Le piratage, c'est mal !

…mais pas forcément pour les raisons que vous croyez…

Message 1, par Elzen

§ Posté le 08/05/2009 à 10h 48m 41

Piraterie

Nom féminin. Action, fait de s’emparer illégalement et par la force du bien d’autrui. S’applique aux pillages de navires et aux détournements d’avions.

Réfléchissons un instant à cette définition. Quel rapport entre G.P. LeChuck(1) (ou Long John Silver, ou le capitaine Jack Sparrow, selon vos préférences) et l’internaute qui télécharge illégalement(2) ? Aucun, si ce n’est que certaines personnes qui avaient probablement des idées derrière la tête ont inventé et mis à la mode le sens informatique du mot “pirate”, à un point qui fait que s’il n’y avait une actualité récente pour nous rappeler que son sens d’origine n’a pas tout à fait disparu, on en oublierait presque que les personnes s’étant véritablement rendues coupable de piraterie ont bien souvent du sang sur les mains, ce qui, j’ose espérer, n’est pas le cas de la plupart des “pirates” informatiques.

Remarquez que j’ai bien parlé de piraterie, et non de piratage. Le terme “piratage”, tout comme le verbe “pirater”, sont des néologismes inventés pour parler de ce second comportement, et qui n’existaient (à ma connaissance, en tout cas) pas à la grande époque des véritables pirates. Et le principal problème de ces néologismes pas franchement esthétiques (enfin, c’est une affaire de goût), c’est qu’en plus de véhiculer du mépris pour les deux activités en les assimilant l’une à l’autre, ils induisent les gens en erreur sur la réalité de la seconde.


Posez la question autour de vous : la quasi-totalité des gens vous répondront que le “piratage”, c’est du vol. Or ça n’en est pas : le vol, c’est l’action de prendre à quelqu’un un objet (ou une somme d’argent, ou autres) qui lui appartenait auparavant. Lorsque l’on télécharge illégalement une musique, par exemple, on ne prends strictement rien à son propriétaire légitime, le morceau étant toujours en sa possession. Tout au plus, on ne lui donne pas de l’argent qui ne lui appartenait pas encore.

Quand vous dérobez un CD chez un vendeur quelconque (j’espère que vous ne le faites pas), c’est bien un vol. Mais c’est le vendeur, que vous volez, et non les musiciens qui ont enregistré l’album. Celui qui télécharge illégalement le même album, en fait, en crée une copie illégale. Il ne s’agit pas de vol, mais de contrefaçon, et ces “pirates” sont en fait des contrefacteurs logiciels(3). Maître Eolas a rappelé ce point à Luc Besson il y a quelques temps.


Bon, le problème est aussi que cette action de “pirater” regroupe, par extension, d’autres malhonnêtetés informatiques que le téléchargement illégal. Le fait de détourner une connexion ou d’exploiter une faille dans un logiciel, par exemple. Ce qui fait que même en oubliant totalement le sens d’origine du mot, on est pas sûr de savoir à quel acte malhonnête se livre exactement un “pirate”.

Décidément, à part le fait de semer la confusion dans l’esprit des gens qui ne sont spécialistes ni du droit, ni de l’informatique, je ne vois pas trop ce que cet usage du vocabulaire dérivé de la piraterie apporte. Je vous conseille donc d’appeler un chat un chat, et surtout de ne pas appeler un contrefacteur logiciel un pirate.



Ce problème de forme étant écarté, j’aimerais cependant qu’on revienne sur le fond. Comme indiqué ci-dessus, ceux qui téléchargent illégalement un fichier en créent une contrefaçon. Sans vouloir en rien excuser leurs agissements, je pense qu’il faut quand même (re)préciser quelques petites choses…

Il y a généralement deux types de fichers qui sont ainsi contrefaits : les données multimédia (vidéos et musiques), et les logiciels. Commençons par les premiers.


Que faut-il pour enregistrer un morceau de musique sur CD ?

Il doit d’abord avoir été créé par un compositeur. Puis les musiciens doivent le jouer (moins d’une dizaine de fois dans le pire des cas) devant les micros d’un studio d’enregistrement, dont le personnel se chargera des manipulations requises. Les pistes audios ainsi obtenues n’ont plus qu’à être inscrites sur les support physiques, lequels coûtent, comme vous pouvez le constater auprès d’une “grande surface”, tout au plus un euro pièce. C’est tout. Une fois le matériel payé et la facture d’électricité réglée, l’enregistrement se fait même de façon tout à fait automatisée.

Rappelez-moi le prix d’un CD dans le commerce ? Otez-y le coût du matériel utilisé, et multipliez par le nombre d’exemplaires vendus. Cela fait une somme tout à fait respectable pour rétribuer compositeurs, musiciens et personnel d’enregistrement, non ? Ah, non, pardon : j’oubliais que la maison de disque auprès de laquelle les musiciens ont signé en prélève plus de la moitié pour ses actionnaires.

Le même shéma s’applique d’ailleurs également aux films : il y a certes davantage d’intervenants méritant salaire dans leur production, mais si les tarifs pratiqués (qui ont connu une forte augmentation, alors même que les coûts techniques et matériels diminuaient considérablement) ne sont pas une incitation à la contrefaçon, c’est tout de même terriblement bien imité.


On accuse les personnes téléchargeant illégalement de tuer le système : force est pourtant de constater que ce système se porte quand même plutôt bien, malgré eux. D’ailleurs, n’allez pas croire que ces personnes se procurent gratuitement les œuvres qu’ils récupèrent : ils payent bien sûr leurs factures d’électricités et leur abonnement Internet, mais aussi, du moins pour nous autres Français, une taxe à la “copie privée” qui a été instaurée il y a quelques années précisément au profit des droits d’auteurs(4).

Et il se trouve enfin que la musique (et sans doute le cinéma également), ont ceci de très particulier qu’on a généralement tendance à prendre connaissance de l’œuvre avant de savoir si l’on désire l’acheter ou non. Une personne qui télécharge illégalement quelques milliers de titres aurait une probabilité très réduite de tous se les procurer légalement. Néanmoins, je pense que si, après avoir téléchargé, puis écouté une ou deux fois, cette personne trouve quelques morceaux à son goût et se procure ensuite les titres par voie légale(5), tout le monde y trouve son compte. Non ?


Ensuite, pour ce qui est de la contrefaçon de logiciels et de systèmes…

Au niveau des tarifs, le problème est le même : comment peut-on vendre à ce prix quelque chose qui, une fois produit, peut être infiniment dupliqué sans aucun coût supplémentaire ? Au niveau du résultat, par contre, on a moins souvent tendance à financer si l’on apprécie le produit… quoique.

Oui, quoique : un logiciel, surtout aussi complexe qu’un système d’exploitation, demande à ce que l’utilisateur s’habitue à son maniement. En installant des versions contrefaites des logiciels, les gens s’autoforment à les utiliser. Les entreprises qui emploient ces personnes n’ont donc pas besoin de leur payer des formations qui seraient coûteuses non seulement en argent, mais également en temps : elles ont donc plutôt tendance à payer les licences hors de prix des logiciels que leurs employés savent déjà utiliser, qu’à préférer des logiciels de qualité au moins équivalente, diffusés moins cher (voire gratuitement), mais qui nécessiteraient que les personnes devant s’en servir s’y réhabituent.

En installant une version illégale d’un logiciel ou d’un système, en fait, on contribue autant aux “parts de marché” de ce logiciel qu’en l’achetant, et ce au détriment des alternatives existantes. Et ça, c’est particulièrement moche.


Message 2, par Laërte

§ Posté le 04/03/2015 à 11h 16m 39

Bill Gates l'avait dit d'ailleurs : que son système soit piraté ça le gêne pas, les gens s'y habituent et il trouvera bien un moyen de les obliger à payer plus tard quand il n'y aura plus d'alternatives... C'est nul ><

Message 3, par 1kkp

§ Posté le 15/07/2016 à 7h 43m 14

Tu devrait pirater Microsoft Office 98, il y avait un outil en un clic pour résumer les textes super longs.

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