L'avocat du Diable

Message 1, par Elzen

§ Posté le 19/12/2011 à 19h 51m 41

Non, cet article ne porte pas sur Maître Eolas, ni sur aucun de ses confrères. Ils ont bien trop à faire avec ceux qu'ils défendent, qui, s'ils sont de « pauvres diables », n'ont pas grand chose en commun avec le seul vrai Diable à propos duquel je vais plaider aujourd'hui.


Je voudrais tout d'abord vous présenter mes excuses pour le silence de ces dernières semaines : j'ai été un certain temps trop débordé pour continuer à rédiger les articles qui s'accumulent dans ma « TODO list », puis j'ai eu besoin de prendre un peu de repos, et puis j'ai davantage travaillé sur la nouvelle version de Touhy (qui arrivera d'ici quelques temps, il reste encore du boulot) que sur le reste de ce blog.

Mais me revoilà, et puisque nous entrons en cette phase de trêve de Noël (en plus, si j'me suis renseigné sur le bon site, la fête juive de Hanoucca sera célébrée cette année du 21 au 28 décembre, donc pour cette fois, les dates correspondent), mon cher esprit de contradiction n'hésite pas à vous proposer un sujet qui fâche ^^



Commençons donc par ladite expression, « avocat du diable ». Mon « Trésor des Expressions Françaises(1) » m'apprend que son rôle n'était pas de défendre le Diable, comme le nom le laisserait entendre, mais au contraire d'accuser les Saints. Au Vatican, puisque l'expression vient de là, ce nom désigne la personne chargée, lors des canonisations, de mettre en doute les qualités du futur Saint, afin de s'assurer qu'on ne décerne pas ce titre à n'importe qui.

D'où son usage actuel, pour désigner une personne qui, par exemple dans les discussions autour d'un projet, en pointe du doigt les points faibles et les risques, pas forcément parce qu'il n'est pas d'accord, mais parce que ça peut être sacrément utile pour améliorer les choses.



Mais prenons pour cette fois l'expression au sens littéral, et parlons un peu des antécédents de l'accusé. Si vous tenez à vérifier, son casier judiciaire est accessible à tous, en plusieurs pages, sur Wikipédia. Sur plusieurs pages, parce qu'à chaque nom que porte le Diable est associée une mythologie différente, qui donne parfois aux religions monothéistes quelques airs de polythéisme. Ou plutôt qui témoigne de l'avis exprimé par les monothéistes envers les religions polythéistes.


Vous en doutez ? Commençons alors par le cas de Belzébuth. Ce démon, prince de l'enfer, semble bien être une déformation de Baal Zebul, dans lequel vous reconnaissez le mot « Baal ». Avant d'être l'un des derniers grand maîtres Goa'uld, ou bien le père biologique de Sendai et d'Abazigal, Baal était un titre honorifique pouvant désigner n'importe quel dieu, voire même certains mortels. Le nom se serait ensuite peut-être fixé sur un dieu en particulier, mais ce n'est même pas sûr.

Quoi qu'il en soit, le tristement célèbre « Moloch Baal », dieu auquel on sacrifiait des victimes humaines, n'est qu'une invention ultérieure. La question de savoir si les phéniciens et carthaginois, car ces termes proviennent de leurs langues, pratiquaient les sacrifices humains n'a toujours pas été tranchée par les historiens, mais l'on sait en revanche que si cela a eu lieu, ça n'avait certainement pas l'ampleur qu'en décrivent les « diabolisations » monothéistes.


Asmodée, souverain des neufs enfers de Baator dans Dungeons and Dragons, ou Azazel, mis en scène par quelques nouvelles fantastiques(2) d'Isaac Asimov, sont plus plausibles dans le rôle d'entités issues uniquement de la mythologie hébraïque. En tout cas, je ne leurs connais pas d'origine issue d'une autre mythologie.


Du Méphistophélès de Faust, incarnation du Diable sur Terre, je ne connais pas l'origine. En revanche, ce que je sais de l'histoire de Faust le ferait se rapprocher d'un autre nom : celui de Satan. Car si son nom peut signifier « adversaire » en hébreux, la signification la plus récurrente de ce nom, dans les religions juive, chrétienne et musulmane, est « tentateur ».

C'est le nom de celui qui propose quelque chose de très intéressant (comme la nouvelle jeunesse de Faust) en échange d'une damnation. Et quand on cite donc « vade retro, satanas », cela sous-entend peut-être que l'on rejette une proposition qui nous aurait pourtant fait envie ?


Quoi qu'il en soit, les cultes dits « sataniques » sont souvent une réaction d'opposition à certains aspects de la religion chrétienne. Encore que certains de ceux qui sont affublés de ce nom soient en fait adressés à Lucifer qui, s'il a été assimilé à Satan, représente initialement un personnage qui lui est assez opposé.

L'étymologie de son nom est assez parlante, d'ailleurs : en latin, il signifie littéralement « porteur de lumière ». Ce qui, si l'ont sait qu'on lui a attribué, comme à Azazel, le rôle de l'ange déchu pour avoir défié Dieu, n'est pas sans rappeler l'histoire de Prométhée, condamné par Zeus pour avoir apporté, contre sa volonté, le feu (et donc la lumière) aux hommes.

La différence entre ces deux mythes réside dans l'intention : Prométhée voulait aider les hommes, tandis que, selon les monothéistes, Lucifer aurait voulu s'émanciper de son créateur pour devenir lui-même une sorte de dieu, ou quelque chose comme ça.


Mais il serait loin d'être le premier symbole positif d'une religion polythéiste à devenir un symbole maléfique dans un monothéisme. On a vu le cas de Baal un peu plus haut ; on peut évoquer aussi celui des faunes et du dieu Pan : si leur nom n'a pas été reprit, c'est leur apparence qui est devenue très exactement celle des démons.

Ce mot de démon, d'ailleurs, en est lui-même un exemple, puisqu'il désignait initialement des esprits de la nature que l'on retrouve sous de diverses formes dans de très nombreuses cultures, et qui ne sont ni franchement bons, ni vraiment malveillants.


Que conclure de tout cela ? Rien… si ce n'est que les croyances et les mythologies sont décidément des choses bien étranges. Après tout, le Père Noël tel que nous le connaissons actuellement a été popularisée pour les besoins publicitaires de Coca Cola, après avoir hérité de l'image de Saint Nicolas, et la date du 25 décembre a été fixée pour christianiser les fêtes traditionnelles qui avaient auparavant lieu à cette période.


En quoi que vous croyiez, Joyeux Noël, et qu'il ne vous arrive que de bonne chose durant les prochaines semaines 😉


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