Centrales à vapeur ?

Message 1, par Elzen

§ Posté le 30/09/2011 à 0h 26m 25

Je me souviens vaguement d'une citation d'un savant(1) du siècle dernier, qui disait qu'il lui paraissait extrêmement improbable que l'on utilise un jour (ou en tout cas, au cours du siècle à venir) l'énergie nucléaire pour faire tourner nos machines.

Eh bien, aussi surprenant que ça puisse paraître aujourd'hui que les centrales ont envahi notre paysage, l'auteur de ces propos semble bien avoir eu raison.


En effet, si l'énergie nucléaire est l'une des plus puissantes que nous connaissons actuellement, nous sommes encore totalement incapables de l'utiliser à des fins pratiques. Ce que nos centrales « nucléaires » exploitent, ce n'est pas l'énergie atomique. C'est en fait l'énergie thermique dégagée par les réactions nucléaires.

Cela peut sembler un petit pinaillage, mais c'est le genre de choses qu'il me semble assez important de savoir. Lors de tout transfert d'énergie, il y a une « perte » : une partie de l'énergie transférée se libère sous forme de chaleur. C'est pour cela que vos lampes de bureaux, les transformateurs de vos ordinateurs, ou simplement vos mains que vous frottez l'une contre l'autre chauffent au cours de leur effort.


Les réactions nucléaires dégageant énormément d'énergie, cette perte d'énergie sous forme de chaleur est elle aussi considérable. C'est pour cela que les réacteurs nucléaires chauffent autant, et que l'on doit utiliser autant d'eau pour les « refroidir ».

Et je suppose que vous savez ce que signifie « refroidir ». On peut le constater, par exemple, en plaçant des glaçons dans sa boisson : ces glaçons se réchauffent, et fondent. Le corps le plus chaud se débarrasse d'une partie de sa chaleur en réchauffant le plus froid.

Le principe est exactement le même dans la piscine de la centrale nucléaire, à ceci près que la « boisson » à refroidir (le réacteur nucléaire) est tellement chaude qu'une partie de l'eau, qui était de toute façon déjà liquide, va se transformer en vapeur.


Cette vapeur d'eau va ensuite faire son travail de vapeur, à savoir prendre toute la place disponible et augmenter la pression dans la pièce. Si l'on place, ce que les gens qui ont construit les centrales ont bien sûr fait, une turbine sur le chemin de cette vapeur, cette turbine va se mettre à tourner. Et une turbine qui tourne, c'est encore le meilleur moyen que nous connaissons de produire de l'électricité, c'est d'ailleurs ce que nous faisions déjà dans n'importe quelle centrale non-nucléaire.

Voilà ce que c'est, très exactement, qu'une centrale nucléaire : une machine à faire chauffer de l'eau. Si l'on excepte le moyen d'obtenir cette montée de température, nous avons juste une grosse machine à vapeur. Et on s'étonne que le steampunk soit encore à la mode(2) ?


Notez d'ailleurs que le nucléaire n'a pas devant lui un avenir aussi radieux que ce qu'on pourrait croire : ce n'est pas exactement une énergie renouvelable. L'ingrédient de base en est l'uranium (ou ses dérivés), dont la formation est encore plus compliquée que celle du pétrole, puisque, souvenez-vous, il ne se forme qu'au cœur des étoiles les plus massives. Quand nous aurons épuisé notre stock, nous aurons quelques grandes difficultés à nous réapprovisionner.

Et sauf erreur de ma part, si l'on prévoit la fin du pétrole vers 2040, l'uranium ne devrait pas tenir au delà de 2080…




C'est tout pour la partie technique de cet exposé. Reste la question des risques, que les événements plus ou moins récents (disons qu'ils l'étaient plus au moment où j'ai décidé d'écrire cet article qu'au moment où j'ai fini par le faire vraiment) ont dramatiquement mis en lumière.


Je laisse chacun se faire sa propre idée sur la question.

Pour ma part, je dirais que le fait que l'on utilise un potentiel aussi incroyable juste pour chauffer de l'eau est assez tristement représentatif des comportements humains.


Si nous avions été prudents et prévoyants, nous n'aurions certainement pas allumé les centrales avant de savoir, au moins, ce que nous ferions des déchets (de très longue durée) produits par leur fonctionnement. Ce que, au passage, nous ne savons toujours pas.

Mais maintenant que les centrales sont allumées, et que nous avons basé notre niveau de consommation sur l'électricité qu'elles nous procurent, revenir en arrière nous serait sans doute difficile (d'autant plus en comptant tous les humains de cette planète qui ont autant droit que nous à notre confort actuel), et je ne suis pas sûr que nous disposions déjà des moyens de produire autant d'une manière plus propre…


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