèse me paraissait, je crois, peut-être un peu loufoque, mais pas suffisamment aberrante pour justifier de telles réactions.


Ne comprenant pas, j'ai naturellement, par la suite, creusé le sujet. Les premières justifications que j'ai trouvées étaient relatives aux problèmes biologiques causés par la consanguinité. Ce qui est d'ailleurs, ai-je appris plus tard, une justification assez approximative, mais je vais laisser les détails biologiques dans les notes(2) pour cette fois. Dans notre société où avoir un enfant n'est pas forcément l'objectif premier d'un couple(3), ça me ne me semblait pas en mesure de tout justifier.

J'ai finalement compris ce qui me semble être l'origine réelle de ce rejet en écoutant les explications de Marie-Lou (je crois que ce furent nos premières conversations, d'ailleurs, et le fait qu'il ait répondu a une question qui m'embêtait depuis un moment explique peut-être en partie le fait que j'aime bien discuter avec lui) : bien plus qu'une nécessité « génétique », le rejet de la consanguinité est une nécessité sociale. En effet, l'humain, « animal social », comme le désignait Aristote, a bâti ses sociétés en grande partie sur les relations qui se tissent autour des couples. Trop de relations intra-familiales, c'est la famille qui se replie sur elle-même et se ferme au reste du monde, ce qui est généralement défavorable. Encourager autant que possible que les relations de couple soient extra-familiales permet à la société dans son ensemble de vivre(4).

Ça n'explique cependant pas la puissance des réactions que j'avais observé à l'époque. Pour elles, je soupçonne fort quelque chose de l'ordre du théorème du singe : mes anciens camarades de classe, et sans doute pas mal d'autres gens sur cette planète, ont tellement intégré que « l'inceste(5), c'est mal », qu'il ne leur semble plus nécessaire de réfléchir rationnellement à la question, et que leur réaction est viscérale. Préférant parler à la Raison plutôt qu'aux émotions, j'espère sincèrement que, si vous avez lu tout ce qui précède et que vous n'avez pas encore abandonné, c'est que vous êtes en mesure de réagir plus posément qu'eux ne le faisaient à l'époque 😊


Bref, le cas de l'inceste me semble donc désormais réglé : la chose n'est pas souhaitable de manière généralisée ; mais quelques épisodes isolés ne me semblent pas particulièrement problématiques, et si je rencontrais des gens dans cette situation(6), je n'aurais personnellement pas de critique, positive ou négative, à leur formuler. Ce serait eux que ça regarderait, rien de plus.

Le problème est, à mes yeux du moins, que cette situation est loin d'être la seule qui semble déranger certains de mes semblables. Et que d'autres cas ont parfois moins de justifications.



L'exemple phare de ces derniers mois a été celui auquel j'ai déjà consacré deux articles : l'homosexualité. Longtemps considérée comme une maladie mentale par l'Organisation Mondiale de la Santé, et toujours considérée comme « pratique sexuelle à risque » par l'association gérant les dons du sang, cette orientation sexuelle semble encore suffisamment mal acceptée pour que des gens militent encore contre la reconnaissance, par la société, des couples concernés. La chose paraît d'autant moins fondé qu'il semble qu'à la base, l'hétérosexualité soit tout autant une construction. Le sujet a cependant fait couler suffisamment d'encre, restons-en là.



Intéressant également sont les cas de la polygamie(7) et des relations de groupe. Si Pierre Desproges parlait de la femme qu'on aime sur le bout des doigts, parce qu'on la connaît par cœur, forcément unique ; Georges Brassens, lui, et sans lien avec la chanson que j'ai cité en début d'article, demandait On n'a pas qu'un seul ami : pourquoi n'aurait-on qu'une seule femme ?.

Les deux avis existent, en effet, et, si certains considèrent la relation amoureuse comme nécessairement exclusive, d'autres ne voient aucun inconvénient à être engagés simultanément dans plusieurs relations de couples, ou à avoir une seule relation liant plus de deux individus. Cela semble même, si j'ai bien compris ce que l'on m'a rapporté, être une sorte de norme dans la communauté bisexuelle(8), voulant que l'on ne soit « vraiment » bisexuel que si l'on met en jeu simultanément son attirance pour les deux sexes. Mais de telles relations existent également entre personnes homo- ou hétérosexuelles.


Historiquement, et comme je l'évoquais en note(7), les relations de polygamie sont liées au patriarcat et à une certaine forme de domination des hommes sur les femmes. Ainsi, Une étude en rouge, premier ouvrage de Conan Doyle impliquant Sherlock Holmes, concerne en partie l'histoire d'une femme contrainte de devenir la troisième ou quatrième épouse d'un homme qu'elle n'aime pas, plutôt que de rejoindre l'élu de son cœur (je n'en dis pas plus, lisez le livre).

Il arrive cependant souvent que les « chevaliers blancs » se faisant un devoir de pourfendre la polygynie (puisqu'il ne s'agit ici que d'elle) au nom de l'égalité entre hommes et femmes, utilisent en fait ce noble objectif d'anti-sexisme comme écran de fumée pour légitimer un autre rejet du même ordre que celui qu'ils prétendent combattre(9). Un exemple a été flagrant il y a quelques temps, comme Maître Eolas l'a dûment rapporté (la seconde partie de l'article, surtout).

Il arrive également que certaines personnes, en toute bonne foi, s'opposent à « la polygamie » en ne voyant en elle que cette forme de domination. Il me semble qu'elles oublient par là le cas des personnes en situation de polyamour tout à fait innocent.


Car interdire toute forme de relation à plus de deux (ce qui n'est, confer l'article de Maître Eolas sus-cité, heureusement pas le cas dans notre pays : seule leur reconnaissance officielle est interdite, comme c'était le cas il y a peu pour les relations homosexuelles), ça reste tout de même poser des contraintes particulièrement fortes sur l'amour et la sexualité des gens, qui ne m'apparaissent pas particulièrement justifiées, en tout cas dans le cas général(10).

J'irais même plus loin en disant que, puisque des relations de ce type existent effectivement, leur proposer une forme de reconnaissance officielle ne serait pas nécessairement une mauvaise idée. Je conçois tout à fait que, le mariage étant un engagement tripartite (il engage les deux époux et l'état dans le cas du mariage civil, et Dieu remplace, je crois, l'état dans nombre de mariages religieux), il reste dans ses conditions actuelles d'unicité. En revanche, il me semblerait tout à fait recevable que ce PACS que je mentionnais en début d'article, bipartite et chargé d'une dimension symbolique moins forte, puisse être éventuellement contracté par des personnes déjà engagées par un autre PACS, sous réserve que toutes les personnes concernées (j'entends par là, y compris l'autre partenaire du PACS précédent) aient donné leur accord.


Car c'est ce qui me semble le plus important, dans l'affaire : que les gens soient informés et d'accord entre eux. Si deux conjoints s'entendent sur le fait que l'exclusivité(11) de leur relation ne leur apparaît pas primordiale, c'est, là encore, eux que cela regarde. Je condamne la tromperie et les doubles vies, mais pour le reste, je pense qu'il vaut mieux laisser aux gens le soin de gérer leurs propres relations.



La question de l'âge des participants peut également sembler problématique. J'ai bien spécifié parler du cas d'adultes consentants, mais à quel âge est-on réellement considéré comme adulte ? Grünt ne manquerait pas de souligner cette bizarrerie dans les priorités : les jeunes Français peuvent aller en prison à partir de treize ans, avoir des relations sexuelles à partir de quinze(12), et exprimer leur avis de citoyen à partir de dix-huit. Un peu curieux, non ?

Si ces âges précis peuvent être discutés, le fait qu'un tel âge limite existe me semble être un impératif de protection de l'enfance. La sexualité demande bien évidemment un consentement mutuel, et l'on considère que les enfants et trop jeunes adolescents n'ont pas une maturité suffisante pour être en mesure de formuler un consentement en connaissance de cause. À plus forte raison si l'adulte impliqué est dans une situation lui conférant une certaine autorité, ce qui perturbe d'autant plus le jugement, et est d'autant plus dommageable au bon développement de la jeune personne concernée (mais lisez donc, à ce sujet, l'article de Dadouche que je cite en note (oui, parce que, mes notes font également partie intégrante de l'article, hein (Je ne les mets à part que pour éviter d'enchaîner les parenthèses qui perturberaient la lecture (parce que (vous l'aurez peut-être déjà remarqué), enchaîner les parenthèses, c'est une de mes spécialités)))).


Je traite cependant ici des cas de personnes adultes, et je ne vois rien de plus à dire concernant les relations sexuelles entre adultes et très jeunes gens, que le fait que je les condamne fermement. Laissons aux très jeunes gens concernés le loisir de grandir correctement, et revenons au véritable sujet de cet article. Car même ce cas mis à part, l'âge soulève quelques questions également, principalement lorsque l'écart est assez important.


Durant longtemps, les écarts d'âges ont été considérés à sens unique, le cliché étant celui du vieux barbon et de la jeune demoiselle, qui a conduit à de nombreuses situations de théâtre, surtout lorsque l'on ajoute un jeune soupirant à la demoiselle (voyez l'excellent Barbier de Séville de Beaumarchais). Effectivement, les mariages entre hommes âgés et femmes jeunes ont eu une certaine fréquence, et notre société patriarcale, encore elle(13), tend encore à poser comme « normalité » les relations où l'homme est quelque peu plus âgé que la femme. Le « démon de midi », qui n'est pas sans se rapporter également au point précédent, est perçu comme en grande partie masculin.

Quelques exemples célèbres suivant la tendance inverse (femmes d'âge mur avec des compagnons beaucoup plus jeunes qu'elles) ont fait parler d'eux, et ont popularisé l'expression de « femme cougar ». Avec, dans cette expression, une certaine connotation sulfureuse(14). Vous aurez sans doute deviné que je n'aime pas cette connotation ; mais elle me semble la conséquence directe du fait de donner un nom spécifique à cette situation. À mon avis, il n'y a simplement pas besoin de catégoriser ainsi ces femmes.


Bref. D'une manière générale, les relations entre personnes d'âges très différents auront éventuellement des répercutions désagréables lorsque la personne la plus âgée du couple subira les effets de la vieillesse longtemps avant l'autre (Un cas proche est traité, dans la littérature fantasy, par les relations entre humains et elfes, ces derniers vivant généralement beaucoup plus longtemps, et on trouve parfois quelques réflexions intéressantes à ce sujet – mais désolé, je n'ai plus de sources en tête).

C'est bien dommage, mais généralement, les personnes concernées sont capables d'y penser seules et de s'y préparer. Et je ne crois pas que les éventuels avis défavorables de leur entourage puissent améliorer les choses. Et, une nouvelle fois, je ne vois pas dans cette situation quoi que ce soit qui justifie d'exprimer un propos péjoratif.



Reste le cas des jeux sexuels particuliers : relations de dominations, sado-masochisme et compagnie. J'ai beaucoup moins à dire sur le sujet, si ce n'est qu'il me semble que chaque individu sur cette planète a des habitudes, des préférences ou des fantasmes que d'autres trouveraient, disons, très particuliers, si l'on regardait d'assez près. Regardez Le grand blond avec une chaussure noire ou lisez la première citation (et le reste aussi, tant qu'à faire) de cet excellent article. Je pense que les gens qui ont ce genre de préférences sont, généralement, en mesure de se poser les limites qui leur permettent de faire la part des choses, et donc de juger mieux que les autres comment ils peuvent vivre leur propre sexualité.



Je suis, pour ma part, et pour répondre aux suppositions que certains de mes lecteurs auront peut-être envisagées en lisant ce qui précède, quelqu'un qui, du moins jusque là (je peux vous parler de mon passé et de mon présent, mais n'ai pas la prétention de connaître mon futur avec certitude, quand bien même j'estime les probabilités de changement à ces sujets assez minces), reste très « dans la norme » sur les quelques points qui précèdent(15). Simplement, il me semble que les questions d'amour et de sexualité sont des affaires personnelles, et que, tant que les gens concernés sont adultes et consentants, et que ça ne met personne en danger, la société ne devrait simplement pas s'en mêler.


Message 2, par curiosus

§ Posté le 10/10/2013 à 17h 15m 16

Bonjour


Je ne suis pas tout a fait d'accord avec vos conclusions sur les risques équivalent concernant les méfaits sur l’hérédité dans les unions consanguines et non consanguines


Dans le cas de mariage consanguin le risque de transmettre le gène récessif à la génération suivante est de 3 sur 4 alors qu'il n'est que de 2 sur 4 dans l'autre cas


Donc le risque de dispersion additionné au risque d'expression fait clairement pencher la balance pour l'union non consanguine


Si je ne me trompe (mais à confirmer par des spécialistes) le tabou de l'union consanguine est présent dans la majorité sinon l'ensemble des sociétés y compris les plus "primitives" de notre planète


Message 3, par Elzen

§ Posté le 10/10/2013 à 17h 35m 49

L'inceste est l'un des rares candidats au titre de tabou « universel », oui. La source principale à ce sujet, c'est la thèse de Claude Lévi-Strauss, Les Structures élémentaires de la parenté (confer les deux liens que Marie-Lou m'a transmis et que j'ai indiqué dans la note 4).


Cependant, concernant l'objection sur les problèmes héréditaires, je crains qu'elle ne réponde pas à ce que j'avançais. Peut-être me suis-je mal exprimé ?

Je voulais dire que la consanguinité, dans la situation actuelle de l'espèce humaine, augmente effectivement très fortement les risques de problèmes génétiques (j'ai, très brièvement, expliqué le mécanisme en jeu dans la note 2), mais que ça ne me semblait pas être une raison suffisante pour rejeter toute forme d'inceste, ce d'autant plus qu'un nombre important de couples, actuellement, n'ont pas d'enfants, et ne projettent pas d'en avoir.


J'aurais dû le repréciser par la suite : lorsque je dis qu'il ne me semble pas qu'une relation entre parents proches soit problématique, c'est dans le cadre de ce que j'évoque dans l'article, à savoir les relations amoureuses et sexuelles uniquement ; les problématiques de reproductions sont, à mon sens, un autre problème, partiellement déconnecté de l'autre.

Évidemment, je considère avec un avis assez défavorable le fait d'avoir un enfant entre parents proches ; mais ça ne me paraît pas pertinent d'étendre cet avis aux relations amoureuses et sexuelles, dans la mesure où nous disposons de moyens de contraception plutôt efficaces, et où je considère que les personnes concernées sont en mesure de se renseigner sur ce point et d'agir en conséquence.


Est-ce plus clair ainsi ?

Message 4, par curiosus

§ Posté le 10/10/2013 à 19h 42m 32

Oui , je comprends mieux votre position, même si je ne vous suis pas entièrement sur ce terrain

Message 5, par Marie-Lou

§ Posté le 11/10/2013 à 13h 01m 09

Salut,


La note 2 me fait penser à un texte de Durkheim sur « la prohibition de l'inceste et ses origines » dans lequel il avance une série de raisons très fortes montrant qu'on ne peut réduire l'origine de la prohibition à la biologie (l'une des raisons les plus fortes, à mes yeux, étant que l'interdit repose sur l'organisation du système de parenté. Pour le dire simplement, pour qu'il soit interdit d'avoir des relations avec la fille de la sœur de sa mère — sa cousine donc — il faut que pré-existe, culturellement, l'identification de cette personne comme « cousine ».). Et il souligne, en s'appuyant sur un certain Neuville qui a bossé sur les Juifs, que la consanguinité pourrait baisser la mortalité… (p. 36 du document pdf disponible sur http://classiques.uqac.ca/classiques/Durkheim_emile/annee_sociologique/an_socio_1/prohibition_inceste.html)


Concernant le fond du billet, je proposerais deux nuances.


D'une part, ne faudrait-il pas davantage distinguer les actes individuels, « entre adultes consentants », des règles de vie commune (à l'échelle d'un pays, pour le dire rapidement), les deux se situant donc à deux niveaux d'analyse différent ? Il me semble que l'on peut à la fois espérer une grande liberté individuelle entre adultes consentants (mais pas seulement consentants : j'ajouterais « éclairés ») et accorder crédit à l'idée qu'on n'organise pas la société uniquement pour et par ce critère. (Ça renvoie à une vieille question : le bien-être de tous n'est-il que la somme du bien-être de chacun ?)


D'autre part, la notion de consentement me semble un peu « légère », c'est pourquoi j'y ai à l'instant adjoint celui d'individu « éclairé ». J'aurais tendance à penser qu'une décision apparemment libre ne l'est pas si les conditions d'une vraie réflexion ne sont pas réunies. La conséquence immédiate c'est la reconnaissance d'une inégale répartition de ces conditions. Dès lors, on voit bien que l'échelle individuelle n'est ni un niveau d'analyse pertinent (cette répartition pouvant être sociologiquement étudiée à une échelle « dépassant » l'individu), ni, sur le plan moral, un niveau de justification satisfaisant (par exemple, à mes yeux, il ne suffit pas de dire que quelqu'un était « consentant » pour signer un « crédit revolving » pour le considérer entièrement responsable de la m**** dans laquelle il se trouve).


D'ailleurs, sur un plan plus philosophique, on peut aussi se demander si le couple « consentement + décision éclairée » est suffisant pour autoriser la liberté la plus large qui soit. En tout cas notre droit répond clairement par la négative : c'est au nom de principes qui transcendent l'individu − celui de respect de la personne humaine − que l'on m'interdit de vendre mes organes − tout consentant et éclairé puis-je être.

Message 6, par Elzen

§ Posté le 11/10/2013 à 14h 37m 58

Ton lien a l'air d'avoir du mal à se charger chez moi.

Mais effectivement, la façon de représenter la famille joue énormément. Asimov présente une approche intéressante dans Les robots de l'aube, il me semble, je tâcherai de retrouver ça ce soir (j'éditerai ce message si personne n'a répondu d'ici-là).

L'édit promis :

– Je l'ai repoussée quand elle s'est offerte à moi […]

– Un inceste !

– Pardon ? Ah, oui, un mot terrien. À Aurora, ce mot n'existe pas. Très peu d'Aurorains connaissent leur famille proche. Naturellement, s'il est question de mariage et si l'on postule pour des enfants, il y a une enquête généalogique, mais quel rapport avec la sexualité ? Non, non, l'anormal, c'est que j'ai repoussé ma propre fille.

Je sabre un peu, le passage est plus long que ça ; mais je pense qu'il vaut mieux lire dans le contexte, donc allez voir le bouquin, et le reste du cycle des robots aussi, tant qu'à faire 😋


Pour ce qui est de la distinction entre les niveaux individuels et collectifs, j'aimerais que tu précises ta pensée. Comme je l'ai signalé (mais peut-être pas assez), je parle ici essentiellement du niveau individuel, et (pour les cas de polyamour) de leur éventuelle reconnaissance par la société. Je ne m'engage pas sur les niveaux collectifs, essentiellement parce que j'ai un peu de mal à comprendre les liens exacts entre l'un et l'autre.


Sur la notion de consentement, ça dépend comment on définit la notion. Le sens juridique du terme, me semble-t-il, suppose que la personne soit « éclairée », ou en tout cas en état de prendre une décision ; c'est d'ailleurs pour cela que Dadouche écrit dans son article :

La loi présume en quelque sorte qu’avant cet âge, face à un adulte, un enfant ou adolescent ne peut véritablement consentir, en toute connaissance de cause, à des relations sexuelles quelqu’elles soient.

(Il me semble que le même principe vaut aussi, en tout cas théoriquement, pour les cas où l'alcool, ou une autre drogue, perturbe le jugement, ou bien ou une contrainte extérieure conditionne la prise de décision).

C'est dans ce sens-là que je l'employais ici, donc je pense que nous sommes d'accord ; même si tu fais effectivement bien de le spécifier plus clairement, le vocabulaire que j'utilisais pouvant être compris autrement.


Concernant le dernier point, je pars du principe, comme exposé en début d'article, qu'une interdiction doit, pour être recevable, être clairement justifiée. Pour ce qui est de la vente d'organe, je vois assez facilement comment on peut la justifier ; pour les quelques cas que j'expose ici (d'où leur présence dans cet article), je ne le vois pas. Je n'ai donc rien contre le fait de poser d'autres contraintes que celle du consentement éclairé ; simplement, dans l'immédiat, je n'en vois pas de pertinentes. Si quelqu'un en a à proposer, j'écoute 😊


(Et d'ailleurs, @curiosus : je ne demande pas que tout le monde soit d'accord avec moi, bien sûr ; au contraire, s'il semble à mes lecteurs qu'il y ait des raisons légitimes d'être en désaccord avec mes propos, je ne demande qu'à les entendre).

Message 7, par curiosus

§ Posté le 13/10/2013 à 8h 13m 15

Bonjour


Il y a un argument en faveur de la consanguinité que je n'ai pas vu apparaître :

"La non dispersion du patrimoine"

Y a t'il eu des études sur ce point ?


Elzen : je suis entièrement d'accord avec ta remarque me concernant et

c'est également mon avis

Message 8, par Elzen

§ Posté le 14/10/2013 à 16h 12m 16

Citation (curiosus)

Il y a un argument en faveur de la consanguinité que je n'ai pas vu apparaître :

"La non dispersion du patrimoine"

Y a t'il eu des études sur ce point ?

Alors là, je n'en sais fichtrement rien, et je n'y avais jamais pensé avant.


Là comme ça, et complètement « au pif », je dirais que ça peut éventuellement être envisagé comme une justification possible pour les quelques cas (Égyptiens, Incas…) pour lesquelles le mariage consanguin était une option “ordinaire” des lignées royales, mais je suis totalement incapable de donner un avis sur la recevabilité ou pas de l'hypothèse.


Mais il me semble que ça part un peu en dehors de ce que j'essayais de cibler ici.


Modifié le 20/10/2013 à 15h 13m 23

Mise à jour :

Ceci dit, tant qu'on est dans les limites du sujets, je précise que l'un des trucs qui me satisfont fondamentalement dans l'explication de Levi-Strauss (c'est sans doute abordé dans le contenu de la thèse ; mais je n'ai lu que des explications de texte pour néophyte, jusque là) est que ça justifie aussi que l'inceste soit soumis à un tabou plutôt qu'à un interdit : pour que les liens sociaux liés à l'exogamie se tissent, il n'est absolument pas nécessaire que les relations incestueuses soient interdites, tant qu'elles ne sont pas officialisées. L'interdiction vient donc dans certains cas, mais pas toujours.


Citation (Marie-Lou)

Pour le dire simplement, pour qu'il soit interdit d'avoir des relations avec la fille de la sœur de sa mère — sa cousine donc — il faut que pré-existe, culturellement, l'identification de cette personne comme « cousine ».

J'ai repensé à ce point, et il me semble intéressant, concernant la supposée universalité du tabou. Comme évoqué plus haut dans ce post, il y a eu quelques cas tout à fait officiels, même si restreints à certaines parties de la population, ce qui, à mes yeux, rend le fait qu'il soit « universel » assez douteux.

Il me semble qu'on explique mieux son statut en le posant comme une stratégie de comportement induite par les structures familiales et la necessité de l'exogamie, qui, elles, semblent (en tout cas, jusque là) à peu près universels : il est massivement répandu parce que lié à ces aspects universels ; mais pas systématique, parce qu'il ne s'agit pas d'une conséquence logique à proprement parler, mais qu'il est toujours possible de mettre en place d'autres stratégies.

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