Principes du Logiciel Libre

Mais c'est quoi, au juste, ces machins-là ?

Message 1, par Elzen

§ Posté le 24/10/2008 à 13h 59m 00

Le mouvement du Logiciel Libre s’appuie sur deux principes de base. L’un est l’idée (assez ancienne, et qui ne s’applique pas qu’à l’informatique) selon laquelle la connaissance humaine appartient à l’humanité entière et non à une poignée d’individus. L’autre est l’idée qu’une fois légalement acquis, le système appartient à ses utilisateurs et plus à ses créateurs.

Ces deux principes ont été appliqués à l’informatique depuis très longtemps, en particulier par les universitaires, mais de manière assez floue, jusqu’à ce qu’en 1984, un informaticien américain nommé Richard Matthew Stallman ne décide de formaliser correctement les choses en définissant quatre libertés qu’il a appelé fondamentales, comptées, comme souvent en informatique, à partir de zéro :

Un logiciel dont la licence donne ces quatre libertés à l’utilisateur est appelé Logiciel Libre. Les logiciels dont la licence ne respecte que partiellement ou pas du tout l’une de ces libertés sont appelés propriétaires, selon l’appellation la plus courante. Stallman lui préfère néanmoins le terme “privateur” (Édit : ce terme n’existant actuellement pas dans la langue française, on m’a suggéré celui de privatif, que je privilégie désormais.), puisqu’ils vous privent de vos libertés fondamentales.


L’une des premières remarques que l’on peut faire est que, contrairement à ce que certaines personnes disent parfois, Libre ne veut pas dire gratuit. D’une part, parce que tous les logiciels gratuits ne sont pas Libres. Un logiciel distribué gratuitement, mais qui n’est ni étudiable, ni modifiable, est un logiciel propriétaire. D’autre part, parce qu’un logiciel Libre n’est pas forcément gratuit : la liberté n°2 implique qu’il puisse être vendu.

Il ne faut pas non plus confondre Logiciel Libre avec Logiciel « shareware », c’est-à-dire en version de démonstration ou d’évaluation : ceux-ci sont des versions gratuites de logiciels payants, dont l’usage est généralement limité dans le temps, ou bien qui sont dépourvues d’une partie de leurs fonctions. Les logiciels « shareware » sont par principe tous des logiciels propriétaires.

On parle également de logiciels « OpenSource ». Juridiquement parlant, ce terme et celui de Libre sont quasi-équivalent, les critères de reconnaissances d’une licence OpenSource sont à peu près les mêmes que ceux d’une licence Libre. La différence entre les deux termes est principalement une histoire d’idéologie : pour ceux qui produisent du logiciel Libre, le fait qu’il soit libre est un but en soi, tandis que pour ceux qui produisent de l’OpenSource, c’est “simplement” un moyen d’améliorer le logiciel.


On peut ensuite se demander si toutes ces libertés sont bien utiles à l’utilisateur. En effet, seuls une petite partie d’entre eux (les programmeurs) risquent de savoir lire son code source et de pouvoir le modifier. Cependant, même si elles paraissent inutiles à l’utilisateur “ordinaire”, ces libertés sont essentielles : même si le nombre de personnes à aller étudier véritablement le logiciel est réduit, il n’est pas nul. On a donc souvent l’assurance que plusieurs personnes ont vérifié que le logiciel que l’on a installé non seulement fait ce que l’on attend de lui, mais également ne présente aucun danger (certains logiciels propriétaires contiennent de manière presque invisible des “mouchards” et autres fonctions indésirables).

De plus, la liberté de modifier permet à celui qui détecte une faille de la corriger, tandis que les failles détectées dans les logiciels propriétaires ne peuvent qu’être signalées, sans aucune assurance que l’équipe de développement va prendre la peine de la corriger : les logiciels Libres ont donc tendance à être beaucoup plus robustes. (Quelqu’un qui va rechercher les failles dans un logiciel dans le but de les corriger est appelé un hacker. Ce terme est cependant souvent utilisé à tord pour désigner les crackers, c’est-à-dire ceux qui vont rechercher les failles dans le but de les exploiter.)

Enfin, la liberté de modification permet également aux utilisateurs d’ajouter les fonctions dont ils ont besoin, ou au contraire de supprimer les fonctions superflues, ce qui permet d’avoir des logiciels dans le premier cas plus complets, et dans l’autre plus économiques. Ces modifications pouvant être redistribuées, le nombre de personnes contribuant à l’amélioration d’un Logiciel Libre est donc beaucoup plus important que celui de personnes contribuant à l’amélioration d’un logiciel propriétaire, étant donné que, pour ce dernier, seule une équipe limitée a le droit de travailler dessus.

Certains pourront se demander si cette possibilité de modifier ne présente pas un risque, puisque n’importe quel programmeur malveillant peut déteriorer le logiciel au lieu de l’améliorer. Cependant, même si ces pratiques sont possibles, leur impact est minime : d’abord, une sorte de sélection naturelle s’impose, un bon nombre d’utilisateurs étant capables de reconnaître une mauvaise version et de conseiller à leur entourrage d’en utiliser plutôt une autre. Ensuite, l’équipe ayant créé le logiciel en garde la charge, et diffuse donc une version “officielle” dans laquelle ils auront prit soin de ne garder que les contributions bénéfiques.


Les logiciels Libres présentent donc un certain nombre de caractéristiques qui vont avoir tendance à les rendre de plus en plus sûrs et performants. Bien sûr, ce n’est pas toujours parfait, et il peut arriver qu’un logiciel propriétaire soit plus adapté à une situation donnée qu’un logiciel Libre. Afin d’éviter cette situation, Richard Stallman a créé une association appelée Free Software Foundation, dont le rôle est de veiller à ce que tout ce que l’on peut faire sur un ordinateur soit faisable uniquement par des Logiciels Libres. En particulier, il existe plusieurs systèmes d’exploitation entièrement libres, dont je vous parle dans un autre texte.

Si l’on peut avoir une idéologie précise en créant un Logiciel Libre, celui-ci se trouve cependant “au dessus de ça” : il n’y a pas de pré-requis politiques, philosophiques ou religieux à la création ou à l’utilisation de Logiciels Libres. C’est donc uniquement leurs avantages pratiques qui ont fait que divers organismes tels que la Bourse de New York, neuf serveurs web sur dix dans le monde et nos Gendarmerie et Assemblée Nationnale Françaises ont choisi d’utiliser essentiellement du Logiciel Libre, tournant sur des systèmes Libres.

Je voudrais terminer ce texte en citant Richard Stallman, dans quelques unes de ses conférences en français : « Je puis expliquer le Logiciel Libre en trois mots : Liberté, Égalité, Fraternité. Liberté, parce que les utilisateurs sont libres. Égalité, parce qu’ils disposent tous des même libertés. Fraternité, parce que nous encourageons chacun à coopérer dans la communauté. »

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