Quelques symboles

Message 1, par Elzen

§ Posté le 14/07/2014 à 21h 12m 28

J'avais, voici quelques années, exprimé ma colère envers le gouvernement d'alors et certaines des décisions liberticides qu'il avait fait passer(1) dans un poème qui commençait par ces mots :

Jamais je n'ai cru bon d'adorer sa patrie :

On n'est là où l'on naît qu'au hasard de la vie.

Mais j'avais des raisons d'apprécier mon pays :

Les trois mots qui formaient sa devise m'ont séduit.

En effet, j'apporte mon soutien plein et entier à l'Oncle Georges, et plus récemment aux Ogres de Barback qui, dans deux magnifiques chansons (la ballade des gens qui sont nés quelque part pour le premier, et 3-0 pour les seconds), fustigent ces gens qui considèrent le lieu de naissance que le hasard leur a attribué comme un lieu outrageusement supérieur à tout le reste de cette planète.

Mais malgré cela, les quelques « symboles nationaux » qu'arbore notre pays me semblent mériter une certaine attention que, malheureusement, trop de gens leur ignorent actuellement. À commencer, d'ailleurs, par ces nationalistes(2) de tous poils qui, tout en feignant de leur vouer un culte, s'opposent frontalement(2) à toutes les valeurs qu'ils représentent.


J'ai déjà consacré un article auxdits trois mots formant sa devise, ainsi qu'à quelques autres qui me semblent aller de pair avec eux ; mais en ce jour du 14 juillet, devenu fête nationale pour faire oublier que la prise de la Bastille fut un massacre atroce (ce dont nous célébrons l'anniversaire, en ce jour, est en fait la fête de la Fédération), j'aimerais dire un mot sur quelques autres de ces symboles.


La Marche des Marseillois

Cette chanson, composée en avril 1792 par le capitaine du génie Claude Rouget de Lisle, à Strasbourg où il était en poste, alors que la France entrait en guerre contre l'Autriche, porta initialement plusieurs noms, parmi lesquels celui de « Chant de marche des volontaires de l'armée du Rhin ». Le nom de « Marseillaise », sous lequel nous la connaissons actuellement, lui vient du fait qu'il fut chanté par les fédérés marseillais lors de leur arrivée aux Tuileries en juillet de la même année, ce qui paraît-il impressionna beaucoup la foule parisienne.


Il s'agit donc d'un chant guerrier, dans lequel on repère aisément quelques relents de racisme (notamment l'allusion au sang impur devant abreuver les sillons). Néanmoins, le message porté n'est pas un message de haine, mais au contraire de fraternité devant l'adversité : les ennemis ne le sont pas parce qu'ils sont étrangers, mais parce qu'ils sont l'instrument de la tyrannie, et c'est l'ensemble des citoyens qui est exhorté à faire front commun pour préserver les libertés de tous.

La cible est d'ailleurs clairement les têtes pensantes de cette tyrannie, et non les pauvres soldats qui ne combattent que par obligation : épargnez ces tristes victimes à regret s'armant contre nous.


Certains avancent que, puisque les temps ne sont plus à la guerre(3), il nous faudrait choisir un hymne moins guerrier. L'idée n'est pas forcément mauvaise, mais perd peut-être un peu trop de vue que, plus qu'une lutte contre des hommes, la Marseillaise vise une lutte contre l'oppression, qui est encore loin d'être d'être anéantie. Il reste encore, malheureusement, de nombreuses raisons de se battre ; et contre de nombreux despotismes : ce n'est que la façon de se battre qui a changé.


Et puis, pour ne pas être trop franco-centré, notons que la Marseillaise possède une portée internationale notable : il s'agit de l'un des chants révolutionnaires les plus célèbres dans le monde, traduit en de nombreuses langues. Alors, cela peut peut-être valoir le coup de la chanter encore un peu. Éventuellement en choisissant l'une de ses variantes, comme la magnifique chanson de Serge Gainsbourg qui accompagne l'autre article.


La Liberté guidant le peuple

Isidore Pils, Rouget de Lisle chantant la Marseillaise, 1849.


Le drapeau tricolore

Si les trois bandes verticales de notre drapeau symbolisent quelque chose, c'est peut-être que, pour beaucoup trop de gens, la France se résume à Paris. Si, si : il existe, à ma connaissance, deux interprétations possible de ces trois couleurs, et les deux donnent importance particulière à notre capitale. Toutes deux font également référence à la royauté, et à la monarchie constitutionnelle qui fut adoptée à la suite de la Révolution, avant que l'on opte plutôt pour une république.


Dans les deux cas, c'est le blanc qui représente la royauté. La première de ces deux interprétations est que la Révolution marque la reprise du pouvoir absolu au roi : le bleu et le rouge sont les couleurs de Paris, et le choix de placer le blanc au centre et les deux autres autour symbolise le fait que Paris, donc le peuple parisien, donc le peuple Français dans son ensemble (qu'est-ce que je vous disais ?) encadre la royauté, dans tous les sens de ce terme : ce qui se met en place après la Révolution est une royauté, mais une royauté contrôlée, où le peuple veille à éviter les débordements du roi.


La seconde interprétation garde le bleu pour Paris, mais pose que le rouge est, comme souvent, la couleur révolutionnaire : un drapeau entièrement rouge aurait été proposé au lendemain de la prise de contrôle par le peuple, mais certains y auraient rétorqué que la Révolution n'effaçait pas toute l'Histoire qui précédait, et qu'elle ne suffisait pas à représenter le pays. Ils proposèrent donc ce drapeau tricolore pour symboliser la France par trois éléments, ordonnés ainsi : Paris, le roi, la Révolution.


Je ne sais trop laquelle de ces deux interprétations est la meilleure description de notre drapeau national ; toujours est-il que ce drapeau tricolore n'est pas celui de nos symboles qui à le plus d'intérêt à mes yeux. Je n'irai sans doute pas jusqu'à, comme certains ont pu le faire, m'en servir comme papier hygiénique(4), mais disons que je n'éprouverais pas une de ces « tristesses d'Olympio(5) » si nous venions à en changer.


La Liberté guidant le peuple

Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830.


Marianne

Il ne s'agit ici pas de la compagne de Robin, bien évidemment, mais d'une figure allégorique de notre république, et dont la « Liberté » peinte par Delacroix dans le tableau ci-dessus est l'une des représentantes. Parmi les autres représentations célèbres de notre Marianne se trouve une certaine statue actuellement située à Liberty Island et qui fut offerte par la France aux USA à l'occasion du centenaire de leur déclaration d'indépendance.

Comme le flambeau de cette « Statue de la Liberté » le représente, Marianne est censée nous éclairer : elle porte la conscience civique issue de la philosophie des « Lumières », ayant inspiré les fondements de nos différentes républiques. Mais elle est également présentée en portant un fameux tas d'autres symboles, dont notamment ce bonnet « phrygien » que portaient, durant l'antiquité, les esclaves affranchis, et dont les sans-culotte s'étaient eux aussi couvert la tête, et parfois également la balance de la Justice.


Marianne est une figure allégorique, et non pas une vraie personne (quoique l'association des maires de France choisisse de temps à autres une femme célèbre pour lui donner un visage plus connu). Elle ne porte pas une signification précise et définitive, mais sert de support pour représenter les valeurs que l'on veut associer à cette idée de république.

Partant de là, elle peut être utilisée pour porter divers messages, comme les organisateurs de la Fête de l'Humanité l'ont bien compris en utilisant une Marianne à peau noire portant un drapeau rouge. Quelle meilleure manière de rappeler que la Révolution, dont nous avons hérité tous ces symboles, visait à proclamer l'égalité entre tous et la fin des discriminations infondées ? Il reste encore beaucoup de travail, malheureusement. Alors n'oublions pas ce que veulent dire ces symboles et tâchons d'y faire honneur.


Marianne à la fête de l'Huma


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