Sur le sens du mot « chasteté »

Message 1, par Elzen

§ Posté le 15/02/2013 à 19h 52m 46

Ce qui suit semble, je vous l'accorde volontiers, d'une importance extrêment limitée. Cependant, cela me semble représentatif des questions à se poser sur l'usage de notre intelligence. Ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres, hélas.


Question de langue adressée à l'Académie :

Bonjour,


je vous écris ce message suite à une controverse entre un camarade et moi au sujet du sens du mot « chasteté ».



En effet, le camarade en question me soutient que ce mot n'a qu'un sens unique strictement équivalent à celui d'« abstinence », et prend pour référence, dit-il, votre dictionnaire dans lequel se trouve, selon lui (je n'ai pas eu le livre sous les yeux ni eu de référence plus précise), une seule définition :


« Vertu qui recommande de s'abstenir de plaisirs charnels, jugés contraires à la morale ».


La présence de la virgule signifie en effet que l'ensemble des plaisirs charnels seraient jugés contraires à la morale, et que donc la chasteté serait une abstinence totale (quand la même phrase, sans virgule, signifierait abstinence des seuls plaisirs charnels jugés contraires à la morale, ce qui pourrait ne pas signifier l'ensemble d'entre eux).


Il me cite également, comme témoin, le Vœu de Chasteté des prêtres catholiques, qui selon lui, se suffit à lui-même pour justifier leur abstinence.



Je répond en citant la définition du Trésor de la Langue Française, consultable à cette adresse : http://cnrtl.fr/definition/chastet%C3%A9, et qui indique comme sens premier une abstinence des plaisirs charnels « illicites », c'est-à-dire hors-mariage (tout en pointant également la modération dans les plaisirs charnels « licites ») ; le sens d'abstinence totale fourni plus bas n'en étant qu'une extension spécifique.


Autre référence à ce sujet, le dictionnaire de la langue française d'Émile Littré signale : « CHASTETÉ, CONTINENCE. La chasteté est une vertu morale qui prescrit des règles à l'usage des plaisirs de l'amour ; la continence est une autre vertu qui en interdit absolument l'usage. La chasteté règne dans le mariage ; la continence règne dans les cloîtres. Il y a aussi cette différence que la chasteté est cette vertu considérée en elle-même, et que la continence est la même vertu considérée par rapport à son opposé qui est l'incontinence : il peut y avoir, dans un mariage chaste d'ailleurs, peu de continence. »


Je réponds également à son exemple en signalant que l'abstinence desdits prêtres catholiques est le résultat de la combinaison de leur obligation de chasteté et de leur obligation de célibat, prenant pour témoin le fait que les prêtres d'autres courants du christianisme ont toujours cette obligation d'être chastes, mais peuvent se marier et avoir des enfants (ce qui s'oppose généralement à l'abstinence totale).


Je peux également citer l'usage fait de ce terme dans quelques ouvrages littéraires, notamment le roman « l'Enchanteur », dans lequel Barjavel indique que le Graal ne pourra être trouvé que par un chevalier « chaste, et sans doute vierge ». Ces deux qualificatifs devant porter sur l'ensemble de la vie du chevalier, la virginité sera la conséquence logique de l'abstinence : la formulation indiquant qu'elle n'est pas celle de la chasteté, il y a donc différence entre ces deux notions.



Dans son dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey indique : « Chasteté désigne la pudicité, en particulier l'abstinence des plaisirs de la chair prescrite en religion (1656-1657 Pascal). » L'idée d'abstinence y est donc fortement associée, mais tout de même précisée comme étant un cas particulier et non comme le sens général du mot, sur lequel portait notre controverse.



Mon camarade refusant de reconnaître d'autres références que l'autorité de l'Académie, je vous prie de bien vouloir nous départager à ce sujet.


Réponse de l'Académie :

Monsieur,


Voyez l'article chasteté, tel qu'il figure dans notre Dictionnaire :

CHASTETÉ n. f. XIIe siècle. Emprunté du latin castitas, « chasteté,

virginité (des vestales) ».

1. RELIG. Vertu qui soumet la vie sexuelle et affective au primat de la

charité, et qui s'exerce différemment selon les états de vie. La chasteté

conjugale, qui donne de la qualité spirituelle au désir sexuel. Faire vœu de

chasteté. 2. Réserve, tempérance et maîtrise dans la vie sexuelle. 3.

État d'une personne chaste. Vivre dans la chasteté. 4. Anciennt. Ceinture

de chasteté, sorte d'appareil métallique muni d'un cadenas qu'un mari

faisait porter à sa femme pour l'empêcher de commettre l'adultère.


Ce qu'on y lit est conforme à ce qu'on lit dans "Les Mots du

christianisme" de Dominique Le Tourneau : Vertu, ou disposition habituelle à

bien agir, de la personne qui maîtrise sa sexualité, c'est-à-dire, selon la

doctrine catholique, la procréation et l'aide mutuelle des époux dans le

mariage.


Cordialement,


Credible Helzenk

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