Sur les rayons de la bibliothèque

Message 1, par Elzen

§ Posté le 27/04/2012 à 0h 56m 07

Tout d'abord, désolé pour ce silence un peu plus prolongé que ce que j'espérais. C'est que j'ai d'abord pris du temps pour m'installer, puis pour rencontrer des gens, et aussi un peu pour jouer et pour travailler. Il faut dire aussi que le nombre faramineux de réponses que je reçois à chaque article n'est pas spécialement encourageant 😋


Bon, et du coup, après plusieurs articles parlant quand même pas mal d'informatique, revenons à d'autres préoccupations (il ne manquerait plus que je me mette à ne parler que sur un seul sujet 😲 Ce n'serait plus moi ^^). En l'occurrence, essayons un peu de littérature. Ça me rappellera de bon souvenirs de quand j'étais prof d'école, puisque, j'aime autant vous prévenir tout de suite, cet article va rester d'un niveau assez élémentaire. Néanmoins, lisez quand même, on ne sait jamais 😉



Ce qu'il y a de cool avec les bouquins, c'est que c'est comme les humains : on a beau avoir plein de cases pour les ranger, on en trouvera toujours plein qui ne rentrent pas précisément dedans. Néanmoins, si vous le voulez bien, faisons un peu le tour du propriétaire et décrivons un peu les rayons de la bibliothèque.


D'abord, quand on veut classer un livre, le plus facile, en général, c'est la place de l'image : il y a des livres qui sont principalement écrits, et où les illustrations, si elles sont présentes, ne font qu'appuyer les mots ; et puis il y a des livres pour lesquels les images sont au moins aussi importantes que le texte. Ces derniers peuvent être de formes assez variées(1), mais ceux que l'on connaît généralement le mieux sont ceux qui sont constitués d'une série de cases qui se suivent avec des bulles pour le texte. En France, on appelle ça de la bande dessinée ; au États-Unis d'Amérique, on parle plutôt de Comics, et au Japon, on appelle ça des Manga.

On a tendance, en français, à utiliser le mot « comics » pour isoler la BD « façon yankee », et le mot « manga » pour désigner la BD « à la japonaise ». Ça s'apparente en fait à une erreur de traduction : ces deux termes désignent dans leurs langues respectives la bande dessinée dans son ensemble. Un exemplaire de Tintin est donc tout autant qualifiable de « manga » qu'un Akira.

Ce point mis à part, je ne m'étendrai pas particulièrement sur la BD : le sujet est très intéressant, et il y a tout un tas d'éléments d'études spécifiques à cette forme de littérature, mais globalement, on peut retrouver les mêmes catégories que celles que je vais développer juste en dessous. Repartons donc, pour le moment, sur les bouquins avec des tas de phrases pleines de mots.


Tant qu'on est dans les « grosses » différences, on peut aussi séparer les ouvrages poétiques du reste. La poésie se distingue du reste de la littérature par… hum… ce n'est pas facile à déterminer, en fait. D'autres genres ont le même problème de définition : on a coutume de dire que le moyen le plus fiable de reconnaître la poésie, c'est que c'est l'œuvre d'un poète. Oui, mais dans le même temps, le moyen le plus fiable de reconnaître un poète, c'est que c'est quelqu'un qui écrit de la poésie. Ça nous avance bien, hein ?

Monsieur Jourdain n'avait jamais entendu parler des mots vers et prose (pour ceux qui seraient dans son cas, je précise que la « prose », c'est simplement la forme normale de la langue, telle qu'on la manipule tous les jours, alors que les « vers », c'est une forme un peu plus bizarre, où on compte les syllabes et où on utilise des rimes). Parmi les autres gens, certains s'imaginent que ça peut faire un élément de définition correct, la poésie utilisant des vers, et le reste de la prose.

Certains seulement, et malheureusement, ils ont tort. Ce serait trop simple. En effet, les vers ne sont pas réservés à la poésie : le théâtre, par exemple, en fait parfois un usage intensif (Le célèbre Cyrano de Bergerac, d'Edmond Rostand, par exemple (dont je vous dirai peut-être la tirade des nez un de ces jours si ça vous intéresse), est entièrement écrit en vers). Et réciproquement, il paraît qu'il existe aussi des poèmes écrits en prose.

Bon, passons pour la définition. Il y a aussi plusieurs sortes différentes de poésies, en fonction des différentes formes et structures utilisées, mais plutôt que de faire la liste, j'aime autant vous renvoyer à Wikipédia.



Maintenant, voyons ce qui nous reste. On peut faire, je pense, deux grandes catégories : les œuvres qui parlent de vraies choses existant vraiment, et celles qui parlent de trucs totalement inventés. Pour la seconde catégorie, on parle de « fiction ».

Certains objecteront peut-être que la limite n'est pas si franche que ça. Certains livres de « non-fiction » parlent de choses possiblement réelles, mais pas prouvées ou sujettes à caution, tandis que de l'autre côté, certains ouvrages de fiction sont conçus pour expliquer, à l'aide d'un récit taillé sur mesure, des éléments de non-fiction. Ceux qui objectent ça ont parfaitement raison, et c'est un premier exemple de ce que je vous disais plus haut : quelles que soient les cases, on trouve toujours des livres qui ne rentrent qu'à moitié dedans.

Ceci dit, pour ce qui concerne les romans prétendument scientifiques, je vous conseille quand même de vous méfier, parfois, le roman sert plutôt à vous faire passer une « science » qui consiste elle-même pas mal en de la fiction ou des considérations très personnelles.


Fiction et non-fiction se découpent elles-mêmes en plusieurs catégories. Au niveau de la non-fiction, on compte par exemple les biographies, destinées à vous raconter la vie d'une personne plus ou moins célèbre (quand c'est la personne elle-même qui raconte sa propre vie, on parle d'autobiographie, et quand la personne en question en profite pour déformer les faits ou raconter de la fiction avec, d'autobiographie romancée).

Il y a aussi les essais, ouvrages de vulgarisation destinés à expliquer au public un point de vue philosophique ou une théorie scientifique. Si vous voulez quelques noms d'essais scientifiques, lisez les autres articles de mon blog : quand je pense à citer mes sources, ce qui n'arrive hélas pas assez souvent, ce sont souvent de tels livres qui me servent.


Au niveau de la fiction, deux mots sont utilisés principalement : roman et nouvelle(2). Les deux se séparent essentiellement sur la forme : on parle de roman quand il s'agit d'une œuvre longue, et de nouvelle quand il s'agit d'une œuvre courte. Je vous ai par exemple récemment parlé de Sherlock Holmes : Sir Arthur Conan Doyle a écrit quatre romans, et les autres œuvres, beaucoup plus courtes, mettant en scène le célèbre détective sont des nouvelles.

Romans et nouvelles sont ensuite divisés en quatre grand genres (ou plutôt « méta-genres », qui regroupent eux-mêmes pas mal de catégories). Un roman peut par exemple être « réaliste », si l'histoire qui s'y déroule apparaît plausible et susceptible d'avoir lieu ou d'avoir eu lieu.

Dans cette catégorie, on parle par exemple de roman historique pour désigner une histoire inventée située à une époque ancienne, mais dont l'auteur s'est suffisamment documenté et a suffisamment fait attention pour qu'en lisant l'histoire, on ait un aperçu crédible de ce que pouvait être la vie à cette époque. Ainsi, Odile Weulersse a écrit plusieurs romans historiques pour enfants dont je garde un très bon souvenir.

Je vous parlais un peu plus haut des autobiographies romancées ; on parle aussi, parmi les œuvres réalistes, de romans autobiographiques quand l'auteur s'inspire de sa vie pour raconter l'histoire, sans la revendiquer directement comme étant sa propre histoire. L'un des exemples les plus célèbres est celui de la trilogie Jacques Vingtras, écrite par Jules Vallès.


À l'inverse, si l'histoire n'a aucune chance de se dérouler dans le monde tel qu'on le connaît (s'il y a plein de pouvoirs magiques, par exemple), on parle de merveilleux.

Ce terme est peut-être un peu curieux, et du coup assez peu utilisé : la mode est actuellement de lui préférer le terme anglophone de fantasy. Attention aux confusions, cependant : fantasy, à l'oreille, ressemble à fantastique. Or, le terme francophone de fantastique est utilisé pour désigner une catégorie intermédiaire entre le réaliste et le merveilleux : dans un roman fantastique, on ne sait pas si la chose est plausible ou non, si le personnage considéré possède de réels pouvoirs magiques où s'il ne s'agit que d'une mise en scène.

Edgar Allan Poe fut, entre autres, un grand auteur fantastique. Pour ce qui concerne le merveilleux, on peut bien sûr citer, entre autres, John Ronald Reuel Tolkien et son travail considérable pour créer l'univers du Silmarilion et du Seigneur des Anneaux(3) ; mais des œuvres se situant dans un univers plus directement inspiré du nôtre, comme Harry Potter ou les super-héros avec plein de super-pouvoirs de Marvel et DC Comics, sont également à classer dans le merveilleux.


Le quatrième des grands méta-genres est la science-fiction, dans lequel s'est par exemple illustré Isaac Asimov. Historiquement, la science-fiction comportait essentiellement des récits qui pourraient être plausibles dans un futur plus ou moins lointain, mais qui ne le sont pas au moment où le livre est écrit. L'exemple typique auquel on pense actuellement est celui des histoires mettant en scène des voyages intersidéraux, notre propre expérience de l'espace, à l'instant où j'écris ces lignes, n'allant pas plus loin que notre bonne vieille Lune.

Toute la science-fiction ne se résume cependant pas à ces histoires de vaisseaux spatiaux (que l'on regroupe souvent dans la catégorie de space opera). D'ailleurs, la science-fiction est un genre qui existe depuis un bon moment, et certaines des prédictions de ses auteurs se sont plus ou moins réalisées depuis.

Il faut dire qu'il n'est pas nécessaire de partir très loin dans le futur pour aborder la science-fiction : ainsi, une bonne partie des œuvres de Jules Verne traitent de choses qui commençaient à être plausibles à l'époque (l'histoire des sous-marins, par exemple, remonte à bien avant son Nautilus et son Capitaine Némo). Pour désigner cette science-fiction traitant d'un futur très proche, on parle d'anticipation.

C'est d'ailleurs l'existence d'une science-fiction qui traite maintenant de notre passé qui a un peu élargi les frontières : plusieurs auteurs se sont mis à imaginer un univers alternatif, reprenant l'apparence, par exemple, de la Belle Époque, mais en y introduisant des machines plus ou moins futuristes. Ces machines fonctionnent souvent à vapeur, d'où le nom de steampunk.


Faut-il entrer davantage dans les détails ? Il existe une multitude de genres et de sous-genres qui se croisent en tous sens, et qui ne sont pas incompatibles les uns avec les autres. Le roman policier (« polar » pour les intimes), par exemple, dont Edgar Allan Poe est considéré comme l'inventeur et dont Sherlock Holmes est la figure emblématique, est souvent appliqué à l'époque contemporaine de l'auteur. On peut admirer le changement d'époque tout au long des aventures d'Arsène Lupin, puis avec les romans d'Agatha Christie, pour en venir plus récemment à Columbo et enfin à nos Experts(4) modernes.

Pourtant, le polar se marie bien avec un certain nombre d'autres genres. Il s'applique par exemple très bien au roman historique, et Isaac Asimov a magistralement démontré qu'il était tout-à-fait compatible avec la science fiction dans son roman les cavernes d'acier, puis dans les nouvelles mettant en scène, par exemple, Wendell Urth.



Un petit mot, pour finir (car il va bien falloir que je m'arrête) sur la distinction entre contes, mythes et légendes. On parle de mythes, ou parfois de « contes des origines » lorsque le récit vise à expliquer la création du monde vue par une certaine culture, ou l'origine d'un rite particulier. Par exemple, le mythe grec de l'enlèvement de Perséphone par Hadès vise à expliquer l'existence des saisons (Déméter, sa mère, déesse de la nature, se désole pendant qu'elle se trouve aux enfers aux côtés de son époux, et les plantes semblent alors mourir. Elle revient auprès d'elle au printemps, et dans sa joie, la nature reprend vie).

Les légendes, quant à elles, désignent des histoires qui sont basées sur des faits historiques, dont on peut donc plus ou moins facilement retrouver des traces, même si la mémoire collective a pu les déformer de façon plus ou moins importante (d'ailleurs, l'expression « entrer dans la légende » est assez parlante). Quant aux contes, ils regroupent le reste des histoires traditionnelles, qui peuvent être éventuellement destinées à porter une morale, mais ne se revendiquent pas explicatifs, et sont plus ou moins clairement assumées comme inventés.

Les mythes, contes et légendes sont assez représentatifs d'une histoire et d'une culture donnée (ou des échanges entre cultures, lorsque l'on retrouve plusieurs versions proches d'un endroit à un autre) et apportent, eux aussi, un éclairage historique important. Ils sont cependant moins figés que le reste de la littérature : de nombreuses versions en existent, et chacun est en fait encouragé à inventer la sienne, comme j'ai pu le faire par ici.


Tout ça, donc, pour vous dire : des livres, il en existe pour tous les goûts. Et donc profitez peut-être des quelques pistes que j'ai pu vous donner ci-dessus pour essayer des genres qui ne vous seraient pas encore familiers, et surtout, n'hésitez pas à lire 😉


Message 2, par grim7reaper

§ Posté le 27/04/2012 à 7h 51m 05

Citation (Elzen)

On a tendance, en français, à utiliser le mot « comics » pour isoler la BD « façon yankee », et le mot « manga » pour désigner la BD « à la japonaise ».

Oui, et ce genre d'appellation se retrouve aussi pour celles d’origine chinoise (appelé mànhuà (漫画)) et coréenne (appelé manhwa (만화)).

Message 3, par Elzen

§ Posté le 27/04/2012 à 10h 08m 28

Hmm, je dois dire que je n'avais jamais entendu ces deux mots-là… il faudra que je me renseigne, tiens. Merci 😉

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