Le point sur Canonical

Message 1, par Elzen

§ Posté le 17/12/2013 à 16h 48m 15

Ces derniers temps, un certain nombre de décisions de Canonical concernant Ubuntu ont donné lieu à de houleuses polémiques. En tant que bénévole pour l'association Ubuntu-fr, j'ai eu l'occasion d'assister et de participer à un certain nombre d'échanges à ce sujet.

Précisons immédiatement que l'association Ubuntu-fr, quoique reconnue officiellement (j'y reviendrai) est totalement indépendante de Canonical et ne s'associe pas à ses décisions (là encore, nous aurons l'occasion d'y revenir plus bas).

Je n'écris donc pas cet article au service de Canonical, et puisqu'il faut dire les choses franchement, je suis moi-même loin d'être d'accord avec eux sur toute la ligne. Néanmoins, comme cela s'était déjà produit dans certains cas, j'ai vu passer suffisamment de bêtises de la part des fervents opposants à Canonical pour qu'il me semble important de faire des mises au point.

Je tâcherai donc, dans cet article, de démonter ce que l'on appelle, dans le jargon, le « FUD », d'une façon que j'essayerai de rendre aussi neutre que possible. Les réponses seront bien sûr les bienvenues, mais merci aux mauvais trolls de rester au vestiaire 😊


Canonical, c'est quoi, exactement ? [Canonical]

Canonical Ltd. est une société anglaise, dont les employés, vivant dans plusieurs pays du monde, travaillent essentiellement à domicile. La société a été fondée en 2004, et est toujours en grande partie financée, par Mark Shuttleworth, milliardaire sud-africain et à l'époque contributeur au projet Debian.

Son objectif principal est de développer et de promouvoir le système Ubuntu, basé sur le noyau Linux et les bibliothèques du projet GNU, et initialement dérivé de Debian (il en reste encore assez proche pour certains aspects techniques, même si les deux ont divergés sur nombre de points(1)).


Canonical est une société de droit privé et recherche la rentabilité, essentiellement afin que la survie d'Ubuntu ne dépende pas uniquement de la fortune de son créateur. Comme un certain nombre d'autres entreprises (l'exemple principal généralement cité à ce sujet étant Red Hat), l'essentiel de son activité lucrative consiste à vendre du support autour de GNU/Linux, et évidemment plus spécifiquement autour d'Ubuntu.

Un obstacle essentiel à cet objectif est la prédominance d'autres systèmes. Ainsi, Mark Shuttleworth a-t-il enregistré le tout premier rapport de bug sur Ubuntu comme étant la situation de quasi-monopole acquise par Microsoft Windows dans le cadre de l'informatique grand public, bloquant l'évolution des autres systèmes.


Certaines personnes, probablement mal informées, ont déjà accusé Canonical de « voler Ubuntu à sa communauté », ce qui paraît assez curieux, dans la mesure où le développement d'Ubuntu a toujours été le fait de Canonical (et, pour une grande partie, des décisions personnelles de Shuttleworth), même si ce système a rapidement attiré l'une des plus grosses communauté d'utilisateurs de l'écosystème des systèmes libres.

La communauté, quoiqu'active et prise en compte, n'a jamais été le moteur principal du développement d'Ubuntu (elle l'est en revanche toujours de certaines de ses variantes principales, j'y reviens juste après). Ubuntu est et a toujours été, pour l'essentiel, le produit de Canonical.


L'arrivée d'Unity [Unity]

Le premier point à avoir grandement fait parler de lui fut l'arrivée d'Unity, nouvel environnement graphique, que certains accusaient Canonical d'“imposer”. Sur ce point, soyons clairs : Unity est aussi “imposé” que n'importe quel autre environnement graphique, à savoir qu'il est fourni par défaut, et qu'on peut en changer en passant simplement par le gestionnaire de paquets.

Plus encore : tandis que, sur certains autres systèmes, il faut utiliser une option spécifique à l'installation pas forcément facile à trouver pour ne pas installer l'environnement par défaut, il suffit, pour éviter Unity, de choisir d'installer Kubuntu, Xubuntu ou Lubuntu, qui sont les sus-citées variantes principales, officiellement supportées par Canonical, mais dont les choix de développement sont laissés à la communauté(2).


Unity avait beaucoup surpris à l'époque de sa sortie, car la raison de son arrivée était restée quelque peu mystérieuse. La raison principale s'est imposée de manière assez flagrante depuis : l'environnement GNOME 2, qui était utilisé par Ubuntu jusque là, n'était plus maintenu par son équipe, passée sur un autre projet assez différent. Un changement d'interface était donc de toute façon nécessaire ; Canonical, qui n'était pas satisfait de la nouvelle version de l'environnement, a simplement choisi de profiter de l'occasion pour apporter sa propre vision.

J'ai déjà commenté quelques aspects d'Unity sur cette page, et je n'ai pas changé d'avis depuis. Mais je voulais préciser certaines choses sur les accusations de certaines personnes selon laquelle l'utilisation de GNOME (quelle que soit la version) aurait dû aller de soi, et selon laquelle, donc, Canonical serait fautive d'avoir changé d'interface. D'abord, GNOME n'est qu'un environnement parmi d'autres. Certes, l'un des plus utilisés, mais cela ne lui donne aucune légitimité particulière.

Il se trouve que GNOME 3 pose un certain nombre de problèmes techniques, qui ont conduit Debian également à envisager de changer d'environnement principal(3). Il se trouve aussi et surtout que Canonical, durant toute son utilisation de GNOME 2, a publié un certain nombre de correctifs et d'améliorations, qui ont presque toujours été refusés par l'équipe en charge du développement du système. Ils étaient donc, dans les faits, contraints de maintenir l'environnement de leur côté, ce qui est toujours plus simple quand on maîtrise son développement en parallèle. Le passage à Unity est essentiellement une conséquence logique de la situation précédente.


La ressemblance avec Mac OS X [MacOSX]

On a, pendant un temps (et je croise encore des remarques à ce sujet de temps à autre), accusé Mark Shuttleworth de vouloir copier le monde Apple. L'essentiel de cette accusation repose sur quelques similitudes visuelles entre Unity et Aqua, l'interface de Mac OS X, notamment due au fait que les deux sont passées au fond d'écran violet à peu près au même moment (Aqua était jusque là plutôt bleu, et le GNOME 2 « à la sauce Ubuntu » présentait un thème orange/marron, qui n'était pas forcément du goût de tout le monde).


Il y a effectivement quelques similitudes entre les deux interfaces. Ce qui est parfaitement normal, dans la mesure où les deux ont à peu près le même objectif (à savoir, être accessible le plus simplement possible à des utilisateurs n'ayant pas de connaissances avancées), et ont été dirigées par des tests d'utilisabilité (on fait tester plusieurs possibilités à des utilisateurs lambdas, et on s'oriente en fonction de leurs retours). En biologie, ça s'appelle la « convergence évolutive » (exemple classique, la taupe australienne et la taupe européenne, quoique de très différentes quand on regarde dans le détail de leur anatomie, sont très proches l'une de l'autre au premier coup d'œil, car leurs évolutions respectives ont été soumises à des conditions de sélection très proches).


Pour autant, quand on regarde dans les détails, c'est-à-dire à l'utilisation, les deux interfaces ont des différences assez notables, et je suis loin d'être certain que ceux qui font cette comparaison aient déjà réellement testés les deux. Remarque simple, mais à mon sens représentative : Unity est prévue pour être entièrement utilisable au clavier (nombreux raccourcis, « affichages tête haute »… ce fut d'ailleurs l'une des critiques majeures à l'origine : cette « interface unifiée », destinée à être utilisable sur tous les supports, était au départ trop axée clavier pour être pratique à utiliser sur les tablettes). De l'autre côté, Apple édite son système sur des ordinateurs où le clavier n'est même plus forcément présent par défaut…


(Il convient également de noter qu'Apple « emprunte » également au monde libre. Le multibureaux, par exemple, est arrivé chez eux récemment. Les bonnes idées passent d'un système à l'autre, c'est un comportement normal. Steve Jobs le soulignait dans sa jeunesse, même s'il a pas mal changé d'avis par la suite…)


Un mot sur Mint [Mint]

À l'époque du passage à Unity, une autre distribution avait réussi à faire pas mal parler d'elle, d'abord parce qu'elle proposait l'environnement MATE, clone de l'ancien GNOME 2, ensuite pour l'interface Cinnamon, shell pour GNOME 3 d'un aspect plus classique que ses concurrents.

Un point technique, d'abord : selon les dernières informations que j'ai eu à ce sujet, ni l'un, ni l'autre de ces environnements ne sont maintenus de façon satisfaisante (le Cinnamon actuel a plusieurs versions de GNOME 3 de retard, me semble-t-il). Leur viabilité à long terme n'est donc pas assurée, et ces interfaces ne sont en tout cas pas plus répandues dans l'écosystème du libre qu'Unity.


Mint avait réussi, à l'époque, à détrôner Ubuntu dans le classement du site Distrowatch, ce qui avait conduit certaines personnes à prétendre que Mint était en train de devenir plus utilisée qu'Ubuntu.

Tout d'abord, il faut savoir que les statistiques sur Distrowatch sont faites en fonction du nombre d'affichages des pages. Il vous suffit donc de lancer un robot qui va recharger périodiquement une page arbitraire pour faire monter fortement ses statistiques. Je ne dis bien sûr pas que c'est ce qui s'était passé à l'époque ; mais cela rend évident le fait que les statistiques de ce site ne sont pas représentatives de l'utilisation réelle des systèmes.

L'estimation en question est assez délicate à obtenir. Mais l'on peut se baser sur le fait qu'un certain nombre d'ordinateurs sont tout de même vendus, par un certain nombre de revendeurs, dont certains des plus notoires (Dell a une gamme concernée, par exemple) avec Ubuntu de base, tandis que je n'ai pas connaissance de ce genre de cas pour Mint.


Par ailleurs, il convient de noter que, si une version basée sur Debian a vu le jour depuis, la variante principale de Mint reste essentiellement de l'Ubuntu avec quelques éléments ajoutés. Opposer Mint à Ubuntu semble donc être une opération assez curieuse.

De plus, parmi ces éléments ajoutés, ceux qui étaient mis en avant à l'origine, et qui sont encore présents, sont un certain nombre de codecs et plugins non-libres, dont le mainteneur de Mint supposait qu'ils étaient de toute façon installés par tous. Je vais revenir sur l'aspect « libre ou pas libre » un peu plus bas, mais il me semble tout de même assez paradoxal de critiquer, comme je l'ai déjà vu, Ubuntu pour des aspects liés à la liberté logicielle, et de recommander en conséquence d'utiliser un système qui, précisément, est caractérisé par le fait d'ouvrir la porte à des éléments non-libres.


La « lens shopping » [lens-shopping]

À partir de la version 12.10, une autre polémique est née autour d'une des fonctions proposée par Unity. Les utilisateurs passés à cette version ont en effet eut la surprise de voir apparaître, lors de leurs recherches dans le dash (le menu « nouvelle formule »), des résultats issus du catalogue de produits d'Amazon.com, ce qui a d'abord amené un certain nombre de reproches sur la présence de « publicité » dans Unity.

Sur ce point, je ne crois pas que « publicité » soit le terme adapté. Il s'agit de résultats renvoyés par une recherche (j'y reviens immédiatement). Ils ne sont peut-être pas désirés par l'utilisateur (qui peut dans ce cas désactiver la fonction), mais ils sont censés être là pour lui être utile et correspondre à une demande de sa part. Ce n'est donc pas de la « publicité » au sens classique, mais plutôt des « résultats commerciaux ».

Notons par ailleurs que de la publicité au sens classique dans Ubuntu, il y en avait déjà depuis un certain temps, et personne n'avait râlé contre ça auparavant : les diapositives qui s'affichent lors de l'installation, présentant un certain nombre de logiciels installés ou installables dans Ubuntu, c'est très précisément de la publicité. Mais bref.


Tant qu'on est sur le vocabulaire, Richard Stallman, fondateur du mouvement du logiciel libre et par ailleurs grand opposant à Amazon, n'a pas hésité à qualifier ce logiciel de « spyware ». Malgré l'immense respect que j'ai pour le bonhomme, vous savez déjà que je ne suis pas toujours d'accord avec son choix de termes. En l'occurrence, j'ai du mal à considérer comme « espion » (ce qui sous-entend, me semble-t-il, une certaine discrétion dans l'extraction d'informations) un logiciel dont la fonction principale est de prévenir l'utilisateur qu'il a envoyé des données et de lui en présenter les résultats. Mais je suppose que c'est une question de point de vue.


Ce qu'il faut comprendre à ce sujet est que le dash est conçu pour aller chercher des informations aussi bien sur le réseau que sur l'ordinateur local. Le but d'origine était d'en faire un outil de recherche globale et unifiée. Il le faisait depuis le début en allant chercher des logiciels y compris parmi ceux non-encore installés (ce qui se faisait tout de même en local, grâce au cache du système de paquets). Et la recherche réelle sur le réseau n'est théoriquement pas liée uniquement à Amazon : d'autres recherches, notamment vers Wikipédia, doivent apparaître dès qu'elles seront fonctionnelles (cela a malheureusement plusieurs fois été repoussé).


Pour autant, la fonction de recherche sur le réseau, qui présente évidemment quelques soucis en terme de vie privée(4), est totalement désactivable. On peut sans doute reprocher à Canonical de ne pas avoir intégré une option lors de l'installation pour proposer le choix de cette option ou non. Je signale au passage qu'Ubuntu-fr l'a fait : il suffit de choisir l'image d'installation francophone fournie par l'association pour avoir le choix de ne pas activer cette option dès l'installation du système. Cette modification a été proposée à Canonical pour intégration.

Par ailleurs, les recherches ne sont pas envoyés directement vers Amazon, mais vers les serveurs de Canonical, qui les anonymise et les envoie en son nom propre (cette anonymisation n'était que partielle pour la première version, ce qui n'a bien sûr pas manqué d'attirer les critiques, mais la chose a heureusement été corrigée assez rapidement). Canonical s'est par ailleurs engagé à ne pas faire usage des données ainsi obtenues. La question de confiance ne se porte donc, normalement, qu'envers Canonical, et non envers les systèmes de recherche concernés.


L'affaire « fixubuntu » [fixubuntu]

Une conséquence assez intéressante du point précédent. Un internaute, assez mécontent de la présence de cette lens shopping, a ouvert un site Web visant à expliquer comment désactiver cette fonction (d'une façon assez particulière, d'ailleurs, puisqu'il propose un script shell de désactivation, quand il suffit de passer par les paramètres système, ou de désinstaller les paquets. Mais ce n'est pas le soucis ici).

Cet internaute a reçu un mail de Canonical relatif au droit des marques, lui reprochant un usage non-autorisé du nom Ubuntu et du logo correspondant. Bénéficiant par ailleurs d'appuis juridiques auxquels tout le monde n'a pas accès, l'auteur du site a refusé de se conformer à une partie des demandes, et en a profité pour faire de la publicité à son site en se présentant comme une victime d'une tentative de censure, invoquant le fait que Canonical se servirait du droit des marques pour faire disparaître du contenu lui déplaisant.

(Pour cette partie, je renvoie également au message de Winael sur cette page)


Faisons d'abord le point sur les antécédents : le nom et le logo d'Ubuntu sont en effet marque déposée. Ils ne sont pas les seuls dans le genre (c'est le cas également pour Mozilla Firefox, ce qui a conduit à l'apparition de plusieurs clones, dont le navigateur principal de Debian, Iceweasel. Le système Debian lui-même dispose d'un logo officiel enregistré, même s'il n'est presque pas utilisé et si le logo officiel non-enregistré est nettement plus connu).

L'association Ubuntu-fr, en tant que « communauté locale » officiellement reconnue (un dossier est rempli régulièrement pour présenter les actions effectuées par l'association pour justifier ce statut), a l'autorisation de les utiliser, mais il existe plusieurs antécédents d'usages ayant été refusés au titre du droit des marques (notamment, la variante initialement appelée GEUbuntu, utilisant GNOME et Enlightenment, a dû être renommée en OpenGEU).


Notons ensuite que le mail reçu par cette personne était un mail semi-automatique, comme Canonical doit en envoyer un certain nombre d'autres, et ne lui demandant que deux choses : retirer le logo, qui s'affichait en gros en en-tête de page, et changer de nom de domaine, « fixubuntu.com » laissant entendre qu'il s'agirait d'un site officiel, ou au moins d'un usage reconnu. Le contenu réel de la page n'était en aucun cas visé.

Le responsable du site a retiré le logo et ajouté un « disclaimer » précisant d'une manière assez sarcastique qu'il n'était en aucun cas lié à Canonical, mais a refusé de changer de nom de domaine, arguant que cela nuirait fortement à la visibilité du site. Les noms de domaines sont effectivement utilisés dans les moteurs de recherche pour le classement des résultats, mais c'est loin d'être le seul élément. Je vous laisse lancer une recherche de votre choix dans votre moteur de recherche favoris et constater combien de résultats, rien que sur la première page, contiennent effectivement l'un des mots-clefs saisis dans leur nom de domaine (ils le sont cependant plus souvent dans le reste de l'URL(5)). Jetez également un œil à ce commentaire.


L'accusation de tentative de censure, à mon sens, ne tient pas. J'aurais plutôt tendance à considérer que le responsable de la situation est la personne ayant choisi ce nom et cet usage. Certes, la question du droit des marques et de son utilisation est importante, mais je ne vois ici aucune problématique autre que celle-ci.

Notons toutefois que, devant l'impact médiatique de la chose, Canonical a présenté ses excuses et autorisé, à titre exceptionnel, le maintien du nom de domaine.


L'hypothèse Chrome/Chromium [Chrome]

Quelques mots sur ce « serpent de mer ». Il existe, dans la communauté des utilisateurs d'Ubuntu, un certain nombre de personnes utilisant le navigateur Chrome, en partie privatif, ou sa base libre, Chromium, tous deux maintenus par Google. Parmi ces utilisateurs, quelques uns se sont mis en tête de faire en sorte que leur navigateur favori devienne le navigateur par défaut d'Ubuntu, et leur opération de lobbying porte de temps à autres ses fruits en créant un buzz médiatique autour de l'hypothèse d'un remplacement de Mozilla Firefox dans une prochaine version.


Soyons clairs : ce n'est, pour l'instant, rien de plus que du buzz. Mark Shuttleworth a annoncé (voir ici, et je vous laisse au passage constater le décalage entre le titre et le contenu…) avoir une certaine admiration pour Chrome, mais les choses s'arrêtent actuellement là ; ce navigateur n'a pas encore été mis par défaut, et ne le sera vraisemblablement pas pour les prochaines versions.

Bien sûr, je n'ai pas la prétention de connaître l'avenir avec certitude, et ne peux donc pas certifier que ce sera éternellement le cas. Néanmoins, nous pouvons faire quelques remarques à ce sujet : tout d'abord, si Chromium est libre(6), Chrome ne l'est pas. Actuellement, les seuls codes non-libres intégrés par défaut dans Ubuntu sont des pilotes matériels, destinés à assurer la compatibilité avec les multiples supports sur lesquels Ubuntu peut être amené à tourner(7). Ce serait un changement majeur que d'intégrer, en particulier pour un logiciel particulièrement important dans le système, un logiciel privatif.

Concernant Chromium, l'un des points à noter est qu'il est à peu près inconnu du grand public. Or, le choix de Mozilla Firefox par défaut se basait essentiellement sur le fait que ce logiciel est connu, et très utilisé sur d'autres plateformes. Remplacer par Chrome, qui est dans ce cas également, se tiendrait à ce niveau ; mais par Chromium, cela n'aurait aucun sens.

Il me semble donc que, quels que soient les supposés (et contestés) avantages des navigateurs de Google par rapport à Mozilla Firefox, il soit peu probable que l'un d'entre eux devienne le navigateur par défaut d'Ubuntu. Et quand bien même cela arriverait, Firefox resterait, bien évidemment, disponible dans les dépôts, comme un certain nombre d'autres navigateurs le sont actuellement.


Le cas de Mir [Mir]

L'autre choix très contesté de Canonical fut le lancement du projet Mir. Jusqu'à présent, tous les environnements, et plus généralement toutes les bibliothèques graphiques utilisées sous les systèmes GNU/Linux (et plus généralement, sous tous les systèmes Unix-like à l'exception de Mac OS X) reposent sur le système de fenêtrage X11. C'est, actuellement, la seule partie de notre système pour laquelle il n'existe aucune alternative.

Or, X11 est une technologie vieillissante et difficile à maintenir (elle n'a pas évolué depuis très longtemps, essentiellement parce que peu de gens ont le courage d'aller mettre les mains dedans(8)). Plusieurs projets visant à le remplacer ont vu le jour ; aucun n'avait duré jusqu'à il y a peu.


Le projet de remplacement actuellement en vogue est Wayland. Canonical a, pendant un temps, tenté d'y contribuer, avant de changer d'avis et de lancer un projet concurrent (je ne suis pas sûr de moi à ce sujet, mais il me semble qu'ils ont été confrontés au même problème que pour GNOME, à savoir le refus de l'équipe en place d'intégrer leurs contributions).

Il est assez curieux de constater que, pour tous les points du système, la diversité a toujours été un énorme avantage pour les systèmes libres ; mais que la nouvelle de la possibilité de deux serveurs graphiques différents semble soudainement être problématique. Un certain nombre d'opposants se sont écriés qu'il était inadmissible que Canonical ne travaille pas sur celui qu'ils présentaient comme le « successeur naturel » de X11.

Il convient de noter un petit quelque chose à ce sujet : Wayland n'est devenu ce « successeur naturel » qu'après l'annonce de Mir. Peu de temps auparavant, lors de la parution de Wayland 1.0(9), quoique certains « poids lourds » du monde libre avaient déjà annoncé qu'ils l'utiliseraient, un certain nombre de voix s'élevaient encore pour dire « wait and see ». Puis Canonical a annoncé Mir, et bizarrement, la légitimité de Wayland a semblé beaucoup plus solide à partir de ce moment.


L'une des raisons principales évoquées pour le refus de Mir est qu'il serait problématique qu'un élément aussi central soit géré par une seule entreprise. Pourtant, un simple coup d'œil aux contributions à Wayland montre qu'elles sont essentiellement le fait d'un seul homme, qui se trouve travailler pour Intel. Quelle est donc la différence entre les deux à ce niveau ?


Je compare en fait la situation Wayland/Mir à celle des moteurs de rendus des différents navigateurs. Nous avons essentiellement deux moteurs de rendu libres : Gecko (utilisé par Firefox et ses clones), et Webkit (utilisé par à peu près tous les autres navigateurs graphiques libres, ainsi que par Chrome, Safari, et depuis peu Opera). Or, l'existence de plusieurs moteurs de rendus, reconnaissant des fonctions différentes et reconnaissant différemment les fonctions normées et communes, est un indéniable atout pour le domaine du Web, élément central de la raison d'être de normes indépendantes. En quoi la présence de plusieurs serveurs graphiques ne pourrait-elle pas être une telle opportunité ?


Il est d'ailleurs assez curieux de noter que, quand Canonical ne développait rien par eux-mêmes (ils travaillaient tout de même sur les projets des autres, ce qui n'était pas rien, mais passons), on le leur reprochait. Maintenant qu'ils développent et proposent des nouveautés, on le leur reproche également. Comme disait fort justement La Fontaine, est bien fou du cerveau qui prétend contenter tout le monde et son père.


La résolution du bug #1 [Bug1]

Autre point, j'ai évoqué plus haut le « bug numéro un » d'Ubuntu, à savoir la position ultramajoritaire de Microsoft Windows sur l'informatique personnelle. Ce bug a été récemment marqué comme résolu par Mark Shuttleworth, avec une mention selon laquelle c'était davantage dû à Google qu'à Canonical.

Certaines personnes ont interprété cela comme un changement fondamental d'optique, montrant que Canonical cesserait d'avoir pour vocation de combattre les situations de monopole. Je ne suis pas d'accord avec cette interprétation.


Regardons plus en détail la résolution de ce bug, tout d'abord : depuis la création d'Ubuntu, l'informatique personnelle a énormément évolué. Alors que les ordinateurs de bureaux étaient encore majoritaires à l'époque, ils sont désormais très minoritaires face aux ordinateurs de poches (comme le souligne Benjamin Bayart dans sa dernière conférence, ce sont bien des ordinateurs, la fonction de téléphone n'étant plus qu'un accessoire, au même titre que l'appareil photo) qui ont envahi tous les foyers.

Or, sur le marché des ordinateurs de poche, le système Windows Phone peine à se faire voir (l'iOS d'Apple est en recul également). Le champion ultramajoritaire dans ce domaine, c'est l'Android de Google (système utilisant le noyau Linux, mais sans les outils du projet GNU, et qui n'est donc pas un « GNU/Linux ». Il n'est d'ailleurs pas entièrement libre, et pose des soucis de respect de la vie privée, mais c'est une autre problématique, que j'aborderai dans un autre article).

Le commentaire de Shuttleworth accompagnant le passage de ce bug en résolu indique, de façon assez lucide, que ni Microsoft, ni Canonical n'ont su prévoir cette évolution, et que c'est désormais Google qui a la position dominante. Pour autant, d'autres outsiders apparaissent, comme Firefox OS et… Ubuntu Phone.


Canonical n'est cependant pas sans avoir des partenariats avec Google sur certains points, et il est effectivement possible qu'il y ait eu quelques changements stratégiques à ce niveau. Mais quand je regarde les positions « historiques » de Canonical, j'ai l'impression qu'il n'y a pas eu de rupture particulièrement franche, mais qu'il s'agit de la simple adaptation de leur idéologie initiale aux changements externes. À chacun de se faire sa propre idée, cependant.


Question de public… [public]

Une chose essentielle à comprendre est que le public visé par Canonical est essentiellement le très grand public, qui ne maîtrise pas du tout l'outil informatique. Si vous avez compris à peu près tout ce que j'ai expliqué ci-dessus, c'est sans doute que vous ne faites pas partie de leur cœur de cible. Et que donc, il est normal que leurs décisions ne soient pas conformes à vos attentes.


Or, les choix stratégiques de Canonical sont essentiellement liés à cela. Par exemple, l'intégration d'Amazon dans le dash vient du fait qu'une bonne partie de leur public utilise déjà Amazon, et qu'il s'agit donc uniquement de leur simplifier la vie. La pilule est un peu amère, pour les partisans du logiciel libre qui, comme moi, dépensent de l'énergie à tenter d'éveiller les consciences et de faire évoluer les habitudes des utilisateurs plutôt que de s'adapter à elles.

C'est une sorte de nivellement par le bas plutôt que par le haut, pourrait-on dire. Ce qui est logique, d'une certaine manière, dans la mesure où, pour toucher rapidement le public, c'est encore la solution la plus efficace. Sur le long terme, cependant, je doute de son efficacité : comme Stallman le souligne, si l'on se contente de fournir un produit techniquement meilleur sans mettre en avant les aspects éthiques, les victoires ne durent que jusqu'à ce que les gens ne s'embarrassant pas de l'éthique produisent quelque chose de meilleur techniquement.

Pour reprendre une célèbre citation, qui fera je suppose la satisfaction des détracteurs de Canonical, je dirais que la stratégie qu'ils ont choisie est « plus rapide, plus facile, plus séduisante, mais pas plus puissante ».


Néanmoins, Canonical n'a pas « trahi le libre », comme je le lis quelquefois. D'abord parce que j'insiste sur le fait qu'ils m'ont toujours semblé plus proches des idéaux de l'OpenSource que de ceux du Libre : comment peut-on avoir trahi ce à quoi on n'appartenait pas ?

Ensuite parce que, jusqu'à présent, tout le code qu'ils produisent est bel et bien placé sous licence libre. Mais il se trouve que le monde a changé, et que la licence sous laquelle est placée un bout de code n'est plus le seul enjeu…


Quoiqu'il en soit, bien qu'il s'agisse d'une entreprise privée, donc de quelque chose sur lequel nous n'avons aucun contrôle, il n'y a, je pense, pour l'heure, aucune raison valable de diaboliser Canonical. Ils ont fait des choix avec lesquels il est légitime d'être en désaccord, mais qui ne justifient, je pense, pas toutes les accusations. Cela reste des choix logiques compte tenu de leurs objectifs et de leurs positions.

À titre personnel, mais je pense que vous vous en doutiez déjà en parcourant le reste de mon blog, je ne suis pas particulièrement enthousiaste à l'idée que la frontière entre local et distant devienne floue, et la recherche globale du dash ne m'emballe pas, avec ou sans les problèmes spécifiques liés au choix d'Amazon ; de même que je préférerais un système moins utilisé, mais qui soit moins axé pour faciliter à ce qui me semblent être de mauvaises habitudes.

Néanmoins, Ubuntu reste, à mes yeux (et surtout entre les mains de l'association francophone, qui n'hésite pas à se distinguer de Canonical sur ces quelques points problématiques) un très bon système pour les personnes qui débutent et/ou qui ne veulent pas avoir trop besoin de se prendre la tête avec l'outil informatique.


Message 2, par curiosus

§ Posté le 19/12/2013 à 16h 40m 42

Une chose essentielle à comprendre est que le public visé par Canonical est essentiellement le très grand public, qui ne maîtrise pas du tout l'outil informatique. Si vous avez compris à peu près tout ce que j'ai expliqué ci-dessus, c'est sans doute que vous ne faites pas partie de leur cœur de cible. Et que donc, il est normal que leurs décisions ne soient pas conformes à vos attentes.


Il faut que vous compreniez que ce qui importe :"c'est que cela fonctionne " sans avoir à aligner les lignes de commande


Comparaison avec une voiture : peut importe comment fonctionne l'injection HDI , ce que demande l'acheteur c'est que sa voiture démarre au premier coup de clef


Il faut que l'interface Homme-Machine soit transparente à l'Homme

Message 3, par Elzen

§ Posté le 19/12/2013 à 17h 04m 20

Je dirais que c'est quand même un poil plus complexe que ça.


L'utilisation de la ligne de commande n'est plus nécessaire sur les systèmes « grand public » comme Ubuntu et Mageia depuis un bon moment : à peu près tout ce qui ne ressort pas du comportement très avancé est faisable en graphique (même si la ligne de commande reste utilisée sur les forums d'entre-aide, parce que c'est l'outil le plus adapté pour cela. On croise d'ailleurs de l'aide en ligne de commande y compris dans les supports Windows et Mac OS).


Par ailleurs, aucune interface homme-machine ne sera jamais totalement transparente(1), dans la mesure où tout reste le fruit d'un apprentissage et d'une prise d'habitude. C'est la raison principale pour laquelle les changements d'environnement amènent souvent des râleries : parce que cela perturbe les habitudes. On peut d'ailleurs constater que, moins l'usage de l'informatique est “avancé”, plus faciles semblent les migrations.


Mais dans le cas d'Ubuntu, ce n'est pas la seule problématique à ce sujet. Dans l'expression « cela fonctionne », il est bien sûr nécessaire que le fonctionnement y soit, mais il est aussi important de préciser le « cela », et c'est de lui que je parlais dans ce passage.

Par exemple, pour une personne refusant catégoriquement que des données soient envoyées lors d'une recherche qu'elle considère comme locale, la question de savoir la façon dont ces données seraient envoyées n'a pas de sens.

Une interface, un système, sont plus qu'une question de moyen de faire facilement les choses : c'est le choix des choses devant être facilement faisables qui est, à mon avis, essentiel dans ce genre de divergences d'opinions.


Message 4, par Sylvhem

§ Posté le 22/12/2013 à 21h 18m 46

Il y a en effet beaucoup de FUD qui circule sur Canonical. La lecture des commentaires aux articles parlant d'Ubuntu sur Linuxfr.org est d'ailleurs assez édifiante. Je pense que dans cet article tu fais utilement la part des choses 😊 .

Par contre, tu as oublié Ubuntu GNOME dans la liste des variantes officielles.


Citation (Elzen)

Je compare en fait la situation Wayland/Mir à celle des moteurs de rendus des différents navigateurs. Nous avons essentiellement deux moteurs de rendu libres : Gecko (utilisé par Firefox et ses clones), et Webkit (utilisé par à peu près tous les autres navigateurs graphiques libres, ainsi que par Chrome, Safari, et depuis peu Opera). Or, l'existence de plusieurs moteurs de rendus, reconnaissant des fonctions différentes et reconnaissant différemment les fonctions normées et communes, est un indéniable atout pour le domaine du Web, élément central de la raison d'être de normes indépendantes. En quoi la présence de plusieurs serveurs graphiques ne pourrait-elle pas être une telle opportunité ?

La situation est très différente. Les navigateurs Web, suivent tous les même standards (HTML5, CSS3, Atom, HTTP 1.1...) tandis que Weston et Mir utilisent deux protocoles différents et incompatibles : Wayland pour le premier et un truc inventé par Canonical pour le second. Si ils s'étaient contentés de créer un autre compositeur pour Wayland, seuls les trolls auraient eu quelque chose à redire.


Citation (curiosus)

Il faut que vous compreniez que ce qui importe :"c'est que cela fonctionne " sans avoir à aligner les lignes de commande

Ça fait un moment que c'est le cas sous Ubuntu et ses sœurs 😉 .

Message 5, par Elzen

§ Posté le 22/12/2013 à 21h 40m 26

Merci bien 😊


Pour Ubuntu-GNOME, je me doute qu'elle existe, mais je n'y ai encore jamais été confronté ^^"


Concernant Wayland/Mir, je me base essentiellement sur ces articles indiquant que, manifestement, les deux utilisent des fonctionnalités très proches et que passer de l'une à l'autre se fait en remplaçant des wayland_xxx par des mir_xxx ou réciproquement. Ce qui n'est pas sans rappeler les -moz-xxx et -webkit-xxx utilisés par les moteurs de rendus pour les propriétés non-encore normées.


En fait, c'est très précisément l'existence de moteurs de rendus différents qui a conduit à l'apparition du W3C et des normes du web pour unifier tout ça, il me semble. Et je pense que l'existence conjointe de Wayland et de Mir devrait favoriser à peu près la même chose pour les serveurs graphiques, avec une entité de normalisation un peu plus neutre que si l'équipe de Wayland s'en chargeait seule.


Mais je reconnais volontiers que ce n'est qu'une interprétation personnelle.

Message 6, par Sylvhem

§ Posté le 22/12/2013 à 23h 48m 36

Citation (Elzen)

Concernant Wayland/Mir, je me base essentiellement sur ces articles indiquant que, manifestement, les deux utilisent des fonctionnalités très proches et que passer de l'une à l'autre se fait en remplaçant des wayland_xxx par des mir_xxx ou réciproquement. Ce qui n'est pas sans rappeler les -moz-xxx et -webkit-xxx utilisés par les moteurs de rendus pour les propriétés non-encore normées.

Si on peut passer de l'un à l'autre en changeant une simple variable, c'est parce que, par derrière, l'application ou la bibliothèque a décidé de supporter les deux système d'affichage, c'est à dire d'écrire du code pour fonctionner sur l'un et du code (différent) pour fonctionner sur l'autre.

C'est très différents des propriétés internes aux navigateurs qui sont là pour tester des fonctionnalités non-encore normalisées. Le but de cette démarche est purement expérimental.


Citation (Elzen)

En fait, c'est très précisément l'existence de moteurs de rendus différents qui a conduit à l'apparition du W3C et des normes du web pour unifier tout ça, il me semble.

Pas tout à fait. Le W3C a été fondé pour normaliser les futures versions des technologies du Web (uniquement HTML à l'époque, HTTP étant du ressort de l'IETF). Il y avait déjà une norme à l'époque, écrite à l'origine par Tim Berners-Lee et d'autres chercheurs du CERN puis apparemment enrichit par divers apports extérieurs.


Citation (Elzen)

Et je pense que l'existence conjointe de Wayland et de Mir devrait favoriser à peu près la même chose pour les serveurs graphiques, avec une entité de normalisation un peu plus neutre que si l'équipe de Wayland s'en chargeait seule.

Ce n'est pas la même situation. Les différents moteurs de rendus sont des mises en œuvres différentes d'une même norme. Weston et Mir sont des mises en œuvre différentes de « normes » différentes. Il ne peut pas y avoir une harmonisation entre les deux.


C'est pour ça que je suis très dubitatif concernant Mir. D'autant plus que Canonical pouvait très bien écrire son propre compositeur Wayland pour remplacer Weston (qui n'est que la mise en œuvre de référence).

Message 7, par Elzen

§ Posté le 23/12/2013 à 13h 10m 33

Comme je le disais (enfin, je crois), je ne suis pas spécialiste sur cette partie, et il est possible que je me plante. Néanmoins,j'me permet de souligner que les articles dont je parlais portaient précisément sur le port d'une application ne reposant pas sur une bibliothèque graphique faisant le boulot à sa place. C'est le développeur de l'application qui a signalé que les ports vers Wayland et vers Mir étaient très similaires, à quelques micro-renommages près. D'où ma comparaison.


Wayland et Mir sont tous deux encore expérimentaux, me semble-t-il. Et si les deux sont aussi proches, je suis peut-être assez optimiste, mais je suis convaincu que des possibilités de normalisation apparaîtront d'elles-mêmes. Actuellement, aucun des deux n'a quoi que ce soit de qualifiable de « norme », ils sont des APIs, qu'il convient justement de normaliser.

Et désolé de poursuivre mon parallèle, mais je ramène les choses à ce que je connais mieux que tu ne sembles le croire : à une époque pas si lointaine, le monde du Web se divisait essentiellement en deux, avec des normes encore très limitées et des APIs parfois radicalement différentes (object/embed, par exemple).

Je caricature certes un peu, d'autant que l'historique n'est pas du tout le même, mais on aurait très bien pu tenir, à l'époque, un discours de ce genre : « C'est pour ça que je suis très dubitatif concernant Gecko. D'autant plus qu'ils pouvaient très bien écrire leur propre implémentation de l'API d'Internet Explorer pour remplacer Trident (qui n'est que la mise en œuvre de référence). »


C'est précisément ce qui fait l'essentiel du concept de « norme » que d'être pensé séparément des différentes applications. OpenJDK n'est pas une mise en œuvre d'une quelconque « norme Java », par exemple, mais un clone dépendant de l'évolution du Java d'Oracle. Faire « un autre compositeur pour Wayland », ça n'aurait pas été mieux, et ça n'aurait pas répondu aux motifs de Canonical.


À titre personnel, je l'ai déjà dit, je trouve assez aberrant que toutes les briques de nos différents systèmes libres soient remplaçables par des outils ne présentant pas exactement les mêmes fonctionnalités, sauf le serveur graphique. Nous avons par exemple des noyaux Linux et *BSD avec des différences assez notables. En quoi, si l'on accepte cette situation, l'existence conjointe de Wayland et de Mir serait-elle davantage problématique ?

Message 8, par Sylvhem

§ Posté le 24/12/2013 à 14h 32m 17

Je m'aperçois en relisant mon précédent message que j'ai répondu de façon un peu précipitée et sans argumenter suffisamment. Je vais donc essayer de détailler un peu plus cette fois ci et de te répondre point par point.


Citation (Elzen)

Comme je le disais (enfin, je crois), je ne suis pas spécialiste sur cette partie, et il est possible que je me plante.

Il en va de même pour moi. Je n'ai qu'une idée assez floue du fonctionnement de la pile graphique. Mon propos est donc très certainement inexact et critiquable.


Citation (Elzen)

Néanmoins,j'me permet de souligner que les articles dont je parlais portaient précisément sur le port d'une application ne reposant pas sur une bibliothèque graphique faisant le boulot à sa place. C'est le développeur de l'application qui a signalé que les ports vers Wayland et vers Mir étaient très similaires, à quelques micro-renommages près. D'où ma comparaison.

C'est vrai que le développeur de XBMC signale qu'il y a des similarités entre Wayland et Mir et que développer pour l'un ne lui a pas pris plus de temps que de développer pour l'autre. La situation semble donc bien moins problématique que ce que certains ont l'air de penser. Néanmoins, si j'ai bien compris (et je peux avoir mal compris, mon anglais étant loin d'être parfait), il y a quand même un certain nombre de différence entre la façon dont ces deux protocoles fonctionnent.


Citation (Elzen)

Wayland et Mir sont tous deux encore expérimentaux, me semble-t-il.

Je ne sais pas pour Mir, mais Wayland n'est plus expérimental depuis un moment. Ça ne veut pas dire qu'il parfait, ni même qu'il est terminé, mais le projet à dépassé le simple stade de l'expérience. D'ailleurs, si il n'est pour l'instant utilisé par défaut quasiment nul part, il est intégré dans les dépôts de plusieurs distributions.


Citation (Elzen)

Et si les deux sont aussi proches, je suis peut-être assez optimiste, mais je suis convaincu que des possibilités de normalisation apparaîtront d'elles-mêmes. Actuellement, aucun des deux n'a quoi que ce soit de qualifiable de « norme », ils sont des APIs, qu'il convient justement de normaliser.

Si les deux protocoles ont apparemment des points communs (ce qui, soit dit en passant, me semble plutôt logique : la recherche théorique et l'expérience accumulée avec X11 ont dû donner aux développeurs des idées sur la façon de faire un « serveur d'affichage » qui fonctionne « correctement »), ils n'en restent pas moins différents. Je ne pense pas que l'on puisse les décrire par une norme commune, sauf à ce que celle-ci soit excessivement floue, ce qui est toujours un danger pour l’interopérabilité.

Après, j’avoue n’avoir pas du tout les compétences requises pour aller lire les spécifications de l'un et de l'autre protocole. Peut-être que je suis trop pessimiste...


Citation (Elzen)

mais je ramène les choses à ce que je connais mieux que tu ne sembles le croire

Ce n'est pas ce que je voulais dire et ce d'autant plus que tu connais probablement mieux le sujet que moi. Je suis désolé que tu l'ais compris comme ça. Je me suis sûrement mal exprimé et je m'en excuse.


Citation (Elzen)

à une époque pas si lointaine, le monde du Web se divisait essentiellement en deux, avec des normes encore très limitées et des APIs parfois radicalement différentes (object/embed, par exemple)

Il me semble que le Web est quand même normalisé depuis pas mal de temps... La première norme HTML, celle de HTML 2.0, est publiée dans le RFC 1866 en 1995. Et c'est deux ans plus tard que le W3C publie la norme de HTML 3.2. Mais il est vrai qu'une des particularité du Web c'est que, pendant longtemps, les clients se moquaient bien des normes et faisaient un peu n'importe quoi.


Citation (Elzen)

Je caricature certes un peu, d'autant que l'historique n'est pas du tout le même, mais on aurait très bien pu tenir, à l'époque, un discours de ce genre : « C'est pour ça que je suis très dubitatif concernant Gecko. D'autant plus qu'ils pouvaient très bien écrire leur propre implémentation de l'API d'Internet Explorer pour remplacer Trident (qui n'est que la mise en œuvre de référence). »

Non car il n'y a jamais eu de mise en œuvre de référence dans le monde du Web (à part peut-être Amaya ou Nexus). De toute façon, lorsqu'on implémente une norme ou une spécification donnée, il n'y aucun mal à faire autrement que la mise en œuvre de référence du moment que l'on suit la dite norme ou spécification.


Citation (Elzen)

C'est précisément ce qui fait l'essentiel du concept de « norme » que d'être pensé séparément des différentes applications.

Je suis tout à fait d'accord avec toi.


Citation (Elzen)

Faire « un autre compositeur pour Wayland », ça n'aurait pas été mieux, et ça n'aurait pas répondu aux motifs de Canonical.

Vraiment ? Wayland est un protocole (comme HTTP pour filer notre analogie) décrit dans des spécifications publiques (qui ne font pas office de norme vu la jeunesse du projet). Il me semble que Canonical pouvait fort bien écrire un autre logiciel suivant cette spécification mais répondant à des contraintes supplémentaires, comme celle d'être optimisée pour le mobile.


Citation (Elzen)

À titre personnel, je l'ai déjà dit, je trouve assez aberrant que toutes les briques de nos différents systèmes libres soient remplaçables par des outils ne présentant pas exactement les mêmes fonctionnalités, sauf le serveur graphique.

Une fois de plus, je suis d'accord avec toi.


Citation (Elzen)

Nous avons par exemple des noyaux Linux et *BSD avec des différences assez notables. En quoi, si l'on accepte cette situation, l'existence conjointe de Wayland et de Mir serait-elle davantage problématique ?

Parce que, apparemment, supporter deux serveurs graphiques différents implique une réécriture assez notable aussi bien des logiciels utilisateurs (même si tu m'a montré que le travail semble beaucoup moins conséquent que ce que j'avais pu imaginer et que ce que certains détracteurs de Mir avancent) que des pilotes. L'avantage du projet Wayland, c'est que l'on peut justement avoir des logiciels différents (Weston, le futur compositeur de GNOME, celui de KDE, etc.) qui parlent tous le même langage (Wayland) et qui sont donc interchangeables sans que l'on doive réécrire les logiciels.


Je tiens à préciser, puisque le FUD au sujet de Canonical est le sujet de ton article, que je ne pense pas, contrairement à ce qu'avancent certains ici et là, que Mir est une innommable catastrophe qui va nécessairement fragmenter l'écosystème, sonner le glas de Linux voir détruire l'Univers tout entier. Je suis juste sceptique vis-à-vis de ce projet et n'en voit pas vraiment l'utilité à long terme.


Mis à part tout ça, j'en profite pour te souhaiter un joyeux Noël ;).

Message 9, par grim7reaper

§ Posté le 24/12/2013 à 15h 57m 46

Citation (Elzen)

et Webkit (utilisé par à peu près tous les autres navigateurs graphiques libres, ainsi que par Chrome, Safari, et depuis peu Opera).

À ce sujet, Chrome et Chromium ont migrés sur un fork maison de Webkit (Blink).

Opera aussi semble être parti dessus depuis la version 15 si j’en crois Wikipédia.


Citation (Elzen)

l'existence de plusieurs moteurs de rendus, reconnaissant des fonctions différentes et reconnaissant différemment les fonctions normées et communes, est un indéniable atout pour le domaine du Web

C’est pas plutôt chiant le fait qu’une fonction normée soit rendu différemment selon le moteur (obligation de tester plusieurs navigateurs) ?

Les normes n’étaient pas censées uniformisé ça justement ?


Citation (Elzen)

Ensuite parce que, jusqu'à présent, tout le code qu'ils produisent

est bel et bien placé sous licence libre.

Ce n’est pas pas totalement vrai.

Launchpad a mis plusieurs années avant d’être vraiment libre (il a fallu attendre 3 ans avant la libération du premier composant, 5 ans pour une libération complète)

Il me semble également que UbuntuOne côté serveur soit également non-libre (si j’en crois ce rapport de bug).

Message 10, par Elzen

§ Posté le 24/12/2013 à 17h 01m 52

Quelques petits points 😊

Citation (Sylvhem)

Je ne sais pas pour Mir, mais Wayland n'est plus expérimental depuis un moment. Ça ne veut pas dire qu'il parfait, ni même qu'il est terminé, mais le projet à dépassé le simple stade de l'expérience. D'ailleurs, si il n'est pour l'instant utilisé par défaut quasiment nul part, il est intégré dans les dépôts de plusieurs distributions.

En fait, ça dépend essentiellement de ce que l'on qualifie d'« expérimental ». J'ai mentionné la sortie de la version 1.0 dans l'article, en indiquant à la fois que ça ne portait que sur les spécifications et pas sur l'implémentation, et en signalant que ça n'empêchait pas un certain nombre de gens de rester dubitatifs. Je voulais signifier par là que, de mon point de vue, Wayland reste en version « de dev » et probablement pas en version utilisable au quotidien. Mais j'avoue volontiers n'avoir suivi ses évolutions que de loin et en avoir possiblement manqué des choses.

Je remarque que, dans les paquets Debian, Wayland semble désormais être passé en testing. Ce qui est effectivement bon signe quant à son utilisabilité.

Citation (Sylvhem)

Peut-être que je suis trop pessimiste...

Et moi, sans doute trop optimiste 😊 D'où l'intérêt qu'il y ait plusieurs sons de cloche.

Citation (Sylvhem)

Ce n'est pas ce que je voulais dire et ce d'autant plus que tu connais probablement mieux le sujet que moi. Je suis désolé que tu l'ais compris comme ça. Je me suis sûrement mal exprimé et je m'en excuse.

Oh, j'pense qu'une partie de mon impression est venue de mes expériences personnelles de troll à ce sujet, qui en fait ne te concernent en rien, et en partie également du fait que tu as pris la peine de citer plein de points, avec les liens associés, concernant les normes du Web, ce qui en fait est plutôt une très bonne manière de faire. Tu n'as donc pas à t'excuser pour ça.

Citation (Sylvhem)

Il me semble que le Web est quand même normalisé depuis pas mal de temps... La première norme HTML, celle de HTML 2.0, est publiée dans le RFC 1866 en 1995. Et c'est deux ans plus tard que le W3C publie la norme de HTML 3.2. Mais il est vrai qu'une des particularité du Web c'est que, pendant longtemps, les clients se moquaient bien des normes et faisaient un peu n'importe quoi.

Je dirais que ce n'est pas exactement ça. Le Web a en effet été normé assez tôt, mais les premières normes ne couvraient pas tous les points requis et les navigateurs ont rajouté des éléments à leur sauce par dessus, me semble-t-il.

Citation (Sylvhem)

Non car il n'y a jamais eu de mise en œuvre de référence dans le monde du Web (à part peut-être Amaya ou Nexus). De toute façon, lorsqu'on implémente une norme ou une spécification donnée, il n'y aucun mal à faire autrement que la mise en œuvre de référence du moment que l'on suit la dite norme ou spécification.

Je crois que tu as mal compris mon propos. Je suis tout à fait d'accord avec ce que tu avances ici, mais c'est le statut de « norme » de Wayland que je mets en doute. Pour moi, Wayland est une proposition, liée à une manière de faire en particulier, et donc, le fait de faire « un compositeur pour Wayland autre que Weston » me semble équivaloir à faire « un moteur de rendu autre que Trident mais reconnaissant les mêmes propriétés que lui ».

(Bien sûr, je ne dis pas cela par rapport à la qualité du rendu par Trident, mais simplement au fait qu'il a pendant un moment été assez majoritaire avec des fonctionnalités reconnues qui lui étaient propres).

Citation (Sylvhem)

Parce que, apparemment, supporter deux serveurs graphiques différents implique une réécriture assez notable aussi bien des logiciels utilisateurs (même si tu m'a montré que le travail semble beaucoup moins conséquent que ce que j'avais pu imaginer et que ce que certains détracteurs de Mir avancent) que des pilotes. L'avantage du projet Wayland, c'est que l'on peut justement avoir des logiciels différents (Weston, le futur compositeur de GNOME, celui de KDE, etc.) qui parlent tous le même langage (Wayland) et qui sont donc interchangeables sans que l'on doive réécrire les logiciels.

La situation est à peu près la même pour les noyaux : malgré une grande compatibilité sur certains points, ils ont eux aussi des spécificités assez importantes nécessitant des réécritures particulières. En l'état, par exemple, un certain nombre de fonctionnalités de mon Touhy ne tournent pas sous un noyau *BSD, car elles reposent sur des spécificités du noyau Linux (udev/udisks, notamment).


L'avantage de la partie graphique, par rapport à ça, étant que, pour la plupart des points et comme tu l'as toi-même évoqué un peu plus haut, pour la plupart des logiciels « classiques » (ça ne vaut malheureusement sans doute pas pour les jeux ayant des besoins graphiques spécifiques ; et ça ne vaut pas non plus pour certains composants de l'environnement graphique), le développeur de l'application n'a pas besoin de gérer ce point, tant que la bibliothèque graphique qu'il utilise a été portée pour les deux serveurs graphiques.

Citation (Sylvhem)

Mis à part tout ça, j'en profite pour te souhaiter un joyeux Noël ;).

De même 😊


Citation (grim7reaper)

À ce sujet, Chrome et Chromium ont migrés sur un [i]fork[/i] maison de Webkit (Blink).

Bizarrement, ça ne m'étonne pas.


Après, personnellement, je pense qu'on gagnerait à avoir plus de moteurs de rendus aussi. La situation actuelle où l'on n'a à peu près le choix qu'entre Firefox et pléthore de navigateurs utilisant tous plus ou moins Webkit ne me semble pas idéale, mais bon.

Citation (grim7reaper)

C’est pas plutôt chiant le fait qu’une fonction normée soit rendu différemment selon le moteur (obligation de tester plusieurs navigateurs) ?

Les normes n’étaient pas censées uniformisé ça justement ?

Oui et non. En fait, ça dépend à quel niveau on se place.


Déjà, il y a la question de savoir si on parle des propriétés déjà normées, ou des autres. Pour les premières, normalement (sauf si le navigateur est en retard sur la norme, mais c'est un autre problème), il y aura éventuellement quelques différences visuelles mineures, mais qui ne changeront rien à l'aspect global.

C'est le même principe pour le PDF, d'ailleurs (enfin, pour la partie du format qui est bien standard) : on verra quelques petites différences d'affichage entre différents visualiseurs (je me souviens vaguement avoir lu un comparatif au niveau des ombres entre Adobe Reader, Evince et je-ne-sais-plus-quel autre), mais rien qui choquera particulièrement visuellement.


Pour les autres, ça peut être problématiques pour le développeur Web qui essaye de les intégrer (par exemple, la propriété « border-radius » a longtemps été assez différente dans la syntaxe entre Gecko et Webkit), mais dans ce cas, c'est que cette intégration a lieu trop tôt. En revanche, pour les gens qui vont décider des normes, ça permet d'avoir plusieurs exemples fonctionnels permettant de choisir en connaissance de cause.


Pour reformuler un peu différemment ma pensée initiale, les avantages me semblent être, d'une part, l'existence de normes évolutives permettant un fonctionnement globalement unifié, mais ces normes, et surtout leurs évolutions, me semblent être une conséquence de l'existence de plusieurs points de vues sur la façon dont les choses doivent être mises en œuvre ; et d'autre part le fait que les moteurs de rendus fonctionnent différemment en interne, permettant de s'adapter à différents usages, ce qui a comme conséquence certaines différences mineures de rendu.


(D'ailleurs, j'ai remarqué récemment que, par mon labo, je pouvais éventuellement participer à certains travaux du W3C. Il faudra que je me renseigne, si j'ai le temps)

Citation (grim7reaper)

Ce n’est pas pas totalement vrai.

Launchpad a mis plusieurs années avant d’être vraiment libre (il a fallu attendre 3 ans avant la libération du premier composant, 5 ans pour une libération complète)

Il me semble également que UbuntuOne côté serveur soit également non-libre (si j’en crois ce rapport de bug).

Exact, on m'a indiqué ça récemment, et j'ai omis de venir le signaler ici. Mais il reste intéressant de noter que ces points ne sont pas ceux pour lesquels on critique habituellement Canonical. Comme je disais, je ne suis pas là pour les défendre sur tout, mais il me semblerait plus intéressant que les critiques qui leur soient adressées visent un peu plus juste, donc merci à toi de préciser ça.


(Pour Ubuntu One, il me semble que les specs sont au moins ouvertes et que certaines personnes ont tentées de faire leurs propres serveurs, sous licence libre)


(Sinon, on m'a également signalé que la recherche sur Wikipédia dans le dash est désormais elle aussi fonctionnelle)

Message 11, par Ignus

§ Posté le 26/01/2014 à 15h 14m 13

Salut :)


Joli site auto-hébergé ;) . J'ai lu ton article et je m'y retrouve dans les grandes lignes, cependant je relève deux points dont:


Néanmoins, Canonical n'a pas « trahi le libre », comme je le lis quelquefois. D'abord parce que j'insiste sur le fait qu'ils m'ont toujours semblé plus proches des idéaux de l'OpenSource que de ceux du Libre : comment peut-on avoir trahi ce à quoi on n'appartenait pas ?


Ensuite parce que, jusqu'à présent, tout le code qu'ils produisent est bel et bien placé sous licence libre. Mais il se trouve que le monde a changé, et que la licence sous laquelle est placée un bout de code n'est plus le seul enjeu…


L'openSource n'est qu'une mouvance du Logiciel Libre, ils considèrent le logiciel libre trop rigide, ce qui pourrait produire l'effet contraire aux attentes initiales (la liberté)... L'OpenSource vise donc essentiellement la qualité du code sans pour autant placer au centre de ses préoccupations la vie privée qui, elle, à une place intégrale et est au cœur du logiciel libre... Donc effectivement placer un bout de code sous licence libre ne suffit plus pour se revendiquer logiciel libre. Il faut, à mon sens, que lesdits auteurs s'emparent du sens du mot logiciel libre et non pas que du mot pour respecter ses utilisateurs et ne plus exercer de pouvoir injuste sur eux. Je suppose que tu connais les arguments de RMS, il les expose très bien ici --> https://www.gnu.org/philosophy/open-source-misses-the-point.fr.html


Donc pour moi Canonical qui poduit et distribue Ubuntu se défini mieux comme Open Source que Logiciel Libre ;) Il est entendu que la communauté ubuntu.fr ne fait pas l'apologie de Canonical et d'ailleurs comme tu le dis, a compilé une version de ubuntu proposant une option pour désactiver la recherche globale. C'est très bien ainsi mais depuis que Canonical impose cet "addons" par défaut (il ne propose pas d'installer (et non pas ue désactiver) la lens shopping), je ne recommande plus ubuntu à mes amis, d'ailleurs beaucoup sont revenus à Debian, alors que Ubuntu avait su les séduire à une époque!!!


Une chose essentielle à comprendre est que le public visé par Canonical est essentiellement le très grand public, qui ne maîtrise pas du tout l'outil informatique. Si vous avez compris à peu près tout ce que j'ai expliqué ci-dessus, c'est sans doute que vous ne faites pas partie de leur cœur de cible. Et que donc, il est normal que leurs décisions ne soient pas conformes à vos attentes.

Moi, je trouve regrettable que tout devienne "simple" encore que cette notion de simplicité a plus pour origine l'habitude que la réelle simplicité. Par exemple, est-il plus simple pour un novice sous Gnu/linux d'écrire dans un terminal apt-get install mon programme ou de rechercher dans la logithèque mon programme? Il me semble que le modèle du Libre proposait une vraie alternative qui invitait tout à chacun à s'investir selon son temps libre pour meiux comprendre ce que faisait sa machine, la ligne de commande permet de responsabiliser celui qui l'utilise...


M'enfin, malgré ces quelques divergences, bravo à toi pour ce site et bonne route pour la suite.


Ignus.

Message 12, par Elzen

§ Posté le 26/01/2014 à 15h 33m 37

Merci 😊


J'me permet d'éditer ton post pour rendre le lien cliquable et indiquer clairement les citations.

Citation (Ignus)

L'openSource n'est qu'une mouvance du Logiciel Libre

Pour ta propre sécurité, je te conseille de ne jamais dire ça en présente d'Éric Raymond 😊


Le mouvement de l'OpenSource est très proche de celui du Logiciel Libre au niveau des libertés revendiquées (Libre et OpenSource sont quasi-synonymes, en termes de licences) ; mais ce sont bien deux mouvements différents, radicalement différents en terme d'idéologie.


Pour le reste, je ne pense pas que nos avis divergent tant que ça sur ces deux points. Par exemple, ce que j'exposais, sur le second point, n'est qu'une description de la situation, indépendante de mon avis dessus 😉

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