Les Dames du lac

Message 1, par Elzen

§ Posté le 11/11/2013 à 1h 16m 50

Citation (Isaac Asimov)

La plus merveilleuse évocation de la saga du roi Arthur qu'il m'ait été donné de lire. Absolument extraordinaire.


Autant le dire tout de suite, cette histoire est très loin de la version du mythe arthurien que je voudrais écrire, et que je vous proposerai peut-être un jour. Mais quoi de plus normal, quand la version que je voudrais écrire ne vient que de mon imagination, alors que celle-ci est, sans doute, la version la mieux documentée qu'il m'ait été donné de lire ? Si l'on peut dire qu'il existe une “véritable” version d'un mythe, alors certainement, l'ouvrage de Marion Zimmer Bradley vous raconte la “véritable” histoire de la Table Ronde, et je rejoins entièrement l'avis d'Asimov.


L'histoire commence, comme souvent, à Tintagel, au château d'Ygerne et de Gorlois. Mais elle ne commence pas par l'arrivée d'un Uther métamorphosé. C'est Viviane, sœur d'Ygerne et grande prêtresse d'Avalon, qui vient lui rendre visite, en compagnie d'un vieux druide dénommé Merlin, et qui, apprend-il à Ygerne, est en fait son père.

Les descendants des romains sont en guerre contre les saxons, et leur chef actuel, Ambrosius Aurelianus, se rapproche de sa mort. Ambrosius est le Haut Roi, au dessus des autres rois de Grande Bretagne, et pour éviter que le pays ne sombre dans le chaos et les guerres internes, un nouveau Haut Roi doit prendre sa place. Le roi actuel n'ayant pas d'héritier, c'est l'un de ses lieutenants, Uther Pendragon, qui est pressenti comme son successeur ; et Viviane et Merlin pensent qu'une union entre Ygerne et Uther verrait naître un fils qui, devenant à son tour Haut Roi, pourrait amener dans le pays une paix durable.


Après cette entrevue, Viviane et Merlin repartis, Gorlois revient en sa demeure, pour apprendre à sa femme qu'effectivement, Ambrosius est mourant, et qu'il doit se rendre à la capitale pour, avec les autres généraux, voter pour désigner son successeur. Il propose à Ygerne de l'accompagner, et nous assistons donc au voyage de celle-ci, à ses états d'âmes résultant de la discussion avec Viviane et Merlin, et à sa première rencontre avec Uther…

Nous voyons le point de vue d'Ygerne, comme nous verrons ceux de Viviane, de Morgause, de Morgane et de Guenièvre : la particularité de ce livre est qu'il raconte l'histoire par les yeux de la gent féminine, qui, quoiqu'habituellement en retrait, tient un rôle incontournable et essentiel dans l'histoire.


Or, il se trouve que, de ces femmes, seule Guenièvre est chrétienne. Viviane et Morgane, elles, sont prêtresses d'Avalon, et l'autre particularité de ce livre est donc de sortir en grande partie du point de vue chrétien qui, l'histoire étant écrite par les vainqueurs, domine très majoritairement la plupart des autres ouvrages à ce sujet.


Citation (Morgane)

Car il y a une chose que les prêtres ignorent, avec leur Dieu Unique, leur Vérité Unique : c'est qu'une histoire véridique n'existe pas. La vérité a plusieurs visages. Elle ressemble à l'ancienne route d'Avalon : elle dépend de notre volonté, de nos pensées, du but vers lequel nous tendons […]


Morgane est clairement le personnage principal du roman. D'abord parce que, enfant à Tintagel lors de l'arrivée de Viviane, elle est la seule personne présente à peu près du début à la fin de l'histoire (quoiqu'elle ne soit, bien sûr, pas systématiquement présente dans chaque scène, loin de là). Ensuite parce qu'elle est l'interlocutrice privilégiée : si le gros de l'histoire est rédigé à la troisième personne, quelques passages, comme celui dont provient l'extrait ci-dessus, sont signalés comme étant des propos tenus au lecteur par Morgane elle-même, et rapportés à la première personne.


Or, Morgane, prêtresse d'Avalon, fidèle à la foi druidique, est un personnage qui, sous la plume des chrétiens et de ceux qui s'en sont inspirés, a été particulièrement diabolisé. Nous retrouvons ici ses convictions et ses doutes, ses élans et ses erreurs, qui rendent un bien meilleur hommage à ce personnage, beaucoup plus intéressant qu'on ne nous le rapporte souvent.


Bien sûr, ne vous attendez pas à d'épiques scènes de batailles : comme les femmes de l'époque, il nous faut souvent, en lisant ce livre, regarder les chevaliers partir au loin, tout en demeurant en arrière. Ne vous attendez pas non plus à une quête du Saint Graal s'étalant d'un bout à l'autre du roman : en fait, la plupart des légendes autour de la Table Ronde ne concernaient en rien la coupe sacrée, et le plus gros de l'histoire se déroule donc sans qu'il en soit fait mention.

Mais vous trouverez, en revanche, un bel aperçu des croyances de l'époque : fées, dons de voyances, charmes et filtres d'amours, feux de Beltane… tout ce qu'il faut, j'espère, pour vous faire apprécier cette œuvre.

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