Les mots de la famille

Message 1, par Elzen

§ Posté le 21/01/2014 à 1h 09m 21

Bon, quelques mots sur nos arbres généalogiques, pour changer. Et pour commencer, signalons que les arbres en question n'en sont pas, en tout cas au sens mathématique du terme.

En effet, ce que l'on appelle « arbre » en mathématiques, c'est une structure dans laquelle un élément donné possède un certain nombre de suivants, lesquels ont eux-mêmes des suivants, etc.

Un peu comme dans un vrai arbre, en fait(1). Pour la famille, ça marcherait si les enfants n'avaient qu'un seul parent, mais ça ne va pas trop avec les couples. Par contre, pour décrire l'évolution des espèces, ça correspond bien.

Mais même en considérant que chaque nœud de l'arbre serait un couple, et non pas un individu isolé (ce qui n'aiderait pas à représenter le cas des parents ayant eu des enfants avec plusieurs partenaires), les arbres généalogiques ont une caractéristique que les arbres mathématiques n'ont jamais : il arrive, occasionnellement, que les arbres généalogiques contiennent des croisements.

Si Cyrano avait eu des enfants avec Madgeleine Robin(2), par exemple, on se serait trouvé avec plusieurs chemins de l'“arbre” généalogique reliant leurs ancêtres et leurs descendants, ce qui n'est pas autorisé dans un arbre mathématique.



Mais baste ! J'ai dit que je parlais généalogie et pas de maths. Je suppose que je ne vous apprendrais rien en répétant le vocabulaire usuel : frère, sœur, père, mère, oncle, tante, neveu, nièce, cousin, cousine…

Tenez, vous y êtes tellement habitués que cette petite énigme classique ne devrait pas vous poser de problème, si ?

Frères et sœurs, je n'ai point ; mais le père de cet homme est le fils de mon père. Qui est-il ?


Une petite remarque, cependant, vous n'y couperez pas : remarquez que, pour l'énigme, je n'ai pas eu d'autres choix que d'écrire « frères et sœurs ». Un père et une mère sont deux parents, mais il manquerait peut-être, dans notre langue, un terme pour pouvoir désigner les autres membres de notre fratrie sans avoir à nécessairement spécifier leur genre.

En allemand, langue ayant l'avantage sur la nôtre de disposer d'un neutre, il existe le terme « Geschwister » qui sert à ça (quand « frère » se dit « Bruder » et « sœur » « Schwester »). Peut-être un terme serait-il à inventer en ce qui nous concerne ?


Oh, une autre remarque : j'ai précisé que le terme de « parent » était utilisé pour désigner les pères et mères sans avoir à préciser leur genre. C'est effectivement l'un de ses sens de base.

Mais, ce terme étant polysémique, il peut également avoir un autre sens. En fait, à partir du moment où deux personnes ont un lien de parenté entre elles, on peut dire qu'elles sont parentes l'une de l'autre.



Reprenons, et parlons maintenant de la notion de belle-famille, et de ce qui n'en fait pas partie. Elle désigne, cette belle-famille, à partir du moment où une personne est mariée, la famille de ses conjoints (on parle aussi de « famille par alliance »). Ainsi, la mère de l'époux⋅se est désignée comme étant la belle-mère, et son père, comme étant le beau-père.

Contrairement à ce que l'on rencontre souvent, ces termes ne sont pas appropriés pour désigner les nouveaux conjoints des parents lorsque ceux-ci sont remariés : le nouvel époux de la mère (ou du père, puisque, avec une décénie de retard sur certains de nos voisins, ceci est désormais possible chez nous) se nomme le parâtre, et la nouvelle épouse du père (ou de la mère) se nomme la marâtre.

Blanche Neige et Cendrillon, ayant vécu les quelques mésaventures que l'on sait, ont peut-être contribué à ce que ce terme perde en popularité ; mais à notre époque où ce genre de situation n'est plus rare, il pourrait être intéressant qu'ils reviennent à la mode.


Prenons les choses dans l'autre sens, à présent : vous aurez compris que la réciproque de parâtre et marâtre est beau-fils ou belle-fille (là encore, un neutre serait le bienvenu ; mais « beaux-enfants » est, à ma connaissance, une expression assez peu usitée), étant donné que, de leurs point de vue, ce sont les enfants de leur conjoint⋅e.

Quand il s'agit, au contraire, des beaux-parents, il existe là encore des termes spécifiques : celui de gendre, relativement courant, et désignant l'époux de l'enfant ; et celui de bru, plus rare, désignant l'épouse.


Et à la génération intermédiaire ? Les frères et sœurs des conjoints sont désignés par « beau-frère » et « belle-sœur ». Le premier de ces deux termes était souvent raccourcis en « beauf' » ; mais ce terme a fini par prendre un sens n'ayant plus grand chose à voir avec les relations de parenté directe ou par alliance.

On attribue souvent ce changement de sens à l'effet d'un personnage du dessinateur Cabu, comme Renaud l'évoquait dans une chanson portant ce nom :

On choisit ses copains, mais rar'ment sa famille : 'y a un gonze mine de rien qu'a marié ma frangine,

Il est dev'nu mon beauf', un beauf' à la Cabu, imbécile et facho, mais heureusement cocu !

Cependant, le Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey indique que le terme était déjà utilisé avec cette connotation dans un roman de Jean Vassal de 1956, soit une vingtaine d'années avant les dessins de Cabu.

Assez curieusement, il semble que les termes de « beau-frère » et de « belle-sœur » soient également employés (comme dans la sus-citée chanson) pour désigner les conjoint⋅e⋅s des frères et sœurs, bien qu'ils ne fassent pas partie de la belle-famille au sens strict.

Peut-être est-ce, comme dans le cas des parâtre et marâtre, un abus de langage, mais je n'ai, dans ce cas, pas encore trouvé quel était le terme véritablement approprié, y compris dans le sus-cité dictionnaire. Si quelqu'un avait des informations à ce sujet…


En cas de remariage des parents (Je précise, après multiples usages, que « remariage » est ici a prendre au sens très large ; les termes étant bien sûr utilisés y compris lorsque la relation n'a pas été officialisée aux yeux de l'État), se pose également la question de savoir comment on désigne les enfants des nouveaux conjoints.

Cette question est tellement épineuse que je me souviens avoir, étant gosse, lu un livre intitulé Mon frère au degré X(3), cette référence aux inconnues en mathématique étant la solution finalement trouvé par les deux personnages dans cette situation pour se désigner l'une l'autre.

Wikipédia nous apprend(4) qu'il existait autrefois les termes « frérâtre » et « sœurâtre », qui ne sont quasiment plus utilisé. L'usage pencherait actuellement pour « quasi-frère » et « quasi-sœur ».


Bien sûr, si les différents enfants ont un parent commun, on parle de demi-frères et de demi-sœurs, comme vous le saviez ; j'en profite cependant pour renvoyer vers un article de Maître Eolas (histoire de caser mon quota de liens vers des blogs chouettes) traitant notamment des différents statuts juridiques des enfants.

Tiens, et tant qu'on parle de statuts et de vocabulaire : « bâtard », utilisé aujourd'hui comme insulte ou pour qualifier les animaux issus de croisement entre plusieurs races distinctes (suivez le lien pour découvrir (si ce n'était déjà fait) que ce terme, lui aussi, peut avoir une application à la famille), désignait l'état des enfants illégitimes, nés hors mariages.



Revenons, pour finir, à l'ascendance directe, pour parler un peu de conflits de génération. D'abord, notons que grand-père et grand-mère s'écrivent avec ce trait d'union, ou avec une apostrophe (comme dans « grand'place ») ; faute de quoi on devrait dire « grande mère », ce qui choque un peu plus l'oreille. La « mère grand » du petit chaperon rouge étant une construction assez curieuse.

Ensuite, on a coutume de désigner les parents des grands-parents, et leurs parents à eux, et ainsi de suite, en ajoutant autant d'« arrière » qu'il y a de génération « en trop ».

Il existe pourtant un terme dédié : celui d'« aïeux ». Qui peut être préfixé par une valeur numérique : ainsi, le « trisaïeul » est équivalent à l'« arrière-arrière-arrière-grand-père ». Erratum : après vérification, « aïeul » désigne en fait un grand-parent, et il y a donc un « arrière » de moins que le nombre indiqué par le préfixe.

Comme d'autres polysémique, « aïeux » est également parfois utilisé pour désigner les ancêtres dans leur ensemble, sans considération particulière de génération, notamment lorsqu'il s'agit de désigner une appartenance particulière.

Cependant, en ce qui me concerne, quand je parle de « la ville de mes aïeux »(5), c'est bien à la ville dans laquelle vécurent mon arrière-grand-père et mon arrière-grand-mère (ainsi que leurs enfants) que je fais référence ; mes connaissance sur les générations plus anciennes de mon arborescence généalogique étant assez limitées.



Ce sera tout pour cette fois ; mais libre à vous de compléter si vous voyez un point intéressant que j'aurais oublié ci-dessus.

Ah, pour l'énigme ? La personne désignée est bien l'enfant de celle qui parle.


Message 2, par grim7reaper

§ Posté le 21/01/2014 à 3h 14m 12

Ça vient de chez moi ou il manque un bout de l’article ?

(Illustration)

Message 3, par Marie-Lou

§ Posté le 21/01/2014 à 10h 02m 35

Pareil que grim7reaper.


Frères et sœurs, je n'ai point ; mais le père de cet homme est le fils de mon père. Qui est-il ?


Ah ça ma bonne dame, c'est encore un coup du djendeur qui provoque toute cette chienlit !

Message 4, par Elzen

§ Posté le 21/01/2014 à 10h 48m 43

Oups, un raté dans la génération automatique ^^"


J'ai dû en lancer deux d'un coup après correction d'une coquille et interrompre la mauvaise.


C'est arrangé 😊

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