Liberté, Égalité, Fraternité !

(et quelques autres principes)

Message 1, par Elzen

§ Posté le 01/04/2013 à 16h 09m 44

Article premier

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, 10 décembre 1948.


On est tous des frères, selon les déclarations ; enfin, je pense : 'faut jamais les oublier, ces trois mots qui terminent en -té, chantait Marc Lavoine dans C'est ça la France.

Les trois mots en question, slogan récupéré de la Révolution, sont la devise officielle de notre pays depuis la Troisième République (en ayant tout de même été remplacés par « Travail, Famille, Patrie » durant quelques heures sombres de notre histoire, mais passons sur ça pour le moment).


Ces trois principes, auxquels j'ai déjà exprimé mon attachement, ainsi que quelques autres qui, comme je vais tenter de le mettre en lumière un peu plus bas, en découlent ou y sont fortement liés, forment en effet, dans les textes, la base de notre société.

Dans les textes seulement, car hélas, tout le monde ne semble pas toujours se rappeler de ce qu'ils signifient. D'où le présent article, qui va s'efforcer d'expliciter les sens qui se cachent derrière ces mots.


Chacun d'eux peut, en fait, et comme n'importe quel autre mot, prendre des sens multiples, en fonction du contexte : il existe autant de manières de manier la langue qu'il existe de gens qui la manient, et plusieurs auteurs ne trouvent parfois pas de meilleur moyen d'exprimer ce qu'ils veulent dire qu'en reprenant à leur compte un mot existant et en modifiant quelque peu son sens d'origine.

Par exemple, lorsque l'on parle de « logiciel libre », on ne fait pas référence au principe général de liberté, mais à une application particulière, proposée par Richard Stallman, et qui n'a tout son sens que dans le contexte spécifique des logiciels (pour davantage d'informations à ce sujet, je vous renvoie à la présentation que j'en ai faite il y a quelques temps).


Pour appuyer mes dires, je présenterai donc au début de chaque section de cet article un extrait de la définition prosée par le Trésor de la Langue Française, avant de développer quelque peu. Voyons-les donc dans l'ordre habituel.


Liberté, liberté chérie ! [liberté]

(Extrait musical : Aux armes, etc., Serge Gainsbourg)


Cette liberté, invoquée dans notre hymne nationale pour qu'elle combatte à nos côtés, à nous autres qui nous présentons comme ses défenseurs, quelle est-elle, au juste ?

Liberté

2. a) Pouvoir que le citoyen a de faire ce qu'il veut, sous la protection des lois et dans les limites de celles-ci.

Cette notion de limite est assez importante : puisque nous vivons en société, il est assez difficile d'envisager une « liberté totale », dans laquelle rien ne viendrait contraindre les agissements d'un individu. Les limites posées par la loi sont des compromis permettant aux libertés des uns de ne pas empiéter sur celles des autres.

On décrit généralement cet état de fait en une phrase : la liberté s'arrête là où commence celle des autres. Il me semble que cette phrase n'est pourtant pas idéale, dans la mesure où elle pose comme une restriction ce qui est une garantie : de manière réciproque, la liberté des autres s'arrête là où commence la nôtre. Notre liberté de rester en vie, par exemple, est apportée par le fait que personne n'ait la liberté de tuer.


Je mélange ici un peu le singulier et le pluriel (comme Maître Eolas l'a fait dans le titre de cet excellent article que je vous recommande vivement sur le sujet), car « la » liberté se décompose en plusieurs aspects et domaines particuliers.

Maître Eolas cite, dans l'article sus-lié, deux de ces aspects, qui sont posés dans les articles X et XI de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 : la liberté de conscience (la loi ne peut pas réprimer ce qui se passe dans votre tête, quoi que ce fut), et la liberté d'expression (vous pouvez exprimer ces idées, pour peu que vos propos ne portent préjudice à personne).


Au sujet de cette dernière, j'aimerais signaler que répondre à un propos ne signifie pas chercher à l'interdire, au contraire : répondre à vos arguments ne sera jamais chercher à vous censurer ; donc si vous n'êtes pas d'accord avec les remarques que l'on vous fait, plutôt que de vous plaindre d'atteintes à votre liberté d'expression, servez-vous en.

Mais notez tout de même que toute liberté, y compris celle-ci, dépend du contexte dans lequel vous l'utilisez : quand vous vous exprimez dans un espace qui ne vous appartient pas, faites-le en fonction des règles propres à ce lieu.


La Liberté guidant le peuple

Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830.



Mais les enfants, ce sont les mêmes… [égalité]

(Extrait musical : Göttingen, Barbara)


Barbara chante que, si Paris a la Seine, ça n'empêche pas les roses de Göttingen d'être belles, et qu'aucune des deux villes, malgré leur différence, ne sauraient avoir plus de valeur que l'autre. C'est là toute l'essence de la notion d'égalité qu'arbore notre devise.

Égalité

2. Fait de ne pas présenter de différence de qualité, de valeur. Égalité des chances, des conditions, des droits

Bien sûr, l'égalité n'est pas l'identité. Nous sommes tous différents les uns des autres, avec, dans les faits, des atouts et des handicaps divers, variés en fonction des gens. Il ne saurait être question de prétendre que tous les êtres humains sont interchangeables. Mais ce qui est posé, en revanche, est que tous les êtres humains ont les mêmes droits, et bénéficient des mêmes libertés.


Car égalité et liberté sont complémentaires : comme nous l'avons vu juste au dessus, la liberté de chacun est garantie par l'égalité entre tous. Quand certaines personnes revendiquent une opposition entre ces deux termes, et disent privilégier le premier sur le second, elles disent, au moins littéralement, vouloir autoriser certaines personnes, au nom de leur « liberté », à sacrifier celle des autres, puisque c'est ce qu'implique une rupture d'égalité.

Ce que ces personnes appellent « liberté » porte en fait un autre nom, beaucoup moins sexy, celui de « loi de la jungle ».


En revanche, il existe bien plusieurs manières de concevoir et d'appliquer l'égalité, en fonction de l'équilibre que l'on conçoit entre les inégalités de fait et les ambitions visées. On peut considérer qu'il suffit de donner à tous les mêmes possibilités théoriques, le même traitement pour tous, et laisser ensuite les gens se débrouiller par eux-mêmes ; ou bien au contraire poser qu'il faut faciliter certaines choses à ceux qui y ont plus de difficultés, ce qui implique souvent de rendre plus difficile les mêmes choses à ceux qui y avaient des facilités (c'est le principe général des quotas à l'embauche, par exemple).

Dans les deux cas, il est important, au minimum, de veiller à réduire les discriminations infondées. Et la tâche est importante, notamment en ce qui concerne le sexisme.


Tu es de ma famille… [fraternité]

(Extrait musical : Famille, Jean-Jacques Goldman)


D'une certaine manière, tous les êtres humains sont apparentés, de même d'ailleurs que les êtres vivants sur cette planète, qui descendent tous, par le jeu de l'évolution, d'un ancêtre unique surnommé « LUCA » (Last Universal Common Ancestor). Mais ce n'est bien sûr pas de ça qu'il est question ici.

Fraternité

2. Sentiment de solidarité et d'amitié

Agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité, comme nous le demande la DUDH, c'est donc faire comme si nous étions tous les meilleurs amis du monde. Pas facile, hein ? Mais il ne s'agit pas de nous aimer vraiment, juste de « faire comme si ».


Peu importe quels sont vos sentiments réels à l'égard de telle ou telle personne ; ce qui compte est que vous soyez capable de vous comporter en traitant les autres, sinon avec amitié, au moins avec respect. Cela implique d'accepter que leurs idées, si elles diffèrent des vôtres, puissent mériter d'exister et ne pas être totalement saugrenues.

J'insiste sur la distinction entre ce mot de respect et celui, parfois plus à la mode, de « tolérance ». La différence étant que, au sens strict, l'on tolère les choses quand on préférerait les interdire, mais que l'on peut difficilement y parvenir ; vous comprenez que cela correspond moins à l'idéal de fraternité.


La solidarité précisée dans la définition est également importante, de même que l'entre-aide qu'elle implique. On pense, notamment, à toutes les associations venant en aide aux mal-nourris, aux mal-logés, et à tous ceux qui sont dans le besoin ; mais il n'y a pas qu'elles.

En fait, le système de financement de l'État lui-même est basé sur la solidarité : les impôts que vous et moi payons servent à financer l'action publique, et notamment les hôpitaux, les écoles, et tout un tas d'autres choses dont nous bénéficions.

L'impôt sur le revenu est indicé selon le niveau de ce revenu : chacun paye, en fonction de ses moyens, pour assurer le bon fonctionnement de la collectivité : payer ses impôts est un acte solidaire.



Je lui laisse dire Amen… [laïcité]

(Extrait musical : Trompettes de la renommée, Georges Brassens)


La liberté de conscience implique, entre autre, une liberté religieuse : les gens ont le droit d'avoir leurs convictions religieuses, ainsi que de se conformer à celles-ci, dans les limites, bien sûr, autorisées par la loi.

Laïcité

A. Principe de séparation dans l'État de la société civile et de la société religieuse.

La loi n'a que faire des appellations : seuls les sens comptent. Aussi n'indique-t-elle pas « l'état est laïque », mais définit-elle précisément les conditions qui font que l'état l'est bel et bien. Le texte régissant cela est la Loi portant séparation des Églises et de l'État, votée en 1905 et qui a depuis été intégrée à notre constitution.


Encore une fois, Maître Eolas, bien meilleur spécialiste du droit que je ne prétendrais l'être (et pour cause), a rédigé un excellent article sur le sujet, que je ne peux que vous inciter à aller lire.

Mais pour préciser les choses ici et en quelques mots, disons simplement que la laïcité ne consiste pas en le fait d'exiger que tout ce qui est religieux soit restreint à un cadre strictement privé. Il s'agit, au contraire, de permettre aux gens ayant différentes positions métaphysiques de vivre « en bonne entente », c'est-à-dire dans le respect les uns des autres.


Le principe d'égalité doit d'ailleurs s'appliquer également aux religions : si aucune n'est religion d'état (la République ne reconnaît aucun culte), aucune ne doit non plus être rejetée sans motif grave tels que ceux que portent le sens actuel du mot secte.

Si vous ne partagez pas les croyances de certains de vos concitoyens, au moins, respectez-les.



Si l'école permet pas ça… [éducation]

(Extrait musical : C'est quand qu'on va où ?, Renaud)


On pense parfois que l'école a uniquement pour but de remplir le cerveau de ses élèves d'un gros tas de connaissances plus ou moins utile. Sa tâche est en fait bien plus vaste, et c'est pourquoi, plutôt qu'une « Instruction publique », nous avons une « Éducation nationale ».

Éducation

1. Art de former une personne, spécialement un enfant ou un adolescent, en développant ses qualités physiques, intellectuelles et morales, de façon à lui permettre d'affronter sa vie personnelle et sociale avec une personnalité suffisamment épanouie; p. méton., moyens mis en œuvre pour assurer cette formation.

Le rôle de l'école n'est pas seulement de remplir les cerveaux, mais également de leur permettre de fonctionner correctement. L'un des objectifs les plus essentiels, autant que les plus ambitieux, de cette institution, est d'apprendre à ceux qui y passent à réfléchir.


L'École est le lieu où les jeunes homo sapiens doivent apprendre, en plus de la lecture et du théorème de Pythagore, la citoyenneté, l'ouverture aux autres, et la prise de recul qui leur permettra, espère-t-on, de ne pas se laisser manipuler par les « effets de com' », et d'exercer leur liberté dans l'égalité entre tous.

Pour que fonctionne une véritable démocratie, il est nécessaire que le peuple souverain soit un peuple éduqué, et c'est pourquoi il est nécessaire qu'un effort particulier soit porté au bon fonctionnement de l'École.



Je ne regrette rien ! [justice]

(Extrait musical : Non, rien de rien, Édith Piaf)


Dans cette chanson, Édith Piaf dit vouloir effacer ses souvenirs pour repartir à zéro. La première partie n'est pas forcément souhaitable : nos souvenirs sont une part importante de notre identité. La seconde, elle, est parfois nécessaire : quand un équilibre a été brisé, il faut remettre les choses à plat pour pouvoir repartir.

Justice

C. 1. Jugement, réparation, sanction légale des fautes commises contre un individu ou contre la société; exercice du pouvoir judiciaire.

La Justice n'est pas la vengeance ; l'objectif n'en est pas de faire souffrir « gratuitement » les coupables. Elle cherche en revanche à réparer, tant que faire se peut, les préjudices, et à s'assurer, autant que possible, que d'autres ne suivent pas.

Ainsi, la fonction théorique de la prison (hélas, à l'instant où j'écris ces lignes, c'est loin d'être le cas en pratique) est d'isoler temporairement un individu dangereux, afin tant de préparer sa réinsertion que d'en protéger la société.

D'une manière générale, la Justice est l'instrument qui tente de rétablir liberté, égalité et fraternité lorsque des atteintes leur sont portées (à titre d'exemple : une condamnation récente de la France par la CEDH pour discrimination à l'adoption envers les personnes homosexuelles a valu certaines modifications de la loi accompagnant le mariage pour tous).


Je profite de ce passage sur la justice pour dire un mot à propos de la « loi du Talion », qui consistait à faire subir au coupable la souffrance exacte qu'il a infligé à la victime : s'il a crevé un œil, on lui crève un œil en retour ; s'il a cassé une dent, on lui casse une dent.

Cette règle nous semble, désormais, hors de proportion ; elle était pourtant, à l'époque, destinée à apporter une première ébauche de l'idée de justice, pour remplacer les vengeances qui, par trop disproportionnées, entraînaient d'autres vengeances, dans un cercle vicieux.

Nous avons progressé dans cette direction ; tâchons de ne pas rebrousser chemin.



Refusez d'obéir ! [courage]

(Extrait musical : Le Déserteur, Boris Vian)


Dernier point pour cet article, qui n'est pas une conséquence des trois mots initiaux, mais qui est nécessaire à leur conservation : le courage de se battre pour les défendre lorsqu'ils sont mis à mal.

Courage

B. Fermeté de cœur, force d'âme qui se manifestent dans des situations difficiles obligeant à une décision, un choix, ou devant le danger, la souffrance.

Un ancien résistant décédé récemment, et qui s'appelait Stéphane Hessel, nous encourageait à nous indigner contre les nombreuses atteintes à ces principes qui ont lieu actuellement.

Refuser d'obéir et de se soumettre au fatalisme, agir pour que la liberté, l'égalité et la fraternité s'étendent plutôt que de s'éteindre, cela demande du courage, un courage qui nous est nécessaire.


Ce dernier mot ne se termine peut-être pas en -té, mais, comme j'en ai déjà parlé, il forme, réuni avec les trois autres, la clef qui nous permet d'ouvrir les portes de l'avenir.

Message 2, par Shanx

§ Posté le 01/04/2013 à 16h 23m 38

C’est quand même dommage de parler de désobéissance civile sans citer Thoreau, qui a créé le terme : “Une minorité est impuissante tant qu'elle se conforme à la majorité ; ce n'est du reste plus une minorité ; mais elle devient irrésistible quand elle la bloque de tout son poids. Si l'alternative était de mettre tous les justes en prison ou renoncer à la guerre et à l'esclavage, l'État ne balancerait pas dans son choix.


Et sinon, je me répète, mais les titres doivent être donnés en italiques, pas soulignés. :p

Message 3, par Elzen

§ Posté le 01/04/2013 à 16h 37m 15

Bah je n'me rappelais plus d'où ça venait exactement, et vu le temps que j'ai mis à rédiger cet article, j'ai eu la flemme de rechercher. Merci pour la précision, donc.


Et sinon, j'me répète aussi : pour les titres, tu n'as qu'à aller et régler ça comme tu veux 😉

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